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Si je t'écris depuis quelque temps, c'est parce que t'as le bras long. S'il te plaît, est-ce que tu peux me dire lequel, et de combien ? Des fois que je connaisse enfin quelqu'un qui émarge dans le guiguinesse des records, comme dit mon voisin. Lui, le voisin, il a une jambe plus longue que l'autre. Enfin, lui dit que c'est l'autre qu'est plus courte. En tout cas, c'est bien gênant. Alors pour le bras, merci de le préciser en millimètres, sinon au guiguinesse, ça passera pas.
Mon cher Tartempion,
Je me suis laissé dire que tu fréquentes du député, à l'occasion. Eh bien ! justement, dès que t'en croises un, glisse-lui deux mots à propos du patois qui s' perd plus vite que les coups de pied aux fesses. Tu peux placer tes vœux entre les deux mots, c'est comme tu veux.

Cher Tartempion,
Comme tu le sais sans doute, je fais partie depuis des lustres de la très fameuse GPPGNIQ, la Guilde des pourfendeurs pugnaces du grand n'importe quoi. Et crois-moi, il y a du boulot. Imagine-toi que la baie du Mont Saint-Michel bruisse de 1 000 rumeurs, cavalant comme il se doit à la vitesse d'un cheval au galop. Il est carrément question de déclasser le mont du patrimoine mondial de l'humanité.
Mon cher Tartempion,
Je sais que tu es un ancien bébé. C'est une étape importante, conviens-en. J'ai aussi ça dans mon CV. Nous sommes d'ailleurs nombreux dans ce cas-là . Si je t'en parle, c'est qu'il faut que tu interviennes en haut lieu.
Mon cher Tartempion,
Je t'écris de la part de Noiraude. Elle ne peut pas t'écrire, elle est frigorifiée. Il se trouve qu'elle n'aime pas du tout le froid. Je ne te demande pas d'aller la réchauffer. Et pour être franc, je te le déconseille, elle est un peu peau de vache, certains jours, la Noiraude.
Mon cher Tartempion,
Depuis le temps qu'on se connaît, il me semble qu'on peut tout se dire. Cette fois, si je t'interpelle, c'est qu'il y a péril en la démesure, parce que là , trop c'est trop, comme disent les Tropéziens. Je veux te parler des dangers de la rue, qui sont comme qui dirait menacés d'extinction.
Très cher Tartempion,
Je détesterais commencer ma diatribe par un "tu n'es pas sans savoir..." qui instaurerait comme une fausse connivence entre nous. Tu sais comme on peut être délicat. Tu n'es pas sans savoir que la délicatesse est une valeur qui se perd.
Vous savez bien, mon cher Tartempion, qu'entre nous, le tutoiement est de rigueur. J'espère donc que tu ne me tiendras pas rigueur de cette amorce de première phrase.





















