Depuis 2003 et le programme "L'abeille, sentinelle de l'environnement" mis en place par l'Unaf (Union nationale de l'apiculture française), Nantes et de nombreuses villes françaises jouent le jeu de la préservation des abeilles. En réduisant au maximum l'utilisation de pesticides et de produits phytosanitaires dans l'entretien des espaces verts, la ville préserve l'écosystème urbain… et y implante des ruches. En effet, quoi de mieux qu'une ruche pour mesurer les effets d'une politique de préservation de l'environnement : en ville, les abeilles produisent un miel "toutes fleurs" qui, une fois analysé, constitue un révélateur naturel des mutations de la flore.
Un syndicat d'apiculteurs bénévoles au cœur du processus
Dans le cadre de leur Agenda 21, d'autres communes de l'agglomération ont suivi, comme Saint-Julien-de-Concelles ou Rezé, et des entreprises se sont également lancées dans l'aventure : on peut désormais observer des ruches sur les sites de Veolia ou de Quille Construction. Toutes ces implantations se font dans le cadre de conventions avec l'Unapla (Union des apiculteurs de Loire-Atlantique) : Joël Brochard et Claude Jajollet, président et vice-président de ce syndicat d'apiculteurs, sont "heureux d'accompagner ces initiatives visant à sensibiliser les gens à la préservation des abeilles", mais ils ne s'arrêtent pas là .
Constitué de professionnels et d'amateurs, ce syndicat de bénévoles forme également depuis trois ans, au sein de son "rucher-école", environ 75 nouveaux apiculteurs chaque année. "On prend des gens à l'état brut et on en fait des apiculteurs qui peuvent, une fois formés, conduire deux à trois ruches tout seuls". En France, 50 % des apiculteurs sont des amateurs, et pour Joël Brochard, ces derniers sont des acteurs majeurs de la préservation de l'environnement car, à la ville comme à la campagne, ils resserrent le maillage des ruches et entretiennent la pollinisation.
Ce sont aussi les membres de l'Unapla qui, plusieurs fois par an, se déplacent sur les ruches de l'agglomération pour les entretenir et en récolter le miel. Ce matin, à la maison de l'Apiculture, la récolte a été bonne : environ 20 kilos de miel par ruche, soit 10 à 12 de plus que pour des ruches situées dans la campagne environnante. "J'aurais bien aimé récolter ça chez moi", plaisantait Claude Jajollet une fois la récolte terminée… Puis, plus amer, "l'autre jour, en venant visiter le rucher-école, des enfants m'ont dit que le miel des villes était meilleur que celui de la campagne…"
Si les abeilles se plaisent en ville, c'est certes qu'il y fait un peu plus chaud et qu'il y existe une grande variété de fleurs, mais c'est aussi parce qu'à la campagne, des mutations profondes les menacent.
Une ouvrière infatigable et très utile… mais menacée !
L'été, une butineuse vivra six semaines seulement : dans un rayon de un à trois kilomètres autour de sa ruche, elle travaillera du lever au coucher du soleil jusqu'à l'épuisement. "Pour produire un kilo de miel, les abeilles parcourent 40 000 kilomètres, l'équivalent de la circonférence de la Terre ! Et dans sa vie de butineuse, une abeille produit seulement l'équivalent d'une cuillère à café de miel". Le stockage du miel, partie visible de son travail, ne représentera que 10 % de son activité : les 90 % du temps restant, elle les passera à butiner… et à polliniser.
À la recherche du nectar d'une plante, elle récoltera involontairement des grains de pollen qu'elle abandonnera ensuite sur une autre fleur, permettant ainsi la reproduction de la flore. 40 % de notre alimentation (surtout les fruits et les légumes) et la reproduction de près de 20 000 espèces végétales (près de 70 % de la flore) dépendent de ce travail titanesque. Et depuis quelques années, la médecine s'intéresse à l'abeille et aux multiples vertus thérapeutiques du miel, mais aussi du venin à travers l'apithérapie.
On s'en doute, la disparition de ce petit insecte serait catastrophique pour l'homme et la biodiversité. Ses effets commencent depuis plusieurs années à se faire sentir : en France, chaque année, 2 à 3 000 apiculteurs cessent leur activité. C'est en partie dû au vieillissement de la profession, aux nouveaux prédateurs comme le frelon asiatique, mais surtout à l'utilisation massive de pesticides : ces produits, hautement toxiques pour les abeilles (et sans doute pas seulement pour elles), déciment 25 % de la population par an. "Imaginez ce que ça donnerait si on transposait ça sur le cheptel bovin !"
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