Cette année, dix jeunes adultes malgaches handicapés obtiendront leur carte d'artisan grâce au centre de formation ouvert par l'association Zanaka à Tananarive en 2005 (en partenariat avec des associations locales). Cette attestation délivrée par le ministère de l'Artisanat, ainsi que la formation suivie pendant un an, devraient permettre aux bénéficiaires de s'insérer plus facilement dans une société en crise."Après de nombreux voyages à Madagascar, nous sommes tombés amoureux de la Grande Île et de ses habitants. Participant à plusieurs initiatives, nous avons particulièrement suivi la vie de certains centres. L'association a été créée pour organiser le soutien que nous voulons leur apporter", explique Régine Le Goffic, présidente de l'association. 
"Au début, Zanaka (qui signifie enfant en malgache) soutenait un centre d'accueil d'enfants des rues. Nous étions confrontés à la problématique de l'insertion professionnelle pour les adolescents, et nous nous sommes aperçus que c'était relativement simple pour les garçons, mais que c'était beaucoup plus limité pour les filles quand elles n'avaient pas un niveau d'études élevé… et encore plus difficile pour les personnes handicapées !" Afin d'être admis dans le centre, il faut donc être âgé de 20 à 35 ans, être en situation de handicap physique et en très grande précarité. 90 % sont des femmes.
Trois promotions ont déjà bénéficié des 12 mois de formation et de ses effets positifs : "une partie des anciens stagiaires travaille en intermittence à cause de la crise économique, mais 60 à 70 % d'entre eux n'ont plus de problèmes."
Formation haut de gamme
Apprendre un métier ne suffit pas forcément à assurer son avenir professionnel lorsque l'on est en situation de handicap. Zanaka a donc décidé de former les stagiaires à différentes techniques de vannerie, assez particulières "pour qu'ils trouvent des emplois vraiment qualifiants : ils sont en mesure de faire un travail minutieux et de qualité, et sont souvent affectés à la création de prototypes, à des postes un peu privilégiés où ils ne seront pas payés à la pièce."
Une bonne partie souhaite aussi se lancer en tant qu'indépendant et ouvrir un petit atelier, et l'association propose donc des cours de gestion simplifiée pour leur donner quelques bases sur l'entrepreneuriat. Mais seuls ceux qui ont un niveau d'études assez élevé peuvent espérer ainsi créer leur propre emploi : "une ou deux personnes par promotion y parvient. C'est une société dans laquelle il y a beaucoup de marchandage, et il ne faut pas qu'elles soient perdantes."
Certains deviennent à leur tour formateur, comme une ancienne stagiaire et son mari, tous deux malentendants, qui vont prochainement ouvrir un centre de formation en vannerie pour malentendants sur Mahajanga, dans le nord de l'île.
Encadrement à 360°
Les stagiaires sont accompagnés dans tous les domaines. Au-delà de la formation professionnelle, l'association et ses partenaires attachent en effet une grande importance à soigner les pathologies ("séquelles de polio qui ont provoqué des atrophies musculaires, nanisme, pieds bots et autres malformations physiques, surdité…"). Tous les frais de santé sont pris en charge par Zanaka, y compris pour les soins dentaires ou visuels. "Nous souhaitons aussi leur faire comprendre l'importance des soins, leur donner des réflexes qu'ils n'ont pas forcément : il s'agit d'une sensibilisation globale."
L'association paye aussi aux stagiaires leurs déplacements et le repas du midi, une indemnité en espèces ainsi que de l'aide vivrière qui leur sont remis tous les 15 jours. "On a pris exemple sur d'autres associations qui sont déjà en place. C'est la seule manière de s'assurer que les stagiaires restent en formation et ne soient pas forcés par la famille à rester s'occuper des enfants, par exemple." À tout cela s'ajoute une "formation socioculturelle sur la législation, le droit du travail, l'hygiène… tout ce qui peut leur être utile dans la vie quotidienne."
Les petits marchés de la solidarité internationale
Sur place, Zanaka emploie cinq professionnels malgaches : une directrice, Elia (cf. photo), une formatrice technique, deux formateurs vacataires et un kinésithérapeute. Les salaires représentent environ un tiers du budget annuel qui s'élève à 12 000 €. À la fois peu et beaucoup d'argent. Pour réduire les frais et réunir la somme nécessaire, l'association s'appuie sur des partenariats (Centre national de formation professionnelle des personnes en situation de handicap, Hôpital public de Tananarive, ministère de l'Artisanat…) et répond à des appels à projets de Handicap international. Mais l'essentiel des ressources provient de la vente d'objets tressés en raphia, jonc ou sisal.
En parallèle du centre, un atelier de deux personnes réalise effectivement des produits qui sont ensuite revendus sur le marché de gros à Madagascar, mais aussi en France.
Elia, la directrice
"L'association compte 60 à 70 bénévoles, dont la moitié de membres actifs. Certains sont à Besançon, mais nous sommes surtout représentés dans le Grand Ouest : Brest, Rennes, Nantes, la Rochelle… La vente d'objets par les bénévoles représente environ les trois quarts du financement."
Les ventes s'effectuent en priorité sur des marchés solidaires, plus adaptés à l'offre de l'association. "Sur les marchés traditionnels, c'est beaucoup plus compliqué, car nous sommes en concurrence avec des commerçants et ce n'est agréable ni pour eux, ni pour nous. Sur les marchés solidaires, une bonne partie du public est déjà sensibilisée à la problématique de la solidarité internationale. C'est la première fois que nous contribuons à celui de Nantes, mais nous avons longtemps participé à celui de Besançon, et cela nous permettait de financer près de la moitié de notre budget annuel."
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RepèresL'Autre Marché, c'est un marché de Noël proposé par la ville de Nantes, coordonné et animé par Les Ecossolies et les acteurs locaux de l'économie sociale et solidaire avec le soutien de Nantes Métropole. Ce marché est "autre" parce que tous les cadeaux à dénicher sont créés, imaginés, transformés, commercialisés près de chez nous, par des associations, des collectifs, des coopératives, des structures d'insertion... bref, par des acteurs de l'économie sociale et solidaire ! Au menu : commerce équitable, création, tourisme solidaire, solidarité internationale, agriculture paysanne, agriculture biologique, réemploi, culture de proximité, insertion par l'activité professionnelle, numérique social... Du 4 au 23 décembre (12h - 19h du lundi au vendredi et 11h - 20h le week-end), entre Commerce et Petite Hollande. www.lautremarche.net |
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Des paniers, des housses de coussin ou des chemins de table tressés ; ces objets anodins sont les fruits d'une tragique histoire qui se termine bien. L'histoire de jeunes adultes handicapés malgaches que l'association Zanaka a formés, soignés, nourris et réinsérés. Un beau projet financé essentiellement grâce à des marchés solidaires en France, comme l'Autre Marché, à Nantes du 4 au 23 décembre 2010.


















