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Camelots de surprises, ép.2

Philemon, un petit nouveau sur les marchés

Philémon en train de faire une crêpe Lorsqu’il était petit, Philemon adorait les galettes, mais, peut-être plus que le goût, ce qui le faisait saliver davantage, c’était le geste du crêpier. Un geste auguste, simple et souple. Un peu à l’image de la recette de base de la galette bretonne. Celle que lui-même et bien d’autres utilisent chaque jour dans toute la Bretagne. Les clichés recèlent parfois de profondes vérités…

Les chemins de la destinée

Ce geste noble, où le poignet s’enroule et tourne presque sur lui-même afin d’étaler au mieux et au plus vite l’épais liquide ocré, pourrait incarner à lui seul la dernière décennie de Philemon, Sébastien Pipaud de son vrai nom. Entre l’Irlande, où il passa six mois juste après avoir obtenu son DUT en mesures physiques car "il ne voulait pas travailler de suite" et les quatre années chez un équipementier automobile où il endossait sa blouse blanche de technicien de laboratoire, Philemon attrape la vie à bras le corps pour mieux se trouver. Dénicher l’activité idéale dans laquelle il pourrait revêtir le costume d’une sérénité assumée ; car, le profit, le carriérisme et la sécurité du lendemain ne sont pas des notions qui le font vibrer. "J’en avais marre d’être enfermé dans ce laboratoire sans voir personne, surtout qu’en règle générale, j’aime beaucoup parler, blaguer, échanger...", glisse-t-il en grattant le reste de la pâte accrochée à ses crêpières. Il décide donc de démissionner et, après de nombreux et variés petits boulots lors desquels il découvre, entre autres, le monde des marchés à travers la vente de légumes biologiques, il finit par dégotter une formation dans les énergies renouvelables à l’école des métiers de l’Environnement de Bruz. Puis, rapidement, il décroche un emploi où, deux années durant, il installera des panneaux solaires. Le métier a du sens et de l’avenir, le salaire est plus que confortable, mais des horaires déments et des déplacements incessants finiront par avoir raison de sa motivation. Philemon ne cherche ni la gloire, ni l’argent, mais une vie belle et simple où les relations humaines, amicales ou amoureuses, doivent prédominer. Il envoie donc sa seconde lettre de démission.

Une envie d’identité

Les années passent et ce Breton de naissance commence à mieux connaître ses envies et ses aspirations. "Après ces différentes étapes, ma problématique était simple. Elle m’est apparue comme une évidence. Comment être en local, gagner un minimum sa vie de façon durable, et être son propre patron afin d’être libre ?" Philemon a donc, après une longue réflexion, sélectionné deux options : "faire du pain biologique, car c’est un produit de base et un métier noble, ou cuisiner des crêpes et des galettes sur les marchés." Il se décide finalement pour la seconde alternative, car la fabrication du pain induit de lourds investissements et surtout, car l’attrait du contact humain, le plaisir de cuisiner et le côté traditionnel breton le séduisent davantage. "En Bretagne, nous avons une identité forte, et à travers cette activité, je souhaitais rejoindre ces valeurs communes qui font partie de notre patrimoine et de notre héritage. D’ailleurs, je compte rapidement apprendre le breton", confesse-t-il avec sincérité.

C’est en crêpant qu’on devient…

Philémon en train de faire une crêpe

Motivé et décidé, il suit donc une formation au Greta (Groupement d'établissements de l'Éducation nationale pour la formation des adultes) de Vannes et enchaîne dans la foulée avec un stage de création d’entreprise. Puis il poursuit son apprentissage en effectuant un stage pour Corinne qui propose ses crêpes et galettes sur les marchés depuis quatre ans. L’expérience confirme son intuition. Le plaisir du travail bien fait est retrouvé et la satisfaction personnelle au rendez-vous. Pour la saison d’été, Corinne l’embauche pour quelques marchés par semaine, et il se lance seul sur deux autres petits marchés au Guerno, près de Muzillac, et à Allaire. Le souvenir de son adolescence où il adorait dévorer la bande dessinée Philemon lui fournit l’occasion de remettre au goût du jour le nom de son héros en l’inscrivant sur la pancarte qui orne fièrement son propre stand.

Philemon a minimisé ses investissements : son stand démontable est peut-être plus vieux que lui et le laboratoire dans lequel il prépare sa pâte et fait sa vaisselle a pour l’instant élu domicile chez ses parents. À la fin de l’été, il tirera lui-même les leçons de son expérience estivale et décidera alors s’il investit de façon plus conséquente afin d’inscrire le nom Philemon dans la durée de la tradition de la galette bretonne.

Détermination et conviction

des clients babacools Impliqué et conscient des enjeux environnementaux et sociétaux, Philemon souhaite rapidement ne proposer que des produits biologiques issus des terres voisines. Pour l’instant, seule la farine est estampillée "bio", mais il est en contact avec des producteurs biologiques locaux afin d’utiliser des œufs et du lait sans additifs chimiques. Seul le Nutella de la crêpe du même nom a encore de beaux jours devant lui, car les enfants sont, paraît-il, "intraitables" sur ce produit abondamment sucré et infesté de conservateurs et autres durcisseurs chimiques. "J’ai pourtant de la Chocolinnette, mais dès que je leur fais goûter, les enfants réclament leur vrai Nutella", avoue-t-il en arborant une petite moue mi-résignée, mi-fataliste. Malgré ses convictions, il ne peut évidemment pas se passer de la vente de ces crêpes au chocolat. Entre la réalité de ses idéaux et celle de son quotidien, Philemon, comme tout le monde, apprend donc à composer avec les bêtes habitudes de ses contemporains, fruit gâté d’un conditionnement à marche forcée de la société de grande consommation.

La trentaine à peine enjambée, Philemon se sert de ses convictions et se nourrit de ses certitudes pour avancer. Le chemin est étroit, la pente un peu rude, mais le petit coin de paradis de ses aspirations est, quant à lui, bien réel. À l’image de ses galettes, où le local, le social et le bio s’entremêlent avec symbiose, le terrain qu’il vient d’acquérir lui fournira bientôt l’occasion d’accéder à cette sacro-sainte sérénité qu’il recherche depuis quelques années, maintenant. Il espère donc, d’ici quelque temps, pouvoir y construire lui-même sa propre maison en paille et calquer ainsi parfaitement son mode de vie sur ses idéaux.

Pour l’instant, l’aventure n’en est qu’à ses balbutiements, car la difficulté de trouver de bons marchés est d’autant plus grande que la concurrence est abondante. En terre bretonne, la galette régale les papilles, mais aiguise aussi les appétits…

 

Contact : Philemon, alias Sébastien Pipaud : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Sébastien Morin - Journaliste
Sébastien Morin - Journaliste

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commentaires  

 
+2 seb - le 31 juillet 2011 à 16:46
salut Seb,
Je suis un peu trop fainiant pour "rapidement me mettre à apprendre le breton"...même si c'est vrai que je souhaiterais pouvoir maitriser cette langue pour mieux pouvoir comprendre et porter les traditions locales.
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+1 Camille - le 29 juillet 2011 à 12:15
GENIAL !
Vive les marchés !!!
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