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Philippe Gillet et l’association Inf’Faune

Les reptiles ont leur héros

Philippe Gillet de l'association Inf’Faune soigne un iguane Philippe Gillet a une passion : les animaux insolites. Et une mission scientifique : partager ses connaissances avec le public via un travail pédagogique au sein de l’association Inf’Faune qu’il a créée à Couëron. Un véritable héros des temps modernes, défendant avec enthousiasme la cause des reptiles.

De prime abord, difficile d’imaginer que dans cette grande maison de Couëron vit tout un étrange bestiaire composé de reptiles, de serpents, de mygales, d’iguanes, de tortues… et de deux crocodiles – Alli et Gator – qui se promènent en toute liberté dans une pièce dédiée à leur confort, avec canapé et baignoire !

Un collectage d’informations

Régnant sur ce petit monde animal : Philippe Gillet, baroudeur de 59 ans qui a passé 30 ans en Afrique à parcourir la brousse. Son amour des animaux insolites, il le tient de son vécu au cœur des grands espaces africains, au milieu des lions, des chimpanzés, des éléphants, et bien entendu des serpents. Une immersion en pleine nature qui lui a permis d’observer les animaux au plus près et d’acquérir ainsi des connaissances sur leurs comportements, leurs besoins… "Lorsque je suis rentré en France en 1983, j’ai eu envie de m’occuper de tous ces animaux ignorés et méconnus du public, ces mal aimés", explique cet ancien ingénieur conseil à la Cité des sciences de la Villette, où il s’occupait déjà d’animaux. Un projet qui l’a conduit de la Guyane à Madagascar en passant par La Réunion pour compléter son expérience. "Là-bas, je me suis occupé, en collaboration avec l’Office national des forêts et la Direction des services vétérinaires, de remettre en route un parc de crocodiles. Puis j’ai décidé de créer Inf’Faune, voilà 10 ans."

Philippe Gillet de l'association Inf’Faune et l'un de ses crocodiles Ne serait-ce que pour recaler certaines idées reçues auprès du grand public. "Les Français ont peur des reptiles car ils ne connaissent rien à leur monde. Je me suis battu pour monter cette association avec une vingtaine de passionnés et des biologistes. Notre ambition : balayer les préjugés et humaniser ces animaux. La plupart des personnes s’indignent ainsi de voir des serpents en boîte ou exposés dans des vitrines, alors qu’ils ont l’habitude de vivre et de se retrancher dans des trous. Les boîtes avec leur milieu fermé constituent leur maison, et un abri dans lequel ils répandent leur odeur pour marquer leur territoire". Souvent considérés comme répugnants, laids et surtout dangereux, les reptiles, contrairement aux animaux domestiques, n’incitent guère à la tendresse. Et pourtant, Philippe a su développer avec eux une véritable complicité. "Bien entendu, comme tout être vivant, lorsque je manipule un iguane, je prends mes précautions. Il faut adopter des gestes doux, et prendre garde à ne pas se faire attraper les doigts, car cet animal possède une mâchoire redoutable."

Transmettre son savoir

Dans sa maison, évoluent ainsi 600 animaux dans des milieux parfaitement adaptés. Chaque pièce est devenue un véritable microcosme, comme cette salle dédiée aux serpents venimeux, parmi lesquels un cobra doté des plus grands crochets du monde. "Nous avons acheté certains de ces animaux, mais la plupart proviennent de saisies. Nous les soignons, nous leur administrons des vitamines". Loin d’être un inconscient ou un marginal, Philippe est avant tout motivé par une volonté très forte d’enseigner et de transmettre tout son savoir, surtout aux enfants. "Sans prétendre faire de la morale de bas étage, il faut quand même souligner que le respect passe par l’acceptation des différences, qu’il s’agisse du monde animal ou humain. La plupart des gens ne savent même pas qu’il existe des reptiles, en France. Par notre méconnaissance des milieux, notre course effrénée à la consommation, nous sommes en train de détruire des écosystèmes sur la planète". Et pour faire comprendre les choses, rien de mieux qu’une démonstration !

Galeries marchandes… et pédagogiques

Philippe Gillet de l'association Inf’Faune et un serpent Philippe Gillet a en effet choisi de démarcher les galeries marchandes sur toute la France. "Il y a 15 ans, nous avons créé des modules pédagogiques avec du son et de l’interactivité, pour nous déplacer et exposer les animaux". Rien à voir avec un show montrant des bêtes de foire : "Nous ne sommes ni un zoo ni un musée". L’objectif est tout autre : "Nous sommes présents pendant 15 jours, de l’ouverture à la fermeture des galeries, pour répondre aux interrogations du public." Inf’Faune est d’ailleurs agréée par l’Éducation nationale pour enseigner, avec des mots simples, cette science des animaux.

Et à voir le livre d’or de l’association, le concept remporte un joli succès. "Nous dévoilons un autre visage de ces animaux. La plupart des ouvrages de biologie donnent les noms scientifiques très pédants des serpents et autres reptiles. Notre ambition consiste à mettre à la portée de tous les caractéristiques et spécificités de chaque animal, en montrant comment vivent ces animaux. Par exemple, très peu de gens savent que le serpent possède quatre pénis", sourit Philippe. Et un petit scoop : "Mes deux alligators craignent l’orage."

De quoi également rentabiliser certains frais, car cette dévotion pédagogique coûte cher à l’association. Soins, entretien, nourriture, électricité, autant de factures que l’équipe supporte à bouts de bras. "800 souris par semaine, autant de grillons, de vers de terre et de légumes, cela représente un budget important". Raison pour laquelle Philippe fabrique aussi lui-même ses supports, en récupérant ce qu’il peut, notamment dans les zoos. À la clé : des moulages, des œufs de tortue recollés ou encore un pénis de crocodile…

Au fil du temps, le baroudeur bricoleur a même contribué à plusieurs ouvrages scientifiques sur les reptiles, et dispense aujourd’hui des formations aux pompiers et aux vétérinaires souhaitant se spécialiser. "Nous travaillons aussi sur des sérums avec les laboratoires d’Angers et de Marseille. Ces animaux qui nous font peur, nous semblent répugnants, et que nous méprisons, nous sauveront peut-être des maladies. La recherche vient d’ailleurs de montrer l’intérêt de certains venins pour guérir du sida ou du cancer."

 

www.inf-faune.net

Chloé Chamouton - Journaliste
Chloé Chamouton - Journaliste

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