La ruralité en mutations, ép. 3

Covoiturage à la campagne : une voiture pour trois

Antoine, Sébastien et Samy Antoine, Sébastien et Samy

Pour ceux qui habitent loin de leur lieu de travail, le covoiturage a toujours existé. Ce qui change, c’est l’ampleur que prend cette pratique, et son organisation. Que ce soit par initiative individuelle, institutionnelle ou entrepreneuriale, le covoiturage comme l’autopartage sont devenus incontournables dans les réflexions sur la mobilité. Zoom sur une belle histoire de voiture partagée entre Antoine, Sébastien et Samy, trois habitants de Rennes qui travaillent à la campagne.

Ils sont trois, habitent à Rennes et travaillent à la campagne, à Sainte-Marie (Ille-et-Vilaine). La raison : le fondateur du bureau d’études où ils sont chargés de projet a tout simplement implanté son entreprise à côté de chez lui. Antoine, Sébastien et Samy ont ainsi une heure et quart de trajet pour l'aller, et autant pour le retour. En compensation, le vendredi, ils télétravaillent.

Sébastien trouve ça sympa, de travailler à la campagne, de pouvoir manger, quand il fait beau, au milieu des arbres et du chant des oiseaux. Antoine, lui, met un bémol : plus de deux heures de trajet par jour, c’est quand même générateur de fatigue. Et de coût ? "Ce n’est pas rédhibitoire", nous disent les trois collègues, car ils se sont organisés pour mutualiser la partie "voiture" du trajet.

Entre covoiturage et autopartage

Une journée type, c’est un départ du domicile entre 7 h 20 et 7 h 30, à vélo (ou en scooter pour Samy), pour prendre le train en gare de Rennes qui part à 7 h 45. Il arrive en gare de Langon à 8 h 25. Là attend la voiture qu’ils ont achetée tous les trois pour les derniers kilomètres et le dernier quart d’heure.

Le soir, ils éteignent l’ordinateur à 17 heures et arrivent à Rennes à 17 h 55. Le week-end, la voiture dort à Messac, qui est un peu plus loin du bureau, mais où le parking semble plus sûr. Et le bonus, c’est un quart d’heure de sommeil en plus le lundi matin…

Avant (il y a 4 ans), ils covoituraient de manière classique, utilisant leur voiture chacun leur tour. Ce qui impliquait en début et fin de semaine de faire en entier le trajet Rennes – Sainte-Marie en automobile. Jusqu’au jour où la voiture d’Antoine "a lâché". À ce moment-là, ils ont fait le calcul et décidé d’acheter une voiture d’occasion à trois, notamment parce qu’elle pourrait aussi leur servir dans le cadre de déplacements professionnels.

1 000 € divisés par trois, l’investissement n’était pas énorme. Antoine a payé un euro de plus, et c’est lui le détenteur de la carte grise. Assurer la voiture fut un peu plus compliqué : "les assurances acceptent pour un même véhicule les personnes ayant un lien de parenté ou qui vivent sous le même toit…, ce qui n’est pas notre cas !", explique Antoine avec un sourire.

Les bons comptes font les bons amis

Chacun sa clé pour une voiture partagée Chacun sa clé pour une voiture partagée

Samy, lui, tient les comptes : "Par mois, nous dépensons 65 euros de carburant. Si l’on rapporte les dépenses sur 4 ans, la voiture nous aura coûté 151 euros en tout par mois (à diviser par le nombre d’utilisateurs), y compris l’investissement de départ, l’entretien et les réparations." Car il n’y a pas que des oiseaux qui chantent à la campagne, et la voiture a été vandalisée plusieurs fois (rétro cassé, porte forcée, réservoir percé…). Mais au final, le coût est donc environ de 3 euros par personne par jour d’usage…

Samy a aussi créé un tableur qui cumule les dépenses de chacun, en tenant compte des jours de présence ou d’absence, et permet de voir qui sera le prochain à mettre la main au porte-monnaie pour équilibrer les comptes. L’outil et sa mise à jour régulière permet une répartition fluide des dépenses.

De même, le choix du conducteur chaque matin se fait de manière naturelle : le plus motivé ou le plus réveillé prend le volant. De temps en temps, le trio accueille, dans la voiture et dans le tableau, un collègue en CDD ou un stagiaire : "On va être 5 cet été, on sera un peu serrés !", s'amuse Sébastien.

Aller plus loin avec l’autopartage

Ce choix de partager une voiture n’était pas mû que par des raisons financières. Sébastien, qui s’intéresse aux questions dites de "mobilité", pointe le fait que la voiture ne sert qu’une vingtaine de minutes dans une journée. Et rappelle qu’il reste aberrant d’utiliser une tonne pour déplacer 70 kg. Les trois collègues, en covoiturant, ont réduit leur empreinte carbone. Ils souhaiteraient même aller plus loin : comme la voiture reste à Messac du jeudi soir au lundi matin, le système serait optimisé si elle pouvait servir à quelqu’un d’autre pendant le week-end. Reste qu’à distance, il est difficile d’identifier les personnes qui auraient ce besoin complémentaire du leur.

 

Les trois types de covoiturage

Les trois types de covoiturage

Il est difficile de chiffrer la part du covoiturage dans les trajets quotidiens. Le changement dans les pratiques sur le trajet domicile-travail se voit en tout cas dans les paysages, avec le fleurissement dans la plupart des communes rurales d’aires de covoiturage, souvent très fréquentées en semaine. Ce sont les départements qui financent ces aménagements, parfois à la demande des communes concernées. Selon l’Ademe, le covoiturage ne représenterait cependant que 3 % des déplacements domicile-travail. Il s'agit pourtant du plus gros réservoir de demandes et la meilleure solution pour réduire les impacts de l’automobile. Ce type de covoiturage concerne principalement les personnes travaillant dans une même entreprise, dont les trajets sont supérieurs à 20 km.

Les trois types de covoiturage

Le covoiturage plus classique, du type Blablacar, s’applique essentiellement pour les longs trajets et concerne surtout les jeunes actifs et les étudiants (y compris des adolescents non-motorisés) qui travaillent ou étudient loin de chez eux. La célèbre plateforme de covoiturage se positionne comme leader européen sur ce marché, avec 10 millions d’abonnés en 2014, un volume de trajets en progression de plus de 200 % par an et un chiffre d'affaires qui dépasse les 10 millions d’euros. Il existe d’autres plateformes qui se revendiquent plus alternatives, certaines ne prenant ainsi pas de commission sur le prix du trajet, comme covoiturage-libre.fr.

Une troisième forme de covoiturage est en train d’apparaître, qui utilise des applications smartphone de géolocalisation pour répondre en temps réel aux besoins de mobilité, essentiellement en milieu urbain. Le Grenier Numérique de La Gacilly (56) accompagne de son côté un projet de "provoiturage", Oniigo, qui permettrait de mutualiser des trajets "anticipables" pour un nombre maximal de 8 personnes à partir de l’inscription sur un site internet. Peut-être de quoi pallier le manque de transports publics en milieu rural.

 

Lire tous les épisodes du feuilleton La ruralité en mutations

Alexandra Fresse-Eliazord - Journaliste
Alexandra Fresse-Eliazord - Journaliste

Voir tous ses articles
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
Partager cet article :

Dans la même rubrique :

Vous n'avez pas le droit de laisser un commentaire ! Veuillez vous connecter ou vous abonner si vous n'avez pas encore de compte...

Revenir en haut de page