Musique : les lois de la jungle

logo Un cachet par ci, un job précaire par là, et vogue la galère ! Vivre de la musique s’apparente plus que jamais à un parcours du combattant. Pour preuve, en Pays de la Loire, sur plus de trois millions d’habitants, seuls 520 musiciens professionnels bénéficient du statut d’intermittent. Alors, pour s’en sortir, mieux vaut connaître les règles du jeu. D’autant que le contexte s’est profondément transformé, ces dernières années…

Pour s’en convaincre, il suffit de feuilleter le plan quinquennal du Pôle régional des musiques actuelles*. Cette étude dresse un état des lieux de la situation, et suggère des pistes de réflexion pour improviser en beauté les cinq prochaines années. Le plan a été officiellement rendu public le 20 mai dernier, lors d’une conférence de presse où se trouvait Michel Bonhoure. Ce guitariste, également accompagnateur technique et artistique, a débarqué à Nantes il y a plus de 30 ans. Il  témoigne des mutations de la musique dans la région : "au début, tout était encore très centralisé sur Paris. Et puis, au fil des ans, la scène locale s’est renforcée, le secteur s’est structuré, des labels et des tourneurs locaux ont pris le relais. Enfin, la ville et la Région sont montées en puissance et ont créé des lieux de diffusion".

Résultat : l’économie de la musique représente désormais 2 500 emplois directs, et un budget de plus de 250 millions d’euros, soit trois fois celui de la pêche. Grâce à l’essor du web, elle repose de nouveau largement sur la scène. Et de ce côté, les Pays de la Loire sont particulièrement dynamiques avec 190 festivals et surtout de très nombreux concerts associatifs. Ce qui n’empêche pas pour autant quelques fausses notes : baisse du nombre d’intermittents (-30 % ces trois dernières années), absence de locaux de répétition, manque de coordination au sein du millefeuille administratif… Sans oublier bien sûr le contexte de restrictions budgétaires qui incite les collectivités à privilégier les grosses structures et les manifestations les plus visibles. Le secteur est donc en pleine mutation. À Nantes, le lancement de La Fabrique, un lieu de création mutualisé, inaugure d’ailleurs clairement une nouvelle époque.

"Nous sommes à une période charnière, marquée notamment par une pression financière accrue. À titre d’exemple emblématique, le Printemps de Bourges s’appelle désormais Printemps de Bourges – Crédit Mutuel. De même, 40 % d’Auguri Productions (ex Olympic Tour) vient d’être racheté par une société financière, Fimalac", analyse Miche Bonhoure. Face à ces menaces, les acteurs du secteur semblent bien décidés à s’organiser et à faire valoir leurs idées. Parmi les pistes évoquées dans le plan quinquennal, la création d’une chambre régionale, lieu d’échange entre les acteurs de la filière. Mais les propositions du Pôle ne s’arrêtent pas là : développement du financement privé de type mécénat, valorisation du travail bénévole, sauvegarde "de la mémoire des musiques actuelles des Pays de la Loire", multiplication des interventions en milieu scolaire… les idées fusent. Elles doivent désormais être débattues par les acteurs du secteur… s’ils veulent à l’avenir pouvoir jouer leur propre partition.

Site internet du Pôle des musiques actuelles en Pays de la Loire

Le plan quinquennal au format PDF

*Les musiques actuelles correspondent à une appellation fourre-tout, trouvée par le ministère de la Culture. Elle regroupe la chanson, le jazz, le rock, la variété, le hip-hop, le rap…  et même les musiques traditionnelles si elles sont accompagnées d’instruments modernes tels que la batterie ou la guitare basse.

Alexandra Jore - Journaliste
Alexandra Jore - Journaliste

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