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Hydroliennes à Paimpol

De la mer à la terre, le courant passe

Hydraulienne à Paimpol Les océans sont en mouvement perpétuel. Les courants marins et les vagues produisent une énergie considérable qui peut, aujourd’hui, être transformée en électricité. Au large de Paimpol, EDF souhaite créer un site d’essai d'hydroliennes, turbines sous-marines actionnées par la force des courants. Les premières machines devraient être immergées en 2011.

Il aura fallu attendre plus de quarante ans, après la mise en service en 1966 de l’usine de la Rance, pour voir émerger un nouveau projet utilisant la force des marées pour produire de l’électricité. Au large de Paimpol, EDF prépare l’ouverture, à partir de 2011, du premier parc hydrolien français.

Ce site d’essai des démonstrateurs industriels, situé plus précisément au large de l’île de Bréhat, a été choisi après trois ans d’études des principales zones de courants en France. "L’essentiel du potentiel français se trouve entre la pointe du Cotentin et la baie de Saint-Brieuc, en raison d’importantes variations de fonds marins", explique Vincent Derby-Wilkes, délégué régional d’EDF.

Un projet partagé

L'hydrolienne, c'est pas sorcier !

L’hydrolienne est une turbine utilisant la force des courants ou des marées. Elle ressemble à une éolienne sous-marine ancrée ou fichée dans le sol. Ses pales font tourner sa turbine qui convertit l’énergie mécanique en énergie électrique, transportée par câble sous-marin jusqu’au rivage. Principal avantage : les courants sont inépuisables, et mieux prédictibles que les vents. Principale difficulté : construire un engin suffisamment solide pour affronter la force de la mer et la corrosion du sel. Le projet Orca, par exemple, mise sur la robustesse pour limiter les coûts de maintenance. Car envoyer régulièrement des plongeurs nettoyer les pales revient très cher !

La première hydrolienne du parc devrait être celle qu’EDF a commandée à l’opérateur irlandais Open Hydro. Un modèle de 500 kilowatts (kW) posé sur le fond marin. Il a été préféré à la machine du britannique Marine Current Turbines, installée sur un pylône dépassant de la surface de l’eau. L’opérateur a fait son choix après avoir consulté les acteurs locaux (élus, marins pêcheurs, plaisanciers, associations et représentants économiques…). "Il est apparu dans le débat local qu’il fallait éviter tout impact paysager et tout obstacle à la navigation", ajoute Vincent Derby-Wilkes. "Nous avons donc préféré les hydroliennes d’Open Hydro, moins puissantes, mais totalement immergées et facilement déplaçables".

L’électricien a pour objectif d’en mettre en place quatre pour atteindre une puissance installée de 2 mégawatts (MW). Une fois connectées au réseau électrique national, elles devraient commencer à fournir de l’électricité dès l’été 2012. "Notre budget de 24 millions d’euros comporte un soutien public de 7,2 millions d’euros", souligne le délégué régional d’EDF.

D’autres opérateurs pourront profiter du câble sous-marin déjà installé par EDF pour distribuer leur propre électricité. À commencer par Alstom Power qui veut devenir l’un des leaders du marché. "Nous tenons à ce que ce site soit très vite prêt, juridiquement et techniquement, pour accueillir le démonstrateur de notre hydrolienne d’1 MW développée avec le canadien Clean Current", explique Philippe Gilson, directeur des énergies marines à Alstom Power. Baptisé Orca, ce projet réunit l’École centrale de Nantes et le Centre technique des industries mécaniques (CETIM). Il vise à fédérer des acteurs-clés de la filière hydrolienne française.

En s’appuyant sur la création d’une hydrolienne de grande taille et l’analyse de ses performances, Alstom Power et ses partenaires espèrent réaliser les économies d’échelle nécessaires à une diminution du coût de production de l’électricité. L’installation de l’hydrolienne est prévue à la fin de l’année 2012. "D’ici 2020, nous envisageons de fabriquer une centaine de machines par an, et ainsi dégager un chiffre d’affaire de plusieurs centaines de millions d’euros", précise Philippe Gilson.

Mobilisation de toutes les énergies

Hydraulienne à Paimpol Le parc hydrolien de Paimpol devrait bénéficier de l’apport technique et financier de la plateforme "France énergies marines", qui sera lancée à Brest en 2011. Pilotée par l’Ifremer*, elle réunit 16 industriels (Alstom Power, EDF, GDF-Suez, AREVA, DCNS…), 9 structures scientifiques et plusieurs collectivités locales, dont la Région Bretagne. "Elle est le fruit d’une dynamique partenariale initiée autour de projets de démonstration en mer et de démarches prospectives pour identifier l’évolution du marché, les verrous technologiques, les critères d’insertion environnementale et de compatibilité des usages", indique l’Ifremer.

Le 6 décembre, le Premier ministre François Fillon a annoncé qu’Orca était l’un des cinq projets retenus au titre des énergies marines dans le cadre des "investissements d’avenir du grand emprunt", doté d'une enveloppe globale comprise entre 60 et 75 milliards d’euros. Il était temps : car la France, pourtant deuxième gisement de courants marins d’Europe, commençait à prendre du retard sur ses voisins européens. L’exploitation des courants marins pourrait produire autant que trois à quatre centrales nucléaires. Et le meilleur endroit, selon EDF, se trouve entre le Cotentin et la Bretagne nord.

 

* Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer.

 

En savoir plus : www.ifremer.fr - Le comité local des pêches de Paimpol - www.alstom.com/power

 

Les homards seront-ils peinards ?

C’est une opération rarissime. Pour s’assurer que ses quatre hydroliennes ne viendront pas perturber la réserve de pêche de 7 000 hectares de Paimpol, EDF finance un programme de marquage des homards et des langoustes. L’objectif est de mieux connaître le comportement de ces crustacés. Coût : 100 000 €.

"Nous achetons les homards aux pêcheurs professionnels volontaires, 1 € plus cher que le prix au kg" (15 € au moment de l’interview), explique Laurence Robigo, chargée de mission au Comité local des pêches, qui réalise l’opération. "Nous les identifions avec une marque jaune de cinq centimètres, posée dans le muscle de l’abdomen, comportant quatre chiffres, nos coordonnées et les informations à renvoyer en cas de capture. Nous les mesurons, les pesons puis les remouillons au large de Bréhat".

Cette opération, menée depuis 2009, doit durer trois ans. Elle vise à répondre à plusieurs questions non élucidées jusqu'à aujourd’hui : combien y a-t-il de homards et de langoustes dans la zone des futures hydroliennes (1 km²) ? Quels sont leurs déplacements ? "Pour répondre à la première question, nous embarquons régulièrement à bord des caseyeurs (bateaux utilisant des casiers pour la pêche, ndlr) professionnels", raconte Laurence Robigo. "Nous mesurons tous les crustacés pêchés, à l’intérieur et à l’extérieur du cantonnement, ce qui nous permet maintenant d’avoir une idée assez précise du stock".

Côté déplacement, grâce aux retours des pêcheurs professionnels et amateurs, qui jouent le jeu, on en apprend une bien belle : le homard aime tailler la route. Sur les 17 recaptures, quatre ont eu lieu près de l'île de Batz, au large de Roscoff ! "En moyenne, ils parcourent moins de 20 km autour de leur trou", précise la chargée de mission. 1 800 homards et 44 langoustes ont déjà été marqués.

 

Marquage de homards à Paimpol - Terri(s)toires Marquage de homards à Paimpol - Terri(s)toires Marquage de homards à Paimpol - Terri(s)toires

Raphaël Baldos - Journaliste
Raphaël Baldos - Journaliste

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commentaires  

 
0 Karim - le 23 mai 2011 à 14:39
Bonjour,

Si l'exploitation des courants marins pourrait produire autant que trois à quatre centrales nucléaires , alors il faut commencer à remplacer ces centrales qui se répartissent dans toute l’Europe, et dont le danger n'est plus à démontrer (Fukushima).

En tout cas il faudrait encourager ce projet et féliciter le savoir-faire français dans ce domaine.
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