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    Morbihan : le Champ commun réinvente le commerce de proximité

    Le Champ commun multiplie les activités complémentaires. Le Champ commun multiplie les activités complémentaires.

    Le Champ commun, c'est une épicerie, un bar, une micro-brasserie et peut-être bientôt une auberge. Tout cela à Augan, une petite commune rurale du Morbihan. Le lieu n'est pas le dernier commerce du bourg. Ses activités n'ont rien de révolutionnaire. Pourtant, il détonne dans le paysage local et interpelle bien au-delà. Reportage.

    Un vendredi d’automne à Augan. Il est 17 heures, l’heure où l’on bascule de la semaine au week-end. Les travailleurs laissent derrière eux chantiers, dossiers ou élèves ; les étudiants quittent la ville pour rentrer au village. Bientôt, ils se retrouveront autour d’un verre au Champ Co, leur bistrot. Mais pour l’instant, ce sont les anciens qui tapent le carton sur les tables en bois de ce bar de campagne. Comme tous les vendredis, c’est concours de belote.

    Derrière le comptoir, Mathieu, grand brun au chapeau vissé sur le crâne et à la barbe épaisse, assure le service. Certains clients passent en coup de vent, après une course à l’épicerie attenante, d’autres profitent du redoux sur la terrasse. Tout le monde se connaît, l’ambiance est chaleureuse. Seule l’agitation d’Henry-Georges trahit le calme apparent.

    Longue chevelure blanche attachée en queue de cheval, barbichette et petites lunettes rondes, il multiplie les allers-retours entre l’étage, le bar et la cour. Ce soir, une conférence du géographe Yves Lebahy lancera les rencontres autour des écolieux, que l’association auganaise Localidées organise en ce week-end de la mi-octobre avec la coopérative rennaise L’Epok1.

    Épicerie, bar-café-concert et micro-brasserie

    Une auberge au Champ commun

    Stéphane Jéhanno et Aude Gérardin travaillent tous deux sur le projet d’auberge. Stéphane Jéhanno et Aude Gérardin travaillent tous deux sur le projet d’auberge.

    Ils ne suivent pas le rythme des saisons, mais les travaux reviennent régulièrement au Champ commun. Après avoir restauré tout le rez-de-chaussée, la coopérative souhaite maintenant rénover les parties supérieures pour y aménager une auberge. "Le but du Champ commun, c’est que les gens se rencontrent, que se mêlent des clientèles complètement différentes. L’auberge resterait dans cet esprit-là", explique Aude Gérardin, coordinatrice du projet.

    L’auberge accueillera aussi bien le randonneur de passage à Augan qu’un groupe en quête d’un lieu pour une formation. Elle permettra aussi d’accueillir les associés : si la moitié des membres de la Scic est du coin, l’autre moitié vient d’ailleurs et parfois de très loin : le Nord, la Lorraine, le Québec.

    Les travaux comprennent la restauration des deux étages, qui seront accessibles aux personnes à mobilité réduite. Huit chambres (24 lits) ainsi que des espaces communs seront aménagés. À l’extérieur, une salle d’activité, "L’atelier", sera également transformée pour développer les formations et proposer un lieu de réunion aux acteurs du territoire.

    Le projet a été évalué à 550 000 €. Pour le financer, la coopérative bénéficie de partenariats publics et a lancé deux cigales ainsi qu'une campagne de financement participatif. Cette fois, le Champ commun fera appel à des artisans extérieurs. "Mais il y aura de toute façon des chantiers participatifs, précise Aude. Des travaux sans chantiers participatifs au Champ commun, ce n’est pas possible."

    Plus que 5 jours pour participer au projet ! http://fr.ulule.com/le-champ-commun

    Pendant deux jours, les participants échangeront autour de leurs projets, leurs envies, leurs problèmes. Ils sont une dizaine et portent l'ambition de créer un lieu de vie en harmonie avec son environnement, mêlant généralement habitat et activités. Tous sont confrontés à la même difficulté : le passage du rêve à la réalité.

    Pour nourrir leur réflexion, ils pourront s'appuyer sur deux expériences, aujourd'hui citées en exemple. La première leur a été rapportée par Brigitte et Yann Benoît le samedi soir. Dans les années soixante-dix, ils se sont lancés avec une vingtaine d'amis dans la vie en communauté aux abords de Nantes. L'histoire a duré une quinzaine d'années, elle trouve aujourd’hui encore un prolongement au travers de la Scop Moulin Roty2.

    La deuxième expérience est celle du lieu qui les accueille, le Champ commun. Il associe une épicerie, un bar-café-concert et une micro-brasserie. Il n’est pas le dernier commerce d’Augan, qui compte également une boulangerie, une boucherie, une pizzeria, un coiffeur, un bar et une épicerie ambulante, mais il détonne dans le paysage.

    On trouve de tout parmi les 2 000 références de l’épicerie : produits conventionnels ou bio, locaux ou de grandes marques. Les épiciers travaillent aussi bien avec les centrales d’achat qu’avec des producteurs du coin, une cinquantaine à ce jour. L’Estaminet3 propose quant à lui une programmation culturelle dense chaque week-end : concert, théâtre, débat, etc. Il sert également des bières on ne peut plus locales, produites au sous-sol : la blonde Auganaise, la rousse Aug’ancienne, la Triple et la bière de Noël.

    Sous couvert de commerce de proximité, le Champ commun est surtout "la bonne excuse pour continuer à discuter ensemble des choses qui nous concernent, pour garder la main sur la destinée de nos territoires", explique Mathieu en introduisant la conférence d’Yves Lebahy. Il y règne en effet une atmosphère particulière, qui prête à la rencontre, fruit d’une décoration chaleureuse et d'une aventure atypique portée par 125 associés.

    Gens du Nord et gens du cru

    À l’origine, il y avait deux hommes, Mathieu Bostyn et Henry-Georges Madelaine, deux sociologues venus du Nord et passés par le Québec. Le hasard des rencontres a mené le premier en Bretagne après un détour au Burkina Faso. Le second lui a emboîté le pas : "Je me suis retrouvé à Augan quand mon meilleur copain m’a dit : "on n’irait pas faire encore une idée folle ?"". Banco.

    Nous sommes à la fin des années deux mille. Ils découvrent une commune de 1 400 habitants, riche d’une quarantaine d’associations et d'une culture du collectif. C'est un élément important explique Henry-Georges : "Une aventure comme le Champ commun a besoin d’un terroir propice, socialement."

    Un noyau dur se constitue autour d'une dizaine de personnes, mêlant gens du Nord et gens du cru. Yvette est de ces Auganais qui ont soutenu le projet dès le départ. Elle fait le lien entre les nouveaux arrivants et les locaux. Son rôle d'entremetteuse lui vaut un surnom : "Au départ, c'était Yvette et les barbus", s'amuse-t-elle. Au fur et à mesure, la petite équipe s'étoffe. Le 4 décembre 2009, 67 associés créent officiellement la coopérative. Moins de deux mois plus tard, le 30 janvier 2010, ils inaugurent L'Estaminet.

    "Pas qu’une bande d’intellos"

    Le bar est ouvert, mais tout reste à faire. Rapidement, les tireuses, machine à café et autres bouteilles sont donc transférées dans une maisonnée, appendice du bâtiment principal. Les travaux peuvent alors démarrer pour aménager l'épicerie. "Ils ont commencé à taper les murs, ils voulaient des ouvertures partout," se souvient Yvette. À côté d’une équipe chantier interne à la coopérative, les associés mettent tous la main à la pâte pour construire le Garde-manger. "Nous ne sommes pas qu'une bande d'intellos", sourit Henry-Georges.

    Six mois plus tard, le résultat est soigné, il fait la part belle au bois et aux lumières chaudes. Par la suite, le Champ commun n'a cessé d'évoluer. En novembre 2012, la brasserie sortait le premier brassin de l'Auganaise. La même année, le Champ commun optait pour le statut de Scic (Société coopérative d’intérêt collectif). En juin 2013, le bar retrouvait la maison principale et une salle bien plus spacieuse.

    Dans le même temps, la coopérative trouve son équilibre. "C’est un lieu expérimental en quelque sorte, mais on ne veut pas que ce soit un laboratoire, souligne Henry-Georges. C’est du vrai, il faut que ça vive. Et c’est l’activité qui fait vivre le lieu." Aujourd’hui, ils sont six à en vivre à temps plein. Ils seront peut-être plus demain : un projet d’auberge est en cours…

     

    1 Localidées est une association qui accompagne les porteurs de projets. Elle est l'une des quatre structures associées du Champ commun avec la radio Timbre FM, l'association L'Air de rien, et l'entreprise Derval informatique. L'Epok est une coopérative qui se mobilise autour des questions de l'habitat participatif.

    2 L'expérience a aussi été retranscrite en bande dessinée. La Communauté, Hervé Tanquerelle et Yann Benoît, éditions Futuropolis.

    3 Le bar a été baptisé l'Estaminet tandis que l'épicerie a pris le nom de Garde-manger.


    Pour en savoir plus : www.lechampcommun.fr


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    Jean-Sébastien Moizan - Journaliste
    Jean-Sébastien Moizan - Journaliste

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