Lorsqu'il sourit, il a l'œil qui frise derrière ses lunettes jaunes, et la moustache qui tire-bouchonne. Et il sourit souvent, Olivier Flahault. À 63 ans, ce Nantais de naissance et de résidence, architecte de formation et designer de profession, est un homme heureux. Méconnu du grand public, il s'est forgé un nom dans le microcosme marin. Car derrière ses airs malicieux, cet esthète, affable et courtois, est un vrai bosseur et un créateur enthousiaste. Depuis 1974, il invente des lignes, des formes, adapte et transforme pour embellir le quotidien.
Pendant dix ans, il a d'abord dessiné des centres commerciaux, des maisons, des espaces publics (mairies, médiathèques, écoles de musique…), des usines, des lycées, des restaurants… Puis naturellement, comme une évidence, à l'heure où le design ne s'était pas encore immiscé dans le nautisme, il s'est tourné vers les bateaux. De série ou à l'unité. Des voiliers taillés pour des navigations autour du monde, des paquebots, des catamarans pour Fountaine Pajot, une flottille pour les Yachts de Paris, des motor yachts, des bâtiments flottants, etc. "Petit à petit, le design et l'architecture navals sont devenus ma marque de fabrique".
Quel que soit le projet – maritime ou terrestre – et qu'il s'agisse d'architecture ou de design, le trait d'Olivier Flahault a toujours été sobre et élégant. L'espace, la lumière et les matières caractérisent son style. "Le plus difficile dans la conception, c'est de simplifier. Après 40 ans de carrière, j'arrive à des choses extrêmement pures et simples où l'homme et son cadre de vie sont toujours au cœur de la réflexion". Sa carrière est le fruit d'un double héritage familial qu'il revendique fièrement.
"Le cul dans l’eau"
"Je suis né le cul dans l'eau", dit-il. Du côté de Port Navalo. "Un des plus beaux endroits du monde… Un sommet d'équilibre ! Ça y sent bon la marée, le goémon et l'iode… Il n'y a rien de tel en Méditerranée ni en mer du Nord. Une vraie source de vie. Vous m'enlevez cela, je m'effondre, je décrépis".
Il ne marche pas encore quand il tire ses premiers bords dans le golfe du Morbihan sur l'un des nombreux voiliers de son père, marin de père en fils. Depuis, la voile est comme une seconde nature. "Il n'y a pas d'autre alternative que de naviguer. J'ai fait pas mal de compétition en J24, de croisières, et de courses-croisières… Le bateau est toujours passé avant tout. Aujourd'hui, j'ai un Guépard*. C'est le bateau parfait pour se balader dans le golfe du Morbihan".
Sa fibre artistique, elle, vient de sa mère parisienne, issue d'une famille d'architectes depuis plusieurs générations. "J'ai pris conscience de cet atavisme familial de manière aiguë il y a seulement dix ans, avec mes enfants. Ma fille Marine est musicienne et musicologue ; ma seconde, Gaëlle, est peintre, et mon fils Benjamin est illustrateur de BD". Mais dans la famille Flahault, il y a aussi Gildas, le frère cadet, peintre et illustrateur, et sa cousine Isabelle, sculptrice. "Je reconnais que notre famille a été touchée par une bonne fée".
De l’île de Nantes au pied de Cheviré
Un double héritage, donc, qu'il cultive au sein de son agence Flahault Design et Associés, fondée en 1975. Il est aujourd’hui entouré de six collaborateurs, designers et techniciens avec qui il partage le goût du beau et de la simplicité. Après avoir investi le hangar 21, quai des Antilles, à la pointe de l’Île Sainte-Anne – de 1991 à 2006 – désormais bien connu des fêtards nantais, Olivier Flahault a installé depuis 2009 ses bureaux sur le site de Cormerais à Saint-Herblain, les pieds dans l’eau de la Loire, dans une de ses maisons en bois qu’il a conçues voilà trois ans (lire l’encadré).
Posé sur "un site improbable", une friche industrielle, allouée avec un bail précaire de 25 ans, ce groupe de maisons modulaires, baptisé le village Plein Sud, abrite uniquement, pour l’heure, des locaux professionnels. Une sorte de havre de calme au milieu d’un no man’s land industriel, face à une décharge. Une des dernières fiertés du designer. “Dans dix ans, ce sera un très bel endroit”, assure-t-il, calé au fond d’un fauteuil, dans une pièce baignée de lumière, malgré les nuages de pluie qui balayent la Loire.
En attendant, l’architecte ne cache pas une certaine amertume d’avoir été "viré" de la Pointe de l’Île Sainte-Anne. “Nous avons été très malheureux, déçus, vexés d’avoir été écartés de la sorte pour le projet du Hangar à bananes. J’avais été le premier à découvrir le site...”
Tenace et "grande gueule"
Mais tout cela est de l’histoire ancienne. Le designer s’est tourné vers d’autres défis. Il vient de transmettre sa société à l’un de ses collaborateurs, l’architecte Pierre-Édouard Chenet. "L’idée est de me dégager un peu du quotidien de mon affaire pour faire vivre ce concept de maisons en bois, et le faire évoluer".
Et puis, il y a aussi le Nantilus, ce vaisseau pour lequel il se bat depuis sept ans, et qui devrait venir s’amarrer en mai au pied de l’Éléphant, près du Pont Anne-de-Bretagne (lire l’encadré). Un projet qui ne fait pas l’unanimité. Qu’importe, "grande gueule" revendiquée, et connu pour son tempérament tenace, l’homme n’a jamais désarmé et a réussi à convaincre les collectivités et le Grand port maritime de Nantes - Saint-Nazaire. Cette énième bataille à peine gagnée, Olivier Flahault, l'insatiable, planche déjà sur un autre projet de bâtiment flottant à Saint-Nazaire, ainsi que sur les dessins d'un hôtel flottant sur la Loire, et d'autres réalisations à Bordeaux et Londres. “Ce n’est pas pour faire du score. Ma seule volonté est d’investir des sites qui font sens.” À terre comme sur l'eau.
* Dériveur dessiné par l'Arradonnais Étienne Riguidel, lancé dans les années soixante, et très répandu dans le golfe du Morbihan.
Retrouvez l'agence d'Olivier Flahaut sur le site www.o-flahault.com et sur www.inpatio.com





















