Notre enfance en Pays de la Loire, ép. 4/4

Des crus majestueux au bord d'une Loire capricieuse

La viticulture, l'un des traits culturels de la Pays de la Loire. La viticulture, l'un des traits culturels de la Pays de la Loire. - © Erick Gonzalez / Flickr

Qu'est-ce qui donne aux Pays de la Loire cette identité si singulière ? Dans ce quatrième et dernier épisode de notre feuilleton Notre enfance en Pays de la Loire, Pierre Pinta revient sur deux attraits de la région : la viticulture ligérienne, avec ses nombreux cépages réputés, et la Loire, véritable colonne vertébrale du territoire.

In vino veritas

De Tours jusqu’à Nantes, la Loire est bordée de vignobles réputés, crus prestigieux (Chinon, Bourgueil, Coteaux-du-Layon ou Muscadet), ou gentils "petits vins" comme le Cabernet d’Anjou, le Pinot gris (ou "Malvoisie") des Coteaux d’Ancenis et le populaire Gros-Plant du Pays nantais. Les Romains déjà mentionnaient certains cépages des bords de Loire, c’est dire si la tradition est ancrée ! Le fleuve et ses nombreux affluents constituent autant de voies navigables qu’empruntent chalands et gabares.

Aménagées dans les coteaux calcaires, les caves "naturelles" constituent un lieu de conservation idéal, où l’on a aussi pris l’habitude d’organiser des réceptions et des fêtes, généralement bien arrosées. Certaines sources de la fin du Moyen Âge laissent supposer qu’on s’y livrait parfois à des activités délictueuses, à tout le moins fort peu respectueuses des bonnes mœurs. Ainsi au XVIe siècle, les habitants de Montsoreau (Maine-et-Loire) se plaignirent-ils qu’au sortir d’une nuit d’ivresse, des jeunes gens presque nus (la jeunesse dorée de l’époque) s’étaient livrés à un charivari obscène dans les ruelles du paisible bourg.

[…]

Au fil de l’eau

À l'évidence moins dangereuses que les bords de Loire, les berges de ce canal sont propices à la flânerie. Même lorsqu’elle n’est pas gelée, la Loire inspire un sentiment de majesté… mêlé d’inquiétude. On la dit capricieuse en effet, et même un tantinet perfide. Les courants, les tourbillons, le sable qui se dérobe sous les pieds, les branches qu’on ne voit pas ; tout concourt à rendre le fleuve potentiellement dangereux.

Dans nos imaginaires débridés de jeunes enfants, les récits assez effrayants qui circulaient à son propos – on parlait de baigneurs imprudents, de pêcheurs téméraires et même de barques englouties – l’avaient rendue carrément aussi terrifiante que le fameux Loch Ness ! Ne disait-on pas après tout qu’elle était "infestée" de silures de plus de 2 mètres de longueur et de brochets capables de rompre les lignes les plus résistantes ? Quant au bassin du jardin des voisins, il était "hanté" par (au moins) un poisson-chat, qui outre son aspect répugnant, ne pouvait, au regard de son nom (improbable association d’une tête de chat et d’un corps de poisson), qu’inspirer la terreur.

Au-delà des frayeurs – dont Françoise Dolto disait qu’elles sont une étape obligée du développement de l’enfant –, plus ou moins entretenues par le cinéma et la littérature (le Club des cinq), on alertait aussi les parents sur les risques de poliomyélite, virus présent dans les cours d’eau via les égouts. Là encore, les descriptions alarmistes (déformation des membres inférieurs et même paralysie) transformaient dans mon esprit fleuves et rivières en gigantesques bouillons de culture… On comprendra donc aisément que la fréquentation des rives, plages et autres grèves relevait sinon de l’impossible, du moins du téméraire.


Notre enfance en Pays de la Loire – Souvenirs de jeunesse, de Pierre Pinta, Éditions Wartberg, 2015, 64 pages, 13 € 10.

Achat en ligne sur le site des Éditions Wartberg ou sur celui de la Fnac.

 

L'auteur : Pierre Pinta
Amoureux des terres et décodeur d'histoire(s)

Portrait de Pierre Pinta.

Écrivain ? Ethnologue ? Historien ? Difficile de résumer le travail de Pierre Pinta en quelques mots… "J'ai un parcours assez éclectique", lance l'auteur. "J'ai longtemps été en freelance, travaillant aussi bien dans la culture, sur le montage d'expositions ou l'accompagnement de groupes, que dans l'enseignement supérieur, à l'université et en écoles de commerce. Actuellement, je partage mon temps entre l'enseignement et l'écriture."

C'est au cours de ses années universitaires que Pierre Pinta a pris goût pour l'écriture : "Étudiant en sciences humaines à la Sorbonne, je me suis spécialisé dans l'histoire des civilisations et la géopolitique. J'ai commencé par écrire sur des sujets d'histoires locales, puis des monographies de communes de la banlieue parisienne." Aujourd'hui âgé de 58 ans, il est l'auteur et le coauteur de plusieurs dizaines de livres. Son travail porte principalement sur la Méditerranée et le Proche-Orient, avec des ouvrages tels que Liban, culture et art de vivre au pays des cèdres et Sebha, ville pionnière au cœur du Sahara libyen.

Avec la sortie récente de Notre enfance en Pays de Loire, il réaffirme son attirance pour l'un de ses territoires de prédilection : "J'ai eu la chance de voyager dans des lieux mythiques, devenus malheureusement aujourd'hui infréquentables, tels que l'Irak, le Liban, la Jordanie et la Libye. Né en Touraine, je parcours également depuis longtemps la région des Pays de la Loire. Je garde donc une relation ancienne et intime avec ce territoire et les cultures qui lui sont liées." De la Méditerranée à la Loire, il n'y a donc qu'un pas pour Pierre Pinta…

Corentin Vital

 

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