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L’île d’ Yeu, laboratoire pour les énergies propres

Yeu, île électrique

Quai de l'île d'Yeu Yeu, ses petites criques, sa côte sauvage, ses volets colorés… et ses transports alternatifs. Cet été, l’île vendéenne a en effet complété sa traditionnelle flotte privée de location par des véhicules électriques : voitures, mais aussi scooters et vélos. Une expérience originale qui dissimule en réalité des ambitions bien plus larges : la commune entend miser sur ses contraintes insulaires pour devenir une terre d’expérimentation pour les nouvelles technologies et les énergies propres.

Isolée au large des côtes vendéennes, à plus de 17 kilomètres de Noirmoutier et du continent, l'île d’Yeu exhale un charme sauvage et intemporel. Chaque été, plus de 20 000 vacanciers s'y réfugient. La population locale, 5 000 personnes, est alors multipliée par cinq ou six, et l'île adopte pour quelques mois le rythme effréné d'une station balnéaire. Sur le port, deux compagnies maritimes déversent chaque heure des flots de touristes excités par 45 minutes de traversée. Les ruelles de Port-Joinville sont alors bondées et la circulation très dense. Faire acheminer une auto depuis le continent coûte cher, plus de 400 euros l'aller-retour, mais cela ne dissuade pas toujours les touristes fortunés ni les propriétaires de résidences secondaires : en 2010, ils ont cumulé près de 1 500  passages(1) . Pour lutter contre cette source de pollution, la mairie a encouragé cet été la location de véhicules électriques - voitures, scooters et vélos -, particulièrement adaptés à la petite superficie de l’île. Avec ses 23 Olivier Rouet, gérant de La Trottinette Olivier Rouet, gérant de La Trottinettekilomètres carrés, dix de long sur quatre de large, Yeu a en effet l’avantage de nécessiter peu d'autonomie de batterie (cf. encadré).

Le premier bilan de cette expérience est positif. Pourtant, une seule boutique de location, La Trottinette, s’est lancée dans l’aventure. Son gérant, Olivier Rouet, ne regrette pas une seconde son engagement, lui qui travaille quotidiennement sur le port : il n’a pas dégagé de bénéfices, mais il s’agit pour lui d’une action militante… et accessoirement d’une belle opération de communication. "J’ai clairement gagné en notoriété". Côté clientèle, le commerçant n’a eu aucun mal à convaincre. "Les tarifs de location sont raisonnables et les gens naturellement curieux". Les vélos électriques ont été particulièrement appréciés les jours de grand vent, notamment par les personnes âgées et les parents affublés d’un bout de chou. "Les scooters électriques aussi ont bien fonctionné ". Ces derniers permettent en effet d’économiser les frais d'essence. Un avantage essentiel pour les petits budgets, car sur l'île, le litre est à 1,89 centime ! "Pour les voitures, beaucoup de personnes ont été épatées par le silence des moteurs et le confort de conduite de la Think city, une petite urbaine norvégienne. Nous avons aussi eu un beau succès avec la Little car, une voiture électrique ouverte et sans permis, idéale pour la balade ".

Freinés par les prix

Quelle autonomie pour les véhicules électriques ?

Scooter Les vélos et les scooters électriques proposés par La Trotinette peuvent rouler environ 40 kilomètres d'affilée. Ils sont rechargeables à domicile, avec une rallonge, ou dans l'une des quatre bornes installées par la mairie. Du côté des voitures, la Little Car a une autonomie de 100 kilomètres à 45 km/h  maximum, tandis que la Think City peut tenir 150 kilomètres à 130 km/h. Une autonomie amplement suffisante pour la petite superficie de l’île… mais aussi pour la plupart des trajets des Français. Nous parcourons en effet moins de 30 kilomètres par jour en moyenne ! Pour recharger les batteries d’une voiture, il faut compter 10 à 12 heures sur une prise domestique, entre une et huit heures sur un circuit électrique dédié.

"Au final, les clients étaient ravis. Après l’avoir testé, ils étaient nombreux à vouloir acheter un véhicule, mais ils ont été freinés par les prix. Ils estiment que cela reste réservé aux riches et ils n’ont pas tort ! ". En effet, si l’électrique nécessite généralement peu de frais de réparation, il implique un investissement initial conséquent. "Normalement, un vélo de location coûte environ 200 € hors taxe. Pour un modèle électrique, il faut compter 1 000 €… Et c’est pire encore pour les voitures, la Think City est à 30 000 € ! ". Olivier Rouet souhaiterait donc davantage d’engagement de la part des pouvoirs publics. "L’État aide à hauteur de 5 000 € par voiture. C’est bien, mais insuffisant. Nous aurions notamment besoin de caution pour les emprunts". Quant à la mairie de l’île d’Yeu, "elle n’a pas déboursé un centime, mais a facilité la logistique de l’opération". Elle a ainsi installé quatre bornes de recharge et a autorisé le commerçant à utiliser un espace d’exposition supplémentaire sur le port. Elle lui a aussi loué un hangar de 300 m2 pour qu’il puisse abriter et recharger sa nouvelle flotte. Un soutien somme toute logique, puisque la municipalité est à l’origine de cette expérimentation.

C’est elle, en effet, qui a mis en contact les loueurs de l’île avec un équipementier français apte à les fournir, Altermoove, une filiale de Mobivia (ex Norauto). Son objectif ? Lutter contre la pollution sonore et sensibiliser le grand public aux mobilités douces. À plus long terme, il s’agit aussi de tester les véhicules électriques. Yeu permettrait ainsi d’observer la résistance des moteurs au sel et au sable, ou encore d’essayer des batteries moins chères, car dotées d’une autonomie plus limitée. La mairie est soutenue dans cette démarche par le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et par le Syndicat départemental d'énergie et d'équipement de la Vendée (Sydev). Tous deux jugent en effet le territoire clos de l’île particulièrement propice à l'expérimentation des technologies vertes. Ensemble, ils ont répondu fin mai à l'appel à candidatures du Grand emprunt national (2) en concevant avec Mobivia le projet qui porte le nom de code Imotion. En cas de réponse favorable, Yeu aura les moyens de développer ce premier test à plus grande échelle. "La mairie a d’ores et déjà décidé de s’équiper en véhicules électriques en interne, et nous formons actuellement un garagiste de l’île pour pouvoir réparer les voitures sur place", explique Sylvie Groc, adjointe à la vie économique.

Horizon 2030

Sylvie Groc, adjointe à la vie économique Sylvie Groc, adjointe à la vie économiqueMais les ambitions de l’île ne s’arrêtent pas là : elle souhaite continuer à tirer parti de son insularité pour s’imposer comme "un territoire exemplaire" à l’horizon 2030. Pour remédier aux difficultés d’acheminement de l’eau depuis la côte, elle envisage ainsi d’encourager un programme de désalinisation. Idem pour la médecine et l’enseignement : les habitants sont obligés de se déplacer sur le continent pour consulter des spécialistes ou trouver une formation professionnelle ? Qu’à cela ne tienne ! Yeu souhaite développer la télémédecine et l’éducation à distance.

"Nous travaillons aussi avec l’école des Mines de Nantes sur Searev, sur un projet de production d’énergie par la houle. Nous voulons également développer un parc photovoltaïque, la production d’hydrogène pour alimenter les bateaux, ou encore le déploiement d’un réseau de compteurs électriques intelligents, les smart grids (3)", détaille Sylvie Groc. Autant d’innovations qui ont fait l’objet d’autres candidatures dans le cadre du Grand emprunt national. Les réponses sont attendues d’ici début 2012 et pourraient modifier le futur de l’île.

"Notre préoccupation principale, c’est le développement économique et l’emploi. La population d’Yeu est stable, mais elle vieillit. Nous voulons garder nos écoles, nos jeunes, et pour cela il faut des compétences et du travail sur place. Le numérique et les énergies vertes représentent pour nous des potentiels exceptionnels".

 

(1) Le trafic de véhicules "continentaux" a baissé de 26 % entre 2005 et 2010. Pourtant, d’après l’Insee (chiffres 2007), le nombre de résidences secondaires atteint des records : elles sont plus de 3 080 contre environ 2 050 résidences principales !

(2) Le Grand emprunt 2010 ou Investissements d'avenir, est un emprunt de 35 milliards d'euros souscrit par la France auprès des marchés financiers. Il a été conçu en réponse à la crise économique mondiale par la commission Juppé-Rocard et permet à l’État de soutenir des projets jugés utiles et innovants.

(3) Les smart grids utilisent l’informatique pour optimiser la production et la distribution d’électricité.

 

Pour en savoir plus : Site de la mairie de l’île d’ Yeu

Alexandra Jore - Journaliste
Alexandra Jore - Journaliste

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