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    Portrait d'un pionnier rennais

    Gilles Boulard : "La Ruche qui dit oui, c'est ma façon d'agir"

    Gilles Boulard a créé la première ruche rennaise en 2012. Gilles Boulard a créé la première ruche rennaise en 2012.

    Gilles Boulard a été parmi les premiers à ouvrir une Ruche qui dit oui, ce système qui met en relation producteurs et consommateurs via une plateforme internet. C'était à Rennes, en mars 2012. Ancien informaticien, sensible aux questions environnementales, mais pas vraiment militant, il aurait pu continuer sa carrière professionnelle loin des choux et des poireaux s'il n'avait pas eu ce déclic quelques mois auparavant. Portrait d’un homme normal qui a décidé de faire sa part.

    Été 2011. Les producteurs de fruits et légumes occupent le devant de la scène médiatique. Depuis le printemps, une crise sanitaire européenne entraîne la défiance des consommateurs. Elle est amplifiée par les aléas météorologiques et impacte durement la filière. Les prix des melons, tomates, poires ou concombres dégringolent de 15 à 45 % par rapport aux années précédentes, constate Le Monde.

    Depuis son appartement rennais, Gilles Boulard observe la situation à travers les médias. Un reportage l'interpelle : "Des maraîchers jetaient leurs produits parce qu'ils n'étaient pas assez payés". L'image agit sur lui comme un déclic et le décide à s’investir, sans qu'il sache trop comment. Pourtant sensible aux questions environnementales, il ne baigne pas dans les milieux militants. "Je n’avais pas plus d’engagement que cela au quotidien. J’étais dans une réflexion, mais pas forcément dans l’action." La réponse lui vient quelque temps après, à la lecture d’un article du magazine Terra éco sur la Ruche qui dit oui. "Je me suis dit que ça pouvait être une solution à la problématique de ces producteurs qui ne sont pas rémunérés au prix de leur travail."

    Le concept a été imaginé par Guilhem Chéron, Marc-David Choukroun et Mounir Mahjoubi, trois entrepreneurs qui ont créé Equanum SAS en décembre 2010 pour lui donner corps. La jeune société a tout de suite reçu le soutien d'investisseurs de renom, tels Xavier Niel (Free) ou Christophe Duhamel (marmiton.org). Le principe : mettre en relation producteurs et consommateurs d'un territoire à travers une plateforme internet et un animateur sur le terrain. Le système se distingue de la vente directe puisque la Ruche qui dit oui fait office d'intermédiaire. Elle prélève 16,70 % du prix hors taxe fixé par l'agriculteur, la moitié revenant à la maison mère et l'autre moitié au responsable local.

    Le projet se concrétisera par le lancement de la première ruche au Fauga, dans les environs de Toulouse, le 21 septembre 2011. Il sera reproduit ensuite dans toute la France : Strasbourg, Paris, Tours, Caen ou encore Lyon. Et Rennes, donc, où Gilles Boulard ouvre une ruche début 2012. "La Ruche qui dit oui, c’était ma façon d’agir. Je suis assez proche du mouvement des colibris, l’idée était de faire ma part."

    "Je préférais coacher des carottes"

    Des clients de la Ruche viennent aider pendant la distribution. À l’approche de la cinquantaine, Gilles Boulard est alors en pleine reconversion professionnelle. Informaticien de profession, il s’est essayé à la gérance d’une agence matrimoniale puis au coaching relationnel. Avec cette dernière expérience, il intègre Élan Créateur fin 2010. Cette coopérative rennaise d’activité et d’emploi  permet à des entrepreneurs de tester leur activité en tant que salariés avant de créer leur propre entreprise ou de devenir associé. Pendant cette phase d’expérimentation, Gilles Boulard se rend compte que le coaching ne lui correspond pas totalement. Arrive alors l’été 2011 et la révélation : "Je préférais coacher des carottes," sourit-il. Ce nouveau projet le ramène à ses origines. Lui, fils de commerçants et petit-fils de paysans, qui aidait aux moissons tous les étés, décide sur le tard de se lancer dans le commerce, en relation directe avec les agriculteurs.

    Après avoir acté le projet avec le réseau national des ruches et Élan Créateur  qui le suit dans cette nouvelle activité, le travail débute dès l’automne 2011. La première étape le mène dans la campagne brétilienne, à la rencontre des agriculteurs. "Je ne connaissais pas trop le milieu des producteurs sur le département", reconnaît-il.

    Pour entrer dans les fermes, Gilles Boulard s’appuie sur différents réseaux. Le sien d'abord : un ancien collègue démarre alors une activité arboricole et peut l'introduire auprès de ses confrères. Mais aussi les réseaux professionnels : il contacte Agrobio 35, Boutique solidaire Bretagne ainsi qu'un groupement de producteurs. Petit à petit, les portails s'ouvrent ; et le panier se garnit.

    Côté ville, il navigue en terrain connu, puisqu'il installe sa ruche au cœur de son quartier, Bréquigny. "Il me fallait un lieu. Comme je connaissais assez bien la MJC, j'ai sollicité la directrice qui m'a dit que mon idée tombait bien puisque la structure réfléchissait déjà à un système de panier." Ne restait plus qu'à convaincre les consommateurs en organisant des réunions d'information.

    "Un élevage industriel, ce sera non"

    La ruche de la Bellangerais reçoit une quarantaine de commandes chaque semaine. En mars 2012, les distributions peuvent commencer. Chaque vendredi soir, Gilles Boulard accueille les consommateurs qui viennent récupérer leurs produits préalablement commandés et payés sur la plateforme internet. Aux côtés des choux, des carottes, des poulets et des fromages locaux, on trouve aussi du sel de Guérande ou des moules de Cancale. Les producteurs participent à tour de rôle aux ventes et peuvent ainsi organiser de temps à autre des dégustations. Pour l'animateur, l'activité équivaut à un quart temps. À la préparation et à l'organisation de la distribution s'ajoute l'animation du réseau.

    Le virage professionnel de Gilles Boulard s'accompagne d'une évolution plus personnelle. Il se documente sur les questions de l'alimentation, rencontre des militants, participe à des tables rondes. Alors que, jusque-là, il ne mangeait des produits issus de l'agriculture biologique que de façon occasionnelle, il le fait désormais de façon plus réfléchie, plus militante. "Avec ma compagne nous nous sommes remis à cuisiner, nous avons aussi énormément diminué notre consommation de viande."

    Pourtant, dans son offre, tous les produits ne sont pas bio. C'est l'une des critiques opposées à La Ruche qui dit oui*. Mais, précise Gilles Boulard, "À chaque fois, je rencontre les producteurs pour m'assurer de leur mode de production, de leur démarche. Un élevage industriel, par exemple, ce sera non." Le système interpelle également par sa définition très souple du local : l'approvisionnement est possible dans un rayon de 250 km. Là-encore, le commerçant adopte une posture pragmatique : "J'ai effectivement du sel de Guérande ou des coquilles qui viennent d'Erquy, mais 80 % des produits sont dans un circuit court. En moyenne, au niveau national, les producteurs sont situés dans un rayon de 40 km."

    Deux nouvelles ruches

    Aujourd'hui, le paysage des ruches rennaises a évolué. Fin 2013, Gilles Boulard ouvrait une deuxième ruche dans le quartier de la Bellangerais, dans le nord de Rennes. Cette fois, il s'est dirigé vers la maison de quartier pour l'héberger. De nouveau, l'accueil a été favorable, puisque le projet faisait écho aux engagements de la structure, impliquée depuis plusieurs années dans une démarche de développement durable.

    Pour Gilles Boulard, l'idée était alors de mener ses deux ruches de front. Mais à la rentrée de septembre 2014, les deux entités vont connaître des trajectoires opposées. Alors que la ruche de la Bellangerais trouve son rythme de croisière avec une quarantaine de commandes par semaine, celle de Bréquigny s'essouffle. Le changement des rythmes scolaires, les embouteillages, l'arrivée d'un magasin de producteurs en bord de rocade mettent à mal l'équilibre de la ruche. En novembre, il décide donc de fermer sa première ruche pour se concentrer sur la deuxième.

    Les fidèles sont alors invités à se tourner vers la ruche de la Bellangerais... ou celle du centre. Entre temps, une nouvelle ruche s'est en effet ouverte : "Matthieu était un ancien client de Bréquigny. Il a longtemps été bénévole à mes côtés et il s'est dit pourquoi pas ouvrir une ruche ?" Début 2014, Matthieu Béguet quittait donc la Ruche, pour essaimer place Sainte-Anne, au bar de l'Artiste assoiffé.

     

    * Pour plus d'éléments sur l'organisation de la Ruche qui dit oui et les critiques qui lui sont faites, lire ces deux articles parus récemment sur Terra éco et sur un blog de Médiapart.

     

    Pour en savoir plus : www.laruchequiditoui.fr

     

    La Ruche qui dit oui n'en finit pas d'essaimer

    La Ruche qui dit oui revendique aujourd'hui plus de 700 antennes en France (ouvertes ou en construction). Le réseau est particulièrement fourni en Île-de-France et dans les régions du sud (Aquitaine, Midi-Pyrénées, PACA, Rhône-Alpes). Avec 40 ruches, la région des Pays de la Loire est elle aussi bien représentée. Et le réseau n'en finit pas de s'étendre : en octobre dernier, une ruche a ouvert à Pornic. Et 2015 devrait voir le lancement de la première ruche nantaise dans le quartier de l'Éraudière. La Bretagne compte quant à elle 26 ruches. Là aussi, des ouvertures sont d'ores et déjà prévues, comme à Cesson-Sévigné et à Melesse. Dernièrement, la société Equanum s'est aussi tournée vers l'étranger. Elle compte trente ruches en Belgique, vingt au Royaume-Uni, douze en Espagne, dix en Allemagne et six en Italie.

    Jean-Sébastien Moizan - Journaliste
    Jean-Sébastien Moizan - Journaliste

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