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    La ferme itinérante de Milgoulle, un archipel agricole autour de Rennes

    À Châteaugiron, les brebis de la ferme de Milgoulle sont une attraction. À Châteaugiron, les brebis de la ferme de Milgoulle sont une attraction.

    Avec la ferme de Milgoulle, Matthieu Pires a développé un concept original. Il propose aux collectivités et aux entreprises d’entretenir gratuitement leurs espaces naturels, en échange de quoi il dispose d’un accès à la terre pour faire paître son troupeau. Aujourd’hui, ses 400 brebis pâturent sur 70 hectares disséminés tout autour de Rennes. Cette ferme se compose ainsi de parcelles très variées : de la petite île fluviale sur la Vilaine à la grande zone humide en plein centre-ville de Châteaugiron.

    Accoudé à une barrière, Matthieu Pires sourit : "Ce n’est pas toujours aussi compliqué !" En ce matin d'été, le berger de la ferme de Milgoulle peine à charger sa bétaillère. Aidé de Sophie, sa copine, et Paul, l’un des parrains de la ferme1, il doit prendre dix brebis dans l’un de ses troupeaux, en pâture à la Glaume, une zone humide dans le centre-ville de Châteaugiron. Dix. Pas une de plus, pas une de moins. Elles rejoindront ensuite une île fluviale de la Vilaine, près de Guipry, entre Rennes et Redon. C’est une première et pour cette expérimentation, la Région Bretagne, gestionnaire du site, veut un chiffre rond.

    Quand les dix bêtes sont enfin chargées, un agneau, dans la prairie, se met à bêler. Il appelle sa mère, qui lui répond… depuis la remorque. Pas question de les séparer, alors que le jeune n’est pas encore sevré ; il faut libérer la mère et la remplacer par l’une de ses congénères. Une fois cela fait, le camion pourra prendre la route pour amener les moutons défricher une bande de terre au milieu de l’eau. "Nous les passerons sur le pont des écluses. C’est là qu’on va rigoler," prédit l’agriculteur.

    Le poumon vert de Châteaugiron

    La ferme de Milgoulle est un archipel agricole de 70 hectares. Elle compte aujourd’hui une quinzaine de bovins et 400 brebis, disséminés tout autour de Rennes : Acigné, Châteaugiron, Noyal-Châtillon-sur-Seiche, Mordelles, Le Rheu, la Communauté de communes du Val d’Ille, etc. Elle envoie également paître deux chèvres des fossés à Fougères pour entretenir les douves du château. Près de dix mois dans l’année, ses animaux crapahutent dans ces prairies délaissées par l’agriculture, des zones humides, principalement, mesurant de quelques ares à plusieurs hectares.

    À Châteaugiron, petite ville à une quinzaine de kilomètres au sud-est de Rennes, la Glaume s’étend sur 1,5 hectare entre le centre ancien et des lotissements, un écrin de nature au cœur de la cité. "C’est notre poumon vert," indique Marielle Deport, adjointe à la maire de Châteaugiron, en charge du Développement durable et de l’agriculture. Lieu de balade apprécié des habitants, la Glaume assure également la filtration des eaux pluviales avant qu’elles ne se déversent dans l’Yaigne, et protège la ville des inondations lors de fortes pluies. L’hiver, la zone peut ainsi être totalement immergée tandis que l’été, elle s’assèche, laissant la place à la végétation.

    Ici poussent des plantes sauvages propres aux zones humides : joncs, iris des marais, orchis ou encore massettes. Le lieu est aussi propice à la vie animale. On y trouve certaines espèces d’oiseaux, telles que la bécassine des marais ou la bergeronnette des ruisseaux, et de nombreux batraciens. "Pour préserver toute cette biodiversité, il fallait mettre en place un entretien spécifique à un espace naturel," souligne l’élue. Après avoir expérimenté le gyrobroyage puis la fauche tardive avec export2, la communauté de communes, qui gère le site, a opté pour l’écopâturage depuis deux ans. "Nous voyons moins d’orties et de rumex et plus de fleurs. La biodiversité est améliorée," se réjouit Marielle Deport.

    La collectivité a signé avec la ferme de Milgoulle une convention de dix ans. Elle a financé la clôture du site et met à disposition la parcelle gratuitement. Matthieu Pires s’engage quant à lui à "entretenir le site dans l’esprit d’un espace naturel". "Les moutons restent entre un et deux mois par an, entre juin et août en fonction de la saison, explique l’agriculteur. On tend plutôt vers juillet et août pour permettre les floraisons tardives des plantes." Une cinquantaine de brebis est nécessaire pour entretenir l’hectare et demi de la Glaume, où elles évoluent librement.

    Transhumance sur la Vilaine

    À quelque 50 km de Châteaugiron, la problématique est différente. Pendant deux à trois mois, dix brebis doivent entretenir quatre petites îles fluviales. La transhumance débute à l’écluse du Mâlon, juste après Guipry en direction de Redon, pour finir aux Étangs d’Apigné, en limite urbaine de Rennes. Sur chaque îlot, les bêtes restent entre deux et quatre semaines.

    À Mâlon, Denis, responsable de l’écluse, et Marie-Françoise, son épouse, accueillent l’arrivée des animaux avec enthousiasme. "On commençait à s’impatienter", lâche même Denis, qui donne volontiers un coup de main. Matthieu Pires ne s’était pas trompé, le transfert sur l’île n’a pas été une mince affaire. L’éleveur s’y abîmera un pouce. Mais une fois franchie la passerelle bleue, les brebis se sont vite approprié leur nouvelle villégiature, retrouvant une flore proche de celle qu’elles venaient de quitter à Châteaugiron.

    L’expérimentation servira de base pour une éventuelle convention entre la ferme de Milgoulle et la Région. Les conditions du pâturage seront alors réexaminées à l’aune de cette première saison. Une chose est sûre, il ne faudra pas les amener avant le mois de mai, foi d’éclusier : "Cela dépend des années, mais des fois, la rivière menace de déborder jusqu’en avril," relève en effet Denis.

     

    1 Pour constituer son cheptel, Matthieu Pires a fait appel au financement participatif. En échange de leur investissement, les parrains reçoivent de la viande d’agneau.

    2 Le gyrobroyage consiste à débroussailler la parcelle et à laisser la matière végétale broyée sur place, pour qu’elle nourrisse le sol. Dans le cas d’une fauche avec export, le foin est valorisé en dehors de la prairie (nourriture du bétail, méthanisation).

     

    Cliquer sur l'une des images pour afficher la galerie.

     

    L’avranchin, une race locale à préserver

     

    Le mouton avranchin est particulièrement adapté aux zones humides.

    Pour constituer son cheptel, Matthieu Pires a porté son dévolu sur le mouton avranchin, dont le berceau est la Manche et l’Ille-et-Vilaine. "Le Pré-salé du Mont Saint-Michel que l'on voit sur les anciennes cartes postales, c'est lui," souligne-t-il. Issu d’un croisement entre races normande et anglaise, l’avranchin est particulièrement adapté aux zones humides. Aujourd’hui, cinq éleveurs professionnels et une trentaine d’amateurs permettent encore à la race d’exister, mais sa survie est fragile. Seules 1 500 femelles sont répertoriées, dont 400 à la ferme de Milgoulle.

    Face au risque de consanguinité, l’éleveur va renouveler son troupeau par l’insémination artificielle. Il utilisera du sperme conservé dans une cryobanque depuis les années quatre-vingt-dix et provenant de lignées aujourd’hui disparues. Les agneaux seront ensuite revendus aux autres éleveurs pour diffuser cette diversité génétique. L’opération, indispensable pour pérenniser la race, a son revers : elle oblige Matthieu Pires à abandonner l’agrément Agriculture biologique, dont le cahier des charges ne permet pas l’insémination artificielle. "Nous en sortons temporairement pour conforter la race, mais nous redémarrerons en bio dans un an et demi."

    Jean-Sébastien Moizan - Journaliste
    Jean-Sébastien Moizan - Journaliste

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