Le Goût des autres : intégrer ici avec les saveurs d’ailleurs

de G à D : Olena Lisova, Anila Imeri et Djida Mahiout de G à D : Olena Lisova, Anila Imeri et Djida Mahiout - © Thibault Dumas

Du Sénégal à l'Afghanistan en passant par l’Ukraine, une vingtaine de cuisinières professionnelles originaires d'autant de pays forment la "brigade" de l'association Le Goût des autres. Au-delà d’une simple découverte des saveurs, son dessein est l’intégration par le travail et la solidification les liens interculturels et intergénérationnels. Une aventure démarrée en 2009 qui s’ouvre désormais aux lycéens en hôtellerie.

Soudain, un jeune garçon en costume sombre pose la question qui brûle les lèvres de tous ses camarades : "Pourquoi il n’y a que des femmes dans votre association ?". Lunettes en écailles sur le nez, le tourbillonnant président-fondateur du Goût des autres, Charles Soussan, chasse un rire par une franche réponse : "Les hommes sont les bienvenus ! Mais c’est une réalité : il y a des Africains dans la sécurité, des Kurdes dans le BTP ou des femmes qui savent cuisiner. Elles sont là pour travailler, donc je ne vois pas à qui ça peut poser un problème. La grande force, c’est qu’une fois qu’on mange leurs plats on dépasse "sa" Loire-Atlantique, son territoire fermé".

En ce frais matin d’avril, nous sommes précisément au lycée hôtelier Nicolas Appert d’Orvault (nord de Nantes). Deux classes en bac professionnel et technologique échangent l’une après l’autre avec un détonant trio "méditerranéo-slave" de cuisinières quadragénaires (écouter ci-dessous). Une heure plus tôt, il fallait les voir débarquer, hilares, par les arrières-cuisines de l’établissement.

Conquérir les palets, délier les langues

Les roboratives brioches chocolat/cannelle, accompagnées de café et de thé à la menthe, ont achevé de conquérir les palets et délier les langues des élèves. Mais ce n’est qu’un début pour eux. Prochaine étape : l’apprentissage de la pâtisserie orientale, à l’été. "Trop bien !", s’exclament-ils en cœur.

La recette du Goût des autres a été élaborée au sein du Collectif enfants étrangers citoyens solidaires, fondé en 2004 par des parents d’élèves de l’école nantaise Stalingrad. "Notre force, c’est d’avoir structuré, professionnalisé des choses qui existaient déjà, comme les réunions Tupperware dans les cités ou les repas de remerciements", s’enorgueillit Stéphanie Triscos, qui s’occupe bénévolement de la communication de l’association, dont les statuts ont été déposé en préfecture en septembre 2009.

Une table de l'association Le goût des autres

Joli clin d’œil, l’actrice Agnès Jaoui, réalisatrice du film éponyme, en est même devenue la marraine il y a un an.

Jusqu’à cinq prestations par semaine

Une vingtaine de migrantes et demandeuses d’asile se relaient aujourd’hui pour faire tourner l’activité traiteur. Elles sont rémunérées 30 % au-dessus du Smic pour des prestations qui peuvent s’intensifier jusqu’à cinq fois par semaine en saison haute. Après l’installation d’une cuisine où chacun peut suivre des cours du côté de la Haluchère, se mijoterait en coulisses l’ouverture d’un restaurant "fixe".

Charles Soussan l’assure : "Nous sommes dans un petit monde, donc il n’y a pas le choix : on doit apprendre à vivre ensemble car la confrontation, la haine, ça ne marche pas".

 

Petit tour dans une partie de ce "petit monde" avec les témoignages de quatre femmes de l'association Le Goût des autres.

 

Anila Imeri

 

 

Anila Imeri, 44 ans, cuisinière et ex institutrice-monitrice de sport. A quitté Çegrane (Macédoine) en 1997, au moment de la guerre en Bosnie-Herzégovine.

"Cuisiner c’est un savoir-être autant qu’un savoir-faire"

 

 

 

 

 

 

Olena Lisova

 

 

Olena Lisova, 42 ans, cuisinière et ex ingénieure en télécommunications. A quitté Kiev (Ukraine), en 2001 suite à des persécutions.

"Mes enfants doivent connaître les saveurs de mon pays"

 

 

 

 

 

 

 

Djida Mahiout

 

 

Djida Mahiout, 46 ans, coordinatrice et cuisinière. A quitté Alger (Algérie) en 2001 pour des raisons personnelles.

"La cuisine, c’est juste un moyen de parler de nos cultures"

 

 

 

 

 

 

Stephanie-Triscos

 

 

Stéphanie Triscos, 42 ans, chargée de communication et formatrice, originaire de Nantes (France).

"On parle de liens, de cuisine, de partage : c’est du concret"

 

 

 

 

En savoir plus : www.legoutdesautres.org

Thibault Dumas
Thibault Dumas

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