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    De la bouse au gaz, Mortagne-sur-Sèvre ouvre les vannes du biométhane

    À Mortagne-sur-Sèvre (Vendée), dix agriculteurs recyclent du fumier en gaz À Mortagne-sur-Sèvre (Vendée), dix agriculteurs recyclent du fumier en gaz

    Le recyclage du fumier en gaz, l’énergie du futur venue des campagnes ? Depuis cinq ans, la France des champs s'éprend de biométhane, obtenu à partir des déchets organiques des fermes. L'objectif, ambitieux, est de parvenir à 10 % de gaz naturel dans le réseau national en 2030. À Mortagne-sur-Sèvre (Vendée), dix agriculteurs ont ouvert les vannes. Une expérience contrastée.

    Entre ombres et lumières, dans la tiédeur réconfortante de sa grange, Damien Soulard manipule ses veaux d’une main assurée. Casquette vissée sur la tête, bottes en caoutchouc aux pieds, l’agriculteur de 42 ans n’y va pas par quatre chemins. "On m’aurait dit il y a vingt ans qu’on injecterait un jour du gaz dans les tuyaux à partir de la merde de mes vaches, j’y aurais pas cru". Réalisant la trivialité de la formule, il développe sa pensée, sur le même débit cadencé. "Maintenant, avec le recul, je me dis que c'était une bonne chose à faire. C’est à la fois innovant et bien pour nos exploitations. Que ce soit celles des collègues qui font du canard ou du porc, ou des producteurs de lait, comme nous".

    Pour trouver du gaz, il faut s’éloigner d’à peine 100 mètres de la ferme aux 130 vaches du Poitou, cogérée par Damien Soulard. Sous la terre, un tuyau qui collecte directement fumier et lisier pour l’amener à un premier, puis à un second digesteur. Là, ils sont mélangés à ceux récoltés par camion sur quatre exploitations formant un trapèze, à l’est de Mortagne-sur-Sèvre (Vendée) et ses 6 000 habitants. Après une cuisson à 39 degrés pendant 40 jours, le biogaz (CO2, et CH4 ) est capté pour être épuré en biométhane (CH4).

    "On a grillé quelques étapes"

    Damien Soulard, agriculteur à Mortagne-sur-Sèvre. Damien Roy, agriculteur et président d'Agri Bio Méthane.

    Le site, précurseur dans le Grand Ouest, produit 80 m3 de biométhane par heure. Celui-ci est directement injecté dans le réseau de gaz naturel par le biais d’un raccordement situé à un demi-kilomètre. Les vannes ont été ouvertes le 18 avril 2014, après quatre ans d’une lente macération.

    À la baguette, Damien Roy, 42 ans, aujourd’hui président d’Agri Bio Méthane. Discours rodé, pantalon crème et doudoune sombre, des attributs d’entrepreneur plus que d’agriculteur. "C’est assez long d’un point de vue administratif, avec un dossier complexe à déposer et une enquête publique, soupire-t-il. On savait que l’avis serait positif, donc on a grillé quelques étapes". Comme les travaux, amorcés sans autorisation d’injection, mais avec permis de construire. Le fléchage vers la production de biométhane s’est fait aussi par "anticipation", alors que le décret établissant les tarifs de rachat par les opérateurs (23 novembre 2011) était dans les tuyaux. "Heureusement qu’ils sont fixés pendant 15 ans, sinon "couic" avec la chute du prix du baril de pétrole !", lance en mimant une coupure celui qui est aussi adjoint au maire de Mortagne-sur-Sèvre (sans étiquette).

    Aujourd’hui, les besoins en gaz de 570 foyers mortagnais sont couverts par la production locale – soit 18,5 % de la consommation communale. "Leur argent reste sur les territoires, alors que les habitants ont souvent l’impression que l’énergie, le gaz, ça vient d’ailleurs", se réjouit Étienne Goudal, qui pilote au quotidien les projets de méthanisation chez GrDF.

    Mauvaises odeurs et champs de maïs

    Étienne Goudal, pilote des projets de méthanisation chez GrDF à Mortagne-sur-Sèvre. Étienne Goudal, responsable des opérations de méthanisation chez GrDF.

    Les riverains ne sont pas toujours aussi enthousiastes, loin de là. Réelles ou supposées, les nuisances en matière d’odeurs et de trafic routier peuvent susciter une opposition âpre comme au Poiré-sur-Vie (Vendée), à Pommerieux (Mayenne), Oudon (Loire-Atlantique) ou Noyal-Pontivy, (Morbihan). On recense aujourd’hui près de 70 projets en gestation pour deux sites opérationnels dans le Grand Ouest. La Confédération paysanne demande tout de go un "moratoire" sur ceux-ci ainsi qu’un "encadrement" de la méthanisation, s’opposant notamment aux cultures de végétaux directement destinés au digesteur, pratique largement répandue en Allemagne avec le maïs.

    Damien Roy et ses associés ont fait le choix de la pédagogie à posteriori, avec 1 700 visiteurs sur le site dans les deux jours qui suivirent une inauguration en grandes pompes. "On est allés au-delà de ce que demandait l’administration en termes de traitement des odeurs. À cause de la proximité des habitations, il fallait quelque chose de propre", plaide t-il.

    Ils ont aussi impliqué les acteurs économiques locaux dans la démarche. Comme l’usine de viennoiseries voisine, mais simplement pour des raisons… techniques. "Nous avons deux tiers d’effluents d’élevage, fumier et lisier, donc, pour un tiers de sous-produits agroalimentaires : bouts de biscuits, restes de laiterie, jus de cuisson et graisse [21 000 tonnes de déchets par an en tout, ndlr]. Ces derniers sont un peu comme la pédale d’accélération d’une voiture".

    Une agriculture rentable et durable ?

    Pour sécuriser cet apport agro-alimentaire, l’immense coopérative Terrena (22 000 exploitations en France) est impliquée dans le capital d’Agri Bio Méthane, à hauteur de 3,5 %. L’investissement total de départ était de 3,4 millions d’euros, dont un million de subventions publiques, pour une rentabilité espérée dans les dix ans. La SAS vendéenne semble en prendre le chemin : en 2015, son chiffre d’affaires est de 780 000 € pour un résultat net de 60 000 €.

    Étienne Goudal (GrDF) pose les conditions techniques du succès : "pour qu'une unité d’injection de biométhane fonctionne, il faut fiabiliser le raccordement au réseau de gaz, fiabiliser les apports en déchets et fiabiliser l’utilisation du digesteur".

    La conversion écologique des agriculteurs de Mortagne-sur-Sèvre s’est faite par nécessité économique. "Promotion d’une agriculture rentable, durable, productive et agroécologique", proclame sans ambages leur site internet. Car la méthanisation génère non seulement du CH4 gazeux, mais aussi du digestat, un résidu solide ou liquide utilisé comme engrais organique. L’économie est substantielle, 50 000 euros par an pour les quatre exploitations sur les charges d’épandage et l’engrais. Une "contrainte" devenue "richesse" dans une campagne soumise au grignotage industriel.

    De quoi donner le sourire à Damien Soulard, au milieu de ses bovins : "nous sommes amenés à travailler en permanence ensemble, les dix collègues et le salarié embauché, et en plus ça nous ouvre sur le monde extérieur". L’enthousiasme des pionniers. L’année passée, 163 gigawattheures (GWh) de biométhane ont été injectés dans le réseau de gaz naturel en France (dont 8 % provenant de l’Ouest). Encore une bulle de gaz dans la masse des 421 000 GWh consommés par les Français.

    En savoir plus : www.agribiomethane.fr

     

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    Thibault Dumas
    Thibault Dumas

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