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Alain Gallerand et l'association Kokopelli

C'est pas la faim des haricots

Alain Gallerand et l'association Kokopelli - Terristoires "Nous sommes en 2011 après Jésus-Christ. Toute la Gaule est occupée par les multinationales de la semence OGM… Toute ? Non ! Car quelques espaces peuplés d'irréductibles paysans résistent encore et toujours à l'envahisseur…" C'est ainsi que pourrait débuter la biographie d'Alain Gallerand, cultivateur cultivé, paysan sociologue et impliqué dans l'association Kokopelli qui promeut les variétés anciennes et une certaine idée du travail de la terre. Rencontre avec un agriculteur qui n'a pas sa langue dans sa poche.

La pelle de la terre

C'est peu dire que d'affirmer qu'Alain Gallerand a un parcours atypique. Passé par des études de psychologie, ayant notamment travaillé dans la serrurerie et l'animation, il a ensuite exercé durant dix ans en tant qu'éducateur dans la protection de l'enfance. Alain Gallerand de l'association Kokopelli - Terristoires Alain GallerandPuis, en parallèle de recherches en sociologie et en philosophie, il est finalement devenu formateur en travail social. Une activité qu'il continue aujourd'hui en tant que vacataire, auprès de travailleurs sociaux et d'éducateurs spécialisés. Il donne entre 150 et 200 heures de cours par an. Mais il est rattrapé par son amour de la terre. Il faut dire qu'Alain a toujours baigné dans l'agriculture biologique : "mes parents ont commencé à avoir un jardin bio quand je suis né, en 1969. C'était les débuts du mouvement, et, tout petit, j'ai participé aux premiers salons de la bio en France, avec eux. J'ai toujours mangé bio. C'est drôle, car c'est seulement aujourd'hui que le mouvement devient à la mode, alors que ça fait 42 ans que je connais ça, et qu'on nous a toujours pris pour des abrutis ou de doux rêveurs !" Logiquement, il songe donc à se lancer dans l'agriculture, en commençant par remplacer des amis paysans, pour finalement démarrer à son compte en 2007. Il travaille pendant trois ans sans se déclarer, faute de terre à son nom et de formation, avant d'officialiser son activité. Les raisons de cette entreprise difficile ? C'est avant tout le projet politique et idéologique qu'il y a derrière qui le motive. "C'est un choix de vie. Je voulais réduire les écarts entre ma pensée et ma façon de vivre. Là, je n'ai pas de patron, je suis véritablement acteur, j'ai mon outil de travail en ma possession. Et le lien à la terre est indispensable pour moi. L'alimentation, c'est la vie". Et c'est ainsi que le chercheur en socio est devenu paysan…

Le spectacle des variétés

Aujourd'hui, sur son exploitation de 3 hectares, Alain possède différentes casquettes. Il est tout à la fois paysan-maraîcher, producteur de plants de variétés anciennes et de haricots secs, mais aussi créateur de ses propres variétés de légumes, son dada : "je travaille actuellement sur cinq variétés de haricots. La biodiversité est toujours ouverte et évolutive, c'est ce qui est passionnant. On peut faire de la création et de la sélection de variétés sans manipulation génétique, en respectant la nature. Cela se pratique depuis des millénaires".

Alain Gallerand et l'association Kokopelli - Terristoires Alain Gallerand et l'association Kokopelli - Terristoires

En plus de ses créations, il cultive et vend aussi des plants issus du catalogue Kokopelli, l'association de préservation de la semence et de l'humus, dont il est le représentant en Loire-Atlantique ; et se passionne pour les variétés anciennes oubliées : "on doit se rappeler qu'il y avait pratiquement une variété de chou par village, au début du siècle ! Dans l'association, on essaye de les retrouver et de les cultiver à nouveau".

Ceux qui sèment le doute

Alain Gallerand et l'association Kokopelli - Terristoires
Alain Gallerand et l'association Kokopelli - Terristoires
Alain Gallerand et l'association Kokopelli - Terristoires

Kokopelli défend les semences comme bien commun de l'humanité et la refertilisation du sol via le compostage, pour inverser le processus d'érosion à grande échelle en cours à l'heure actuelle. L'objectif de l'association est de retrouver une véritable biodiversité, pour beaucoup détruite par le virage industriel de l'agriculture, avec les cultures vivrières au centre de son action. Car, contrairement aux grands semenciers, Kokopelli propose des graines autoreproductrices et dont la diversité permet de multiplier les facteurs de résistance des plantes. "Créer des semences stériles uniquement par intérêt économique et décider des seules variétés que la population de la Terre a le droit de consommer est un crime contre l'humanité. Ça touche à notre moyen de subsistance, à notre droit à la vie", assène Alain, dénonçant les multinationales de la semence OGM. En réponse à ces "nécrosemenciers", Kokopelli fait vivre les variétés anciennes en les distribuant le plus largement possible, notamment dans les pays du Sud, à qui l'association tente de redonner de l'autonomie vivrière. De nombreuses antennes y ont ainsi été créées, en partenariat avec des ONG locales. Malgré tout, l'action de Kokopelli, pour salutaire qu'elle puisse paraître, demeure illégale.

Loi contre nature

Plus de 80 % de la gamme de semences proposée par l'association est interdite de commercialisation en France. À l'origine, le catalogue officiel qui autorise la mise sur le marché des semences a été créé par le GNIS, Groupement national intersemencier, émanant du gouvernement de Vichy, pour protéger la biodiversité… Aujourd'hui, cet organisme parapublic attaque régulièrement Kokopelli en justice, au motif de vente de semences interdites. Et les actions au tribunal viennent aussi d'ailleurs. Ainsi, la multinationale suisse Graines Baumaux a plusieurs fois envoyé Kokopelli au tribunal pour concurrence déloyale. Seuls les 6 000 adhérents de l'association permettent de couvrir les amendes, qui sont parfois très élevées. Mais à toute chose malheur est bon. L'avantage de ces procès est ainsi la publicité faite à la cause de la biodiversité. Par cet intermédiaire, l'association essaye de médiatiser ce débat et de clamer haut et fort les risques encourus. Car la privatisation des semences et la réduction de la biodiversité est un jeu dangereux, selon Alain : "je pense qu'on va au-devant de graves problèmes alimentaires. S'il y a la moindre épidémie, on risque de perdre toutes les récoltes en ne cultivant qu'une seule variété de plante". L'exemple du tournesol est ainsi frappant ; remplacé par des hybrides F1 stériles, on ne trouve plus aucune variété ancienne autorisée à la vente dans le catalogue officiel. Dans la nature, 60 à 80 % des variétés ont disparu. Et notre paysan révolté de conclure : "la réforme agraire est vitale et centrale pour changer la société d'aujourd'hui. On ne peut se passer de l'alimentation, c'est crucial. La vraie révolution passera par là, ainsi qu'un changement de notre rapport à la nature. Ne plus essayer de la dominer et de la changer, mais tenter d'en tirer parti en la respectant".

 

Alain Gallerand et l'association Kokopelli - Terristoires C'est pas la faim des haricots

Le Bois des Prés 44220 Couëron

02.40.12.11.75 / 07.60.72.27.74 / Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

 

Association Kokopelli

Oasis. 131 impasse des Palmiers 30100 Alès

04.66.30.64.91 / 04.66.30.00.55

www.kokopelli.asso.fr

 

Rémy Pellissier - Gérant de café-concert et journaliste
Rémy Pellissier - Gérant de café-concert et journaliste

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commentaires  

 
0 rochas cathy - le 08 avril 2012 à 10:44
Bonjour vous serait t 'il possible de m'envoyer le tarif de vos plants
merci
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