Dossier : l'autoroute de la mer Montoir – Gijón

Des débuts qui font débat

Autoroute de la mer - le Norman Bridge Autoroute de la mer - le Norman Bridge

Première cause du réchauffement climatique, le secteur des transports fait partie des chantiers prioritaires de la Commission européenne. Pour la France aussi, l'ouverture d'autoroutes de la mer étant l'une des têtes de gondole du Grenelle de l'environnement. Mais les débuts de la ligne Montoir – Gijón, pionnière du mouvement, suscitent autant d'enthousiasme que de critiques. Explications.

Près de 20 000 camions traversent les Pyrénées chaque jour de la semaine. À terme, l'autoroute de la mer Montoir – Gijón qui a ouvert en septembre 2010 pourrait réduire ce chiffre de 3 à 5 % : c'est relativement peu, mais l'enjeu est pourtant de taille, car il devient urgent de penser à de nouveaux modèles pour pallier la saturation des routes et leur empreinte énergétique. Selon Le Télégramme, ce sont 25 000 tonnes de CO2 par an qui pourraient ainsi être évitées.

Le changement de mode de transport est donc amorcé, il ne reste désormais qu'à convaincre les utilisateurs de la route que la mer présente d'autres avantages, le plus accrocheur, évidemment, étant le coût. Les subventions permettent à l'armateur, LD Lines, de proposer des tarifs compétitifs sans perdre d'argent : l'année dernière, l'autoroute de la mer qu'il exploitait entre Toulon et Rome avait justement dû être abandonnée faute de rentabilité.

Une offre peu adaptée

Poussée d’abord par une volonté politique, cette nouvelle liaison n'est cependant pas forcément en adéquation avec la situation actuelle du marché. Mais une fois qu’elle aura été intégrée aux chaînes logistiques des transporteurs, LD Lines peut espérer développer le service pour multiplier les allers-retours. Il s'agit d'ailleurs de la condition sine qua non pour que l'autoroute ne soit pas qu'une "départementale de la mer", comme le pense Nicolas Paulissen, délégué général adjoint de la Fédération nationale des transporteurs routiers (FNTR) et cité dans Le Monde.

Gilles Denigot, conseiller général Europe Écologie de Loire-Atlantique, a exprimé la même opinion dans la presse : "L’idée des autoroutes de la mer, c’est d’avoir un service permanent avec deux ou trois escales quotidiennes. Avec seulement trois rotations par semaine, on galvaude le concept." Et effectivement, les transporteurs ne l'utiliseront véritablement que s'ils ont l'assurance d'avoir au moins un départ toutes les 24 heures, voire plusieurs fois par jour.

Dans un autre registre, les syndicats dénoncent le fait que le Norman Bridge soit sous pavillon britannique, avec un équipage anglais et portugais. L'ouverture de la ligne aurait en effet pu être l'occasion de créer des emplois dans des pays particulièrement touchés par la crise.

Volontarisme de façade ?

Autoroute de la mer - le Norman Bridge LD Lines a bien conscience que le service actuel n'est pas suffisant. Il est donc prévu de passer à un départ quotidien dans quatre ans maximum avec la mise en service d'un deuxième navire. Mais la montée en puissance concerne aussi le principe même d'autoroutes de la mer : deux lignes ont déjà été ouvertes cette année, reliant Marseille et Toulon à la Turquie, et d'autres projets sont actuellement en préparation. Le site du gouvernement français fait notamment mention d'une ligne Tunisie-Marseille pour janvier 2011, et d'une autre reliant Le Havre, Vigo et Algesiras (Espagne) pour juillet 2011. Ce dernier projet est porté par l'opérateur Acciona Trasmediterranea.

La politique volontaire menée par l'Europe est à souligner, mais cela ne suffira peut-être pas. Pour rivaliser avec la route, les liaisons maritimes doivent être très régulières, bon marché et fiables ; elles se doivent aussi d'être exemplaires du point de vue énergétique et de viser les grandes régions industrielles d'Europe. Si l'un de ces critères n'est pas respecté, le concept pourrait définitivement prendre l'eau.

Une solution, pourtant, permettrait d'assurer la pérennité de tous les projets, mais les instances françaises, espagnoles et européennes ne semblent pas encore décidées à l'assumer. Il suffirait d'appliquer une taxe au transport routier, à l'instar du principe du bonus-malus écologique mis en place sur l'achat de véhicules. Les revenus générés pourraient ainsi financer les autoroutes de la mer et accroître leur compétitivité. Cette mesure inscrirait le projet sur le long terme, mais pourrait être impopulaire et politiquement risqué. Parfois, mieux vaut ne pas se mouiller…

Thibaut Angelvy - Journaliste, webmaster et rédaction en chef
Thibaut Angelvy - Journaliste, webmaster et rédaction en chef

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