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Les friches agricoles aux agriculteurs

Bouguenais ne manque pas d'Aires

visiteurs de bouguenais Bouguenais, au sud-ouest de l'agglomération nantaise : une commune périurbaine où l'espace rural demeure considérable. Au gré des promenades, on découvre partout des friches agricoles à mettre en valeur, mais également des villages à l'histoire riche, dont les habitants parlent encore des temps anciens. Là où l'association Aires – Actions initiatives rurales et sylvicoles – s'attache à favoriser le regroupement de ces petites parcelles en vue de leur exploitation, et à faire découvrir un cadre de vie au passionnant passé. Rencontre avec Jean Droillard, président, et Gabriel Guillet, secrétaire.

"Abandonner les terres agricoles aux abords d’une grosse agglomération, c’est les exposer à l’appétit des promoteurs immobiliers. D’où l’idée d’initier et de soutenir, dans ces espaces traditionnellement ruraux, des projets de maintien et de relance d’une agriculture vivrière et pérenne". Jean Droillard est président de l'association Aires, créée en 1997. La commune de Bouguenais a alors lancé son Pollen. Objectif : maîtriser l’urbanisation, maintenir l’activité agricole et valoriser les villages et espaces naturels. Assez rapidement, les membres de la commission Agriculture se penchent sur les friches abandonnées, et décident d’agir.

Des fourmis sur le terrain

Jean Droillard et Gabriel Guillet Jean Droillard et Gabriel GuilletLe constat est le suivant : à Bouguenais, le foncier rural  est très morcelé et souvent de petite superficie. D’où ce concept simple : proposer à des propriétaires de rassembler leurs terres et de les remettre en état, afin de les louer à un agriculteur. Concrètement, les membres d'Aires ciblent une zone en friche et étudient le cadastre en mairie, pour savoir qui possède les terrains. Il s'agit ensuite de rendre visite à chaque propriétaire pour lui présenter le projet. C'est parfois un travail de fourmi : "Il nous arrive de tomber sur de toutes petites parcelles. Quelques mètres carrés seulement. Il se peut aussi, quand un propriétaire est décédé, qu'on ait affaire à de l'indivis, donc à tous ses enfants. Et là, ça devient très compliqué !", s'amuse Gabriel Guillet, secrétaire de l’association.

Heureusement, la grande majorité des propriétaires finit par se laisser convaincre. "Au début, il y a toujours des récalcitrants, mais étant donné qu'ils payent des impôts fonciers sur ces terrains à l'abandon, les avantages pour eux sont évidents : l'entretien est pris en charge et ils en tirent un loyer", argumente le président. Une fois tout ce petit monde convaincu, une Afa (Association foncière agricole) doit être créée, afin de gérer la nouvelle entité de manière collective : l'agriculteur installé sur ces terres n'aura donc au final qu'un seul interlocuteur, avec l’association en guise de conseiller. Par la suite, la nouvelle structure s'occupe donc du défrichage des terres et de la recherche d'un exploitant. Elle reçoit les candidatures, fait passer les entretiens, fait son choix et met en branle le chantier de remise en état. "Il faut savoir que certaines terres n'ont pas été entretenues depuis plus de 30 ans. fonctionnement Dans ces cas-là, il faut des machines très puissantes et très coûteuses pour défricher, déraciner les arbres, retourner la terre… Heureusement, la communauté urbaine prend en charge 80 % de ces coûts".

L'association ne préside donc pas directement aux destinées des exploitations qu'elle contribue à constituer. Ses membres mettent en relation les propriétaires, aident à la création de l'Afa, et l'essentiel de leur mission s'arrête là. "On peut conseiller, mais c'est l'Afa qui décide du reste. Certains propriétaires sont membres d'Aires, mais cela ne change pas leur travail. Leurs décisions ne relèvent pas de nos compétences. Nous encourageons vivement les propriétaires à installer des paysans qui pratiquent l'agriculture vivrière en circuit court, mais cela reste du domaine du souhait", regrette Gabriel Guillet.

Quartier par quartier

Même limitée, l'activité d'AIRES n'en est pas moins indispensable, et a valeur d'exemple à suivre : "On compte 500 hectares de friches agricoles valorisables, à Bouguenais, et 4 000 à 5 000 hectares à l'échelle de la métropole nantaise". Les pouvoirs publics semblent aujourd'hui prendre le relais. La communauté urbaine projette ainsi d'installer une cinquantaine d'agriculteurs sur l'agglomération dans les cinq ans, en faisant jouer son droit de préemption, alors que le laisser-faire était plutôt de mise depuis quelques années. De nombreuses fermes ont été bradées, puis transformées en habitations individuelles. Beaucoup de terres sont donc aujourd'hui à vendre, mais sans les bâtiments indispensables à l'exploitation…

L'autre activité de l'association est de contribuer à faire connaître le patrimoine local, l'histoire et la vie des habitants des villages et quartiers de Bouguenais. "Il y a une dizaine d'années, quelques-uns de nos adhérents ont montré un intérêt pour l'histoire de notre commune. Il faut savoir que, dans les années soixante, nous étions un village rural de 3 000 habitants… Il y en a 17 000, aujourd'hui !", note Gabriel Guillet. Aires recueille ainsi la mémoire des anciens, au travers de témoignages oraux, tout en réalisant des recherches bibliographiques via des archives, des ouvrages historiques, des documents personnels… avec à la clé des petites brochures, quartier par quartier.

À ce jour, quatre dépliants ont été édités à 500 exemplaires, mis à la disposition de chacun. Des expositions de vieilles cartes postales de Bouguenais sont également organisées. "Nous en possédons maintenant près de 500, régulièrement montrées dans des maisons de retraite ou à la médiathèque. Ces manifestations s'adressent à tout le monde, nostalgiques, passionnés d'histoire, ou nouveaux habitants, qui sont souvent très intéressés par le passé de leur commune d'adoption." Quand l’histoire et la tradition rurales permettent d’entrevoir une nouvelle… ère.

 

Pour en savoir plus : http://airesbouguenais.fr

Rémy Pellissier - Gérant de café-concert et journaliste
Rémy Pellissier - Gérant de café-concert et journaliste

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