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    Avec les pionniers de la révolution millet

    Ce sont de petites perles jaunâtres qui ont disparues des champs de France au début du XXe siècle, au bénéfice de l’Inde, du Nigeria ou du Niger. Le millet a pourtant 1001 bienfaits, notamment l'absence de gluten et une culture économe en eau. C’est ainsi, que deux militants de Terra Millet et une poignée d’agriculteurs sèment à nouveau cette céréale, entre Vendée, terre historique du mil, et Loire-Atlantique.

    Qui connaît (encore) le millet ? Personne ou presque. Pour quelques anciens, c’est le souvenir d’une graminée d’avant-guerre, vaguement amère. Pour les initiés, une perle à la texture douce, qui bruisse comme l’or quand elle glisse entre les mains. Martine Dugué, éducatrice spécialisée de 48 ans, fait indiscutablement partie de la seconde catégorie. Elle est même devenue, au fil des plats avalés et des savoirs accumulés, une référence européenne en la matière.

    "Pour moi, ce n’est pas juste une céréale qu’on va rajouter dans son assiette, comme le blé ancien ou la quinoa importés. Il y a derrière une valeur symbolique extrêmement forte", lance t-elle, enthousiaste, au volant d’une antique Peugeot sur les routes sinueuses de Saint-Étienne-de-Mer-Morte (sud de la Loire-Atlantique). Dit plus crûment, cela donne : "J’en ai rien a péter du mil en tant que tel. Mais dès que l’on en parle de façon globale, holistique, ça m’intéresse et ça intéresse les gens".

     

    Martine Dugué et David Jubiniaux

    Raggi girl

    Vide scientifique

    Il n’existe pas d’étude sociologique ou historique approfondie sur la place du millet dans l’Hexagone. Seules quelques études partielles et datées sont disponibles. "On sait qu’au Moyen Âge, la France entière se nourrissait de bouillie, notamment de millet, car le pain était un luxe.Sauf, qu’on parle des autres céréales, l’orge, le blé, mais pas du millet. C’est une amnésie collective qu’il faut réparer", pointe Martine Dugué. Aux dires de la présidente de Terra Millet, un chercheur serait en attente de fonds pour s’y atteler.

    L’aventure gustative a débutée il y a dix ans, lors d’un voyage en Inde, pays qui concentre quasiment 38 % de la production mondiale en 2014 selon la FAO (Food and agriculture organization). Intolérante au gluten, affolée par la consommation en eau de la riziculture, la Stéphanoise découvre puis dévore les raggis balls, typiques de la région méridionale de Karnataka. Ces boulettes au goût "de sarrasin mâtiné de châtaigne" sont préparées à base de leusine coracana, une des treize principales variétés de millet.

    Auprès des paysans indiens, tels Narayanna Reddy ou Jayaram HR, la néo raggi girl en apprend tant sur la marche du monde (agro-alimentaire) qu’elle en fera un documentaire autoproduit de 36 minutes, "Des millets dans mon assiette". Cette quête sacerdotale va s’enraciner dans sa terre d’origine, à la lisière de la Vendée. Les aînés lui murmure qu’on y a cultivé et consommé du millet en masse, jusque dans les années cinquante.

    David Jubiniaux, 46 ans, compagnon de vie et de lutte de Martine au sein de l’association Terra Millet, a son explication. Partout en France, la mécanisation couplée au choix politique de cultiver du maïs et du blé, pour augmenter le cheptel laitier, bouleverse le monde paysan. "Mais dans le bocage vendéen, il y a un côté plus culturel et traditionnel, donc le millet est resté ancré plus longtemps. Cuisiné en do pilaï [sorte de riz au lait, ndlr], il était associé à certaines fêtes, tout au long de l’année, avec une symbolique très forte".

    Devoir de mémoire(s)

    Dans une grange remplie d’outils en bois, du moulin à café au pilon, on retrouve quelques dépositaires de cette mémoire du millet. "On avait des tabliers qu’on s’attachaient aux hanches pour mettre les graines du millet dedans, se rappelle Marie Chouin-Griveau, octogénaire originaire des environs de Machecoul (44). On pénouillait [coupait] ça dans les champs avec un couteau. Puis on mettait le tout dans des sacs de jute. Ils y passaient une nuit pour s’échauffer [fermenter]. Ensuite, on les frottait avec un pied sur l’autre, c’était agréable et chaud. Puis on les passait dans un tamis fabriqué avec des ronces pour les venter [trier]".

     

    Les anciens

     

    Dans les souvenirs de la dizaine de têtes grisonnantes présentes ce jour-là, les techniques employées jadis diffèrent, mais le plaisir est partagé. Surtout quand vient l’heure du goûter, à base de mil bien sûr – gâteau au chocolat, semoule au lait, pain, mais il existe des dizaines de recettes sucrées ou salées. Indiscutablement nourrissant, car riche en protéines et calcium, mais aussi plus fin et doux que le blé car sans gluten. Ce sont les végétariens qui se sont les premiers ré-intéressés au millet, comme à toutes les céréales rustiques. Il y a dix ans, les sans-gluten ont pris le relais avec la farine de millet (le plus souvent amère). Dernièrement, les gastronomes ont eux découvert le millet japonais, plus gluant mais qui ne dégage pas d’amertume.

    Cafetière en main, l’agricultrice Annie Ong, 48 ans, est aux petits soins avec ses convives d’un après-midi. "Par le biais de notre métier, on recréé du lien avec la famille et les voisins. Je trouve que toutes ces expérimentations qu’on peut faire au niveau du mil ou du maïs population [mélange de variétés anciennes de maïs, ndlr], ça ouvre aussi des perspectives internationales, d’échanges avec d’autres agriculteurs".

    "C’est un acte politique !"

    Sur son exploitation de 84 hectares en bio, gérée depuis 2009 avec son frère plus un salarié, elle a semé à titre expérimental un demi-hectare de millet l’année passée, plutôt que des haricots blancs également typiques de la Vendée. "Nos rendements n'étaient pas trop mauvais pour la première récolte, de l’ordre d'1,2 tonnes en brut et de 900 kilos après le tri". À terme, il devrait tendre à trois tonnes par hectare.

     

    Annie Ong

     

    Pour cultiver, pas besoin d’intrants ou d’engrais et peu besoin d’eau : de l’ordre de 100 mm pour tout un cycle contre cinq à six fois plus pour du riz. "Ça convient à toutes les terres, même les plus sèches et arides. C’est l’intérêt du millet pour le futur, car même en Vendée elle vont s’assécher progressivement, à l’image du sud de la France", appuie Martine Dugué. Les obstacles de son amie paysanne Annie Ong, qui l’a contactée un beau jour sans savoir qu’elles étaient voisines de 15 kilomètres, sont ailleurs.

    Les débouchés existent, en vente directe notamment, "mais on doit trouver quelqu’un pour décortiquer parce qu’on n'est pas équipés. Quand on fait des petites productions comme ça, c’est compliqué car on gagne plus d’argent en achetant une ou deux vaches en plus par exemple. Pour l’instant, c’est un acte politique !". À ce jour, on dénombre seulement une dizaine de producteurs réguliers pour une autre dizaines de producteurs occasionnels de millet en France. Combien seront-ils demain ?

    Thibault Dumas
    Thibault Dumas

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