Actualités : inscription à la newsletter de Terri(s)toires

Recherche

Les ebooks à la Une


Folles journées
Folles journées Après Nantes voyage, les Romanciers Nantais ont réalisé un nouveau recueil en partenariat avec un événement phare de la…


Le FC Lorient
Le FC Lorient Troisième club professionnel breton, le FC Lorient est une valeur sûre du football français. De la première saison au…


C'était Ginette
C'était Ginette Première femme députée du Maine-et-Loire, comme l'indique le sous-titre du livre qui lui est dédié, Ginette Leroux était une…




  • Les feuilletons à la Une


    Chomlaik
    Chomlaik Marion Gommard-Jouan est partie à la rencontre "des artistes qui donnent à voir le monde". Au fil des histoires glanées sur plusieurs continents, et notamment à chaque…


    Au fil de l'estuaire de la Loire
    Au fil de l'estuaire de la Loire 200 km, à pied. "Appréhender l’estuaire dans sa globalité nécessite d’en arpenter les franges, pas à pas, au rythme du marcheur", expliquent Guy-Pierre Chomette et Franck Tomps.…


    Les tops de Terri(s)toires
    Les tops de Terri(s)toires Artistes locaux, endroits flippants, jolies plages, lieux aux noms insolites...  La rédaction de Terri(s)toires explore les territoires de l'Ouest à la recherche de perles, et dresse des…




  • Comment vont les fourmis ?

    -

    Écoutez l'émission de Jet FM sur l'économie sociale et solidaire (27 janvier 2017) :

     

    -

    Nos partenaires

    

    Toilettes en festival : avec le Wonder Cake de Renaud Chambre, enfin une réponse à nos besoins ?

    Le Wonder Cake de Renaud Chambre, un coup de pot pour les festivaliers. Le Wonder Cake de Renaud Chambre, un coup de pot pour les festivaliers.

    Un semi-remorque toilettes avec bar, DJ sur le toit, douches et recycleur de... euh.... matières émises par les festivaliers ; choses qui seront retraitées pour chauffer des maisons au biogaz : tel est le projet Wonder Cake du Rezéen Renaud Chambre. Culotté, certes, mais frappé au petit coin du bon sens.

    Un jour, madame, en festival, ce sera plus fort que vous, vous irez vous asseoir chez lui – et alors, en soufflant, vous le remercierez de n'avoir pas eu à faire la queue en vous dandinant sur place, en serrant les dents et les jambes, sans avoir eu à compter combien de temps encore vous deviez tenir, en ayant espéré ne pas avoir besoin d'éternuer, en évitant de patauger dans cette curieuse rivière qui s'échappe du lieu que vous convoitiez, congestionnée.

    Alors entrée dans le camion Wonder Cake de Renaud Chambre, vous saurez, au comble d'un bonheur qui s'écoule enfin comme un long fleuve tranquille dans votre existence devenue un temps presque intenable, que vous êtes en train de sauver non seulement votre pantalon et votre dignité, mais aussi la planète. Votre émotion sera alors à son comble tandis que les battements de votre cœur s'accorderont à celui de l'électro qui sera diffusée juste au-dessus par un DJ bienveillant. Ça s'appellera une sacrée "expérience utilisatrice", comme on dit maintenant. Last night a DJ saved my life, sussurerez-vous enfin au bout du rouleau.

    Oui, sauver la planète, car en sus, votre don en liquide et de bon cœur sera recyclé, grâce à Renaud Chambre, 36 ans, créateur de Wonder Cake, le semi-remorque festivalier, festif, fécal, féministe et fertilisant que l'on espère utiliser bientôt sur toutes les scènes de plein air.

    Méthane, ne vois-tu rien venir ?

    Renaud Chambre, inventeur du projet Wonder Cake Renaud Chambre, inventeur du projet Wonder Cake

    On ne sait pas à quoi tourne cet homme – pas encore au biogaz, pourtant – mais Renaud Chambre déborde d'énergie et d'idées... "recyclées, d'une certaine façon, car il s'agit de refaire ce qu'on ne fait plus, alors que jadis on utilisait tout". Ce petit-fils d'un agriculteur qui a dû céder aux engrais et pesticides toute sa carrière avant qu'on lui avoue que, finalement, ce n'était pas bon, est tombé en arrêt en janvier 2015 sur un documentaire qui traitait des toilettes sèches et écologiques japonaises. Un déclic : lui qui connaît bien le monde des festivals, concerts et autres spectacles vivants se souvient de visions dantesques d'intérieurs de cabines, de bottes de pailles bien gorgées, de contenus de citernes répandus après la fête là où on peut par la mairie ou par l'agriculteur conciliant du coin.

    Dans la foulée, il visionne d'autres films, se documente et bouquine* sur les toilettes (comprendre : sur le sujet des), rencontre les designers nantais Les Ekovores connus entre autres pour avoir inventé les uritonnoirs ("ils ont été des boosters formidables") et lance même un questionnaire auprès de 60 copines : "Les remontées ont été unanimes : les filles dans les festivals en ont marre de devoir uriner debout, veulent des poignées si elles grimpent sur la cuvette innommable, car elles ne veulent pas s'y asseoir... Sinon 90 % n'y vont pas, et se retiennent".

    La question est très sérieuse et Renaud Chambre l'évoque sans sourire. D'ailleurs, il s'est aperçu que ce problème dont on ne parle jamais ne faisait en vérité rire personne, voire qu'il lui suffisait depuis un an et demi de l'exposer aux responsables de festivals "sans toilettes sèches, mais sensibilisés, car ils savent qu'on ne peut plus continuer à polluer" pour être écouté, sinon entendu : de la nappe phréatique au confort des festivaliers, aucun d'entre eux n'a en effet de raisons de laisser pisser.

    "J'ai même vu des chiottes chimiques dans un salon des plantes." Et, à ce qu'il paraît, trop peu nombreuses, et pas très senteur des prés malgré l'approche beauté de la nature et les arguments écologiques. Toujours autant de bonnes raisons d'après Renaud de dégazer, car on n'a plus rien à voir – avec ces pratiques.

    Aux chiottes les artistes

    Chacun peut déposer au pot commun

    Renaud a une façon simple de résumer son approche du projet depuis un an et demi : "Je ne cherche pas à faire du fric, je n'ai pas de blé, mais j'en ai marre de chier dans l'eau potable et de voir les copines faire la queue une demi-heure". On conviendra que c'est du slogan et de la détermination.

    Pour boucler le financement de la fin du projet, à défaut d'avoir pu trouver de l'aide ici et là pour achever le tout, une page Wonder Cake a été créée sur le site de financement participatif Ulule pour une somme à collecter de 5 000 €. Le semi-remorque représente déjà plus de 20 000 € d'investissement (10 000 € de la poche de Renaud, 10 000 €, la coprod de Sweat Lodge, des dons, du mécénat…), mais va nécessiter encore 5 000 € d'aménagements qui seront effectués par le cabinet nantais QUB. Chacun peut donc laisser une petite ou une grosse commission qui sera très utilement recyclée dans ce beau projet.

    Renaud Chambre a donc lancé son projet de semi-remorque Wonder Cake (WC, vous aurez compris, et le cake, c'est euh... magnifique, car le beau gâteau se recycle une fois démoulé). Un concept total, itinérant et écologique : six toilettes sèches assises, indépendantes et originales**, des pissotières, deux douches, un bar, un DJ à quatre mètres de haut avec un dispositif d'animation lumières et projection, et même la vente de Go-girl et de "fête le debout" (des female urination devices pour les filles debout), des coffres "comme à la piscine" pour déposer des affaires, des bornes pour recharger les mobiles, ou encore d'étonnantes idées telles que des cartes de fidélité ou "V.I.P.-PI" coupe-files pour les artistes et le staff, la présence d'un comédien pour faire patienter, sensibiliser et réguler les festivaliers, ou encore du merch' (comme on dit au Hellfest) : mugs, maillots de bain, etc.

    Le Wonder Cake disposera d'un système de séparation de matières (pipi/caca) qui permettra de les recycler plus facilement, mais aussi de réduire considérablement les mauvaises odeurs. Le semi-remorque pourra aussi bien être utilisé pour le grand public en festival (avec une équipe pouvant aller jusqu'à cinq personnes) que dans un cadre plus privé, afin d'accueillir les techniciens et les artistes lors d'un événement ou d'une résidence.

    Les leçons de la porte du fond à gauche

    On n'en vient pas aux toilettes par hasard, sans doute faut-il avant être passé au bar : Renaud Chambre en a justement tenu un bon nombre : à Nantes, le légendaire Route du Rhum, dans un bateau sur le bassin de l'Erdre, devenu depuis un cabinet d'architectes, qui fut de 2001 à 2003 un lieu funk, reggae, électro et cinéma. Puis, après un an de programmation musicale au bar Le Tourbillon, la gestion du Melting Potes de 2005 à 2010, époque poissons en polystyrène pendus au plafond pour ceux qui s'en souviennent (poissons qu'on peut voir désormais au-dessus du bar de Chez Lisette ), avant de jeter l'éponge pour cause de concurrence du Hangar à bananes ouvert en 2006, et du harcèlement chicanier de la Ville, déjà innovante en créant la police antibruit.

    Depuis 2010, il fait le DJ, s'occupe du bar des chapiteaux des quatre compagnies basées à Sainte-Luce-sur-Loire avec lesquelles il a sympathisé toutes ces années, "Mobile Casbah, Maboule distorsion, Madame Suzie, et surtout Sweat Lodge avec qui je construis le camion", et fait le DJ pour Les Fantastiks Crew et Merci bonsoir. C'est dire si, à force de tourner en fêtes, concerts et festivals la problématique de l'évacuation des ZAD (zones à désengorger), tant chez les spectateurs que chez les artistes, il la connaît bien.

    Un projet bien torché

    Le Wonder Cake va être inauguré le 9 avril. En légère pause pour le moment (Windy, la compagne de Renaud, vient de lui donner ces jours-ci une petite Simona – tout le monde va bien, et Renaud est béat), le projet va bientôt péter le feu : communication, crowdfunding pour boucler le financement (voir encadré), derniers aménagements du camion et finalisation d'un procédé technique original de récupération du biogaz pour chauffer des habitations avec l'aide d'une grande compétence locale top secret "qui, coup de bol, vient de s'installer à Nantes".

    Mais, surtout, le printemps verra les premières sorties du camion, déjà signées ou en négociation : deux soirées à Nantes, une à Rennes, festivals Au foin de la rue en Mayenne, Terres du son (Tours), City Trucks festival à la Pommeraye (en septembre – Renaud en profitera pour brancher Scania qui vend des tracteurs de semi-remorques roulant au biogaz), à Chalon-sur-Saône, à Aurillac... Ça va être occupé.

    Et Renaud de se rendre compte que le "marché" est immense : "Les Escales de Saint Nazaire ont été contactées, ainsi que nombre d'autres dans la région. Le Hellfest a ce qui lui faut... mais je songe à d'autres événements comme les marathons ou les festivals de cerfs-volants. Imagine : dix mille personnes sur la plage et pas de chiottes !". Toujours l'évidence : notons par exemple que dans ce dernier type d'événement, tout le monde avance le nez en l'air. Emmerdant quand même.

     

    * Parmi les lectures de Renaud tel "Un petit coin pour soulager la planète" de Christophe Elain, on conseillera (parce qu'on l'a lu, celui-ci, en revanche) le best-seller mondial écologique, passionnant et très instructif sur l'impact insoupçonné de nos petites et grosses affaires sur la nature et les cours d'eau : "Comment chier dans les bois" de Kathleen Meyer. Vous ne regarderez plus jamais le buisson d'en face sans culpabiliser.

    ** Toilette avec photomaton, avec miroirs sans tain, "en mode buisson", avec tout ce qu'il faut pour taguer sur les murs...

     

    En savoir plus : http://wondercake.jimdo.com

     

    L'économie circulaire vue par Wonder Cake

    L'économie circulaire vue par Wonder Cake

    L'économie circulaire vue par Wonder Cake

     

    Cliquer sur l'une des images pour l'afficher en grand.

     

    Francis Mizio - Journaliste
    Francis Mizio - Journaliste

    Voir tous ses articles
    Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
    Partager cet article :

    Dans la même rubrique :

    Vous n'avez pas le droit de laisser un commentaire ! Veuillez vous connecter ou vous abonner si vous n'avez pas encore de compte...