Actualités : inscription à la newsletter de Terri(s)toires

Recherche

Les ebooks à la Une


Folles journées
Folles journées Après Nantes voyage, les Romanciers Nantais ont réalisé un nouveau recueil en partenariat avec un événement phare de la…


Le FC Lorient
Le FC Lorient Troisième club professionnel breton, le FC Lorient est une valeur sûre du football français. De la première saison au…


C'était Ginette
C'était Ginette Première femme députée du Maine-et-Loire, comme l'indique le sous-titre du livre qui lui est dédié, Ginette Leroux était une…




  • Les feuilletons à la Une


    C'est vous qui le dites
    C'est vous qui le dites Puisqu'on vous le dit ! Cet espace vous est en effet réservé, sous réserve de prendre vous-mêmes la parole. Un point de vue à partager, un nouveau…


    Dans la roue d'Europ'raid
    Dans la roue d'Europ'raid La journaliste Delphine Blanchard embarque à bord d'une Peugeot 205 qui participe à l'édition 2017 d'Europ'raid. En 23 jours, elle va traverser 20 pays et parcourir plus…


    Chomlaik
    Chomlaik Marion Gommard-Jouan est partie à la rencontre "des artistes qui donnent à voir le monde". Au fil des histoires glanées sur plusieurs continents, et notamment à chaque…




  • Comment vont les fourmis ?

    -

    Écoutez l'émission de Jet FM sur l'économie sociale et solidaire (27 janvier 2017) :

     

    -

    Nos partenaires

    

    AujourD'hui restaurons DemAin (Adda) : le local redevient un projet d'avenir

    Dégustation festive de chips maison faites avec les épluchures. Dégustation festive de chips maison faites avec les épluchures.

    "Sauvons l'Adda !" L'appel lancé par les Cré'alters en septembre dernier interpellait sur l’avenir de l’association AujourD'hui restaurons DemAin, sérieusement menacée. Devant quitter en fin d’année le local qu’elle occupait depuis cinq ans, l'Adda n'avait aucune solution de rechange... jusqu'à novembre. Ouf, l'horizon est de nouveau dégagé pour ce pilier de l'alternatif à la nantaise. Reportage dans les futurs ex-locaux d'une asso qui ne jure que par le local.

    C’est au 5 bis rue de la Carterie à Nantes – adresse de l’Adda pour encore quelques semaines – que nous avons rendez-vous, un jeudi midi. Le local prend la forme d’un trois-pièces spacieux, en rez-de-chaussée, qui donne l’impression de se trouver dans une petite maison de campagne.

    "Le Local – c’est un jeu de mots –, c’est très important pour nous, et 80 % de nos adhérents sont du quartier", nous précise avec malice Claire, l’une des fondatrices de l’association, ex-professeure de mathématiques, dont on a peine à croire qu’elle est retraitée – sans doute à cause de ce sourire éternellement juvénile couplé à cet enthousiasme qui semble indéfectible.

    Bye bye Dédé

    Basée à Nantes, L'Adda est une association qui ne jure que par le local. "Local" pour le local comme lieu de vie, donc, mais aussi "local" pour la défense d’une production locale et l'ancrage dans la vie de quartier, piliers de la philosophie de l’Adda. L’association a été créée au tournant des années 2007 - 2008 : "Au départ, Adda voulait dire Association pour le développement durable par l’alimentation. Parce que le concept de développement durable nous paraissait pertinent, en lien avec le Rapport Brundtland1 qui préconisait de penser aujourd’hui pour demain. On a ensuite constaté que le développement durable (DD), a été emprunté par plein de gens et qu’il a peu à peu perdu son sens premier. On a donc décidé de virer Dédé" (sourire).

    Cette précision peut paraître anodine, mais nous comprenons rapidement qu’elle ne l’est pas. L’Adda est une association qui privilégie l’expérience à l’utilisation de concepts : "Nous ne faisons pas de discours. Nous sommes dans l’action. Nous essayons que chacun fasse son propre chemin par rapport aux problématiques qui ont fait qu’on a créé ce projet. Tout le monde est bienvenu, qu'on soit écolo, âgé, avec plein de ressources, rentiers, de droite, de gauche... N’importe quelle caractéristique est la bienvenue et l’idée est que chacun fasse ce qu’il a envie de faire, mais que collectivement, on propose des choses qui nous semblent pertinentes".

    Des actions oui, mais lesquelles ? Claire nous présente dans un premier temps les activités incontournables de l’Adda qui défend – un peu comme une Amap – une agriculture respectueuse de l’environnement : paniers de fruits et légumes bio, toujours "de saison" bien sûr, et d’origine locale, disponibles pour les adhérents qui le souhaitent – et ils sont nombreux, ces adhérents, pas moins de 300 ! – et épicerie où l’on retrouve le contenu du panier, disponible au détail, mais aussi d’autres aliments incontournables (laitages, fruits secs, confitures, céréales…).

    Au-delà du bio, cuisiner autrement

    Mais, l’Adda, c’est aussi beaucoup plus que cela. On le comprend en rejoignant dans la spacieuse cuisine du Local, sobrement mais parfaitement équipée, Esther, Christine, Joëlle et Soizig, bientôt rejointes par Marie-Claire. Le petit groupe de femmes s’apprête à préparer le "repas partagé" du jeudi midi. Le principe est simple : un déjeuner improvisé en fonction des aliments récupérés gratuitement au Marché d’intérêt national (Min) de Nantes. "Des choses données parce qu’elles ont un aspect qui n’est plus vendable, ou parce qu’elles sont sur le point d’être périmées", nous précise Joëlle. Ce jeudi midi, ce sera donc frites de pommes de terre, mais aussi de patates douces. Ces dernières, récupérées dans les poubelles du Min il y a plusieurs semaines, s’avèrent être toujours en parfait état…

    On épluche les légumes en discutant gaiement quand Esther, la Franco-Anglaise du groupe, a une idée : "on pourrait faire des chips avec la peau des légumes !". Aussitôt dit, aussitôt fait. Quelqu’un sort une bassine pour laver les épluchures en attente du passage à la friteuse…

    Esther a jadis exercé la profession de chef de cuisine à Paris : "Depuis que j’ai arrêté cette activité dans la restauration classique, je suis beaucoup plus consciente du gaspillage qu’il y avait, aussi bien dans les produits, l’eau, ou l’énergie. Quand j’y pense, c’est affolant ! Maintenant, je m’intéresse à l’origine des produits, mais aussi aux manières de les valoriser et aux différentes techniques de cuisine". Elle nous explique alors le principe du cuiseur thermos, aussi appelé marmite norvégienne : "C’est une simple boîte isotherme dans laquelle on met une casserole bouillante. On ferme la boîte et on n’a plus besoin de laisser la casserole sur le feu. Cela continue à cuire. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’habituellement, quand on met une casserole sur le feu, l’énergie est tout le temps en train de partir !". Esther nous montre une marmite norvégienne se trouvant dans le local. L’objet est tout ce qu’il y a de plus rustique : une boîte en carton, isolée avec du polystyrène, et une couverture. "C’est hyper facile à faire et c’est quasi gratuit. Plusieurs des adhérents en ont fait pour chez eux".

    Le développement durable, à l’Adda, ne s’arrête pas à une étiquette. Manger bio, c’est bien, mais ce n’est pas la panacée. Claire précise : "On essaie aussi de réfléchir au mode de disponibilité des produits pour que ce soit le moins impactant possible. Il faut prendre en compte le conditionnement, le transport et le type de produits. Par exemple, nous ne proposons pas de viande rouge… En effet, le volume de gaz à effet de serre qui est dégagé par l’élevage des gros animaux, qui donnent la viande rouge, est énorme. Grossièrement, on peut dire qu’il vaut mieux rouler en 4x4 et être végétarien que de rouler en vélo et être un bidochard ! Ce qui nous intéresse, ce n’est pas le trait de crayon, mais les grosses masses. Par exemple, éteindre la lumière, c’est vraiment bien, mais… c’est peanuts !".

    "Un endroit où on remplit son sac, et où on le vide"

    Marie-Pierre, metteur en scène et comédienne de métier, adhérente de l’Adda. La question d’une alimentation respectueuse de l’environnement est cruciale au sein de l’Adda, mais on ne saurait réduire l’activité de l’association à cette seule dimension. À entendre les conversations animées entre les adhérentes en cuisine, on comprend que le Local est aussi un lieu de socialisation. On y rencontre des personnes qui deviennent des amis (Esther a par exemple fait connaissance avec des musiciens, comme elle). On échange des "filons sur la santé", comme le relève Christine, qui trouve par ailleurs une "mine d’informations" sur internet, qu’elle partage avec plaisir avec les adhérents peu ou pas connectés (pour ces derniers, un ordinateur est en libre service au local).

    On participe aussi à des ateliers, autour de recettes de cuisine ou de la couture. On donne et on échange des vêtements entre adhérents (cela s’appelle l’Addamode). On réfléchit à des questions sociétales (les soirées mensuelles "Ce que j’ai compris sur…") et même à des projets personnels d’ordre professionnel, au travers du groupe DYNAction.

    Marie-Pierre, metteur en scène et comédienne de métier, adhérente de l’Adda depuis sa création, a développé ces réunions d’échanges autour de la question professionnelle. "L’écologie, c’est pas seulement l’écologie terre-à-terre. C’est aussi l’écologie humaine, c’est-à-dire envisager les relations comme des synergies de partage, de communication, d’échanges. Plus on est nombreux, plus on a de cerveaux, et plus on est intelligents ensemble. Les huit femmes qui ont participé aux ateliers DYNAction ne voulaient plus entendre parler de Pôle Emploi parce qu’elles en avaient marre d’être considérées comme de simples codes ROME et d’être mises dans des cases". Marie-Pierre résume idéalement les choses de cette manière : "L’Adda, c’est un endroit où on remplit son sac de victuailles, mais c’est aussi un lieu où on le vide".

    Christine, occupée à couper les patates douces, a particulièrement apprécié sa participation au groupe DYNAction qui a fait évoluer ses projets : "J’étais conseillère commerciale, mais c’est quelque chose que je ne veux plus entreprendre parce que ça ne correspond plus du tout à mes convictions. Aujourd’hui, nous sommes dans un changement de société. Le système économique actuel est dépassé. Il faut carrément revoir les choses". Christine envisage à l’avenir une activité totalement différente, comme faire les courses à vélo pour les personnes âgées, ou acquérir un triporteur et aller au MIN récupérer les aliments invendus pour en faire profiter les personnes n’ayant pas accès à l’alimentation bio.

    "Ici, on laisse la possibilité à chaque adhérent de prendre des initiatives. La personne s’engage à faire une action et, du coup, elle s'en trouve valorisée. On est vraiment libre de s’exprimer comme on veut. On soumet nos projets et on est apprécié, donc on se sent bien". Comme pour illustrer ce propos de Christine, Claire nous montre le fonctionnement de la caisse de l’association : "On brasse pas mal de sous, quand même : 80 paniers à 10 euros et autant au niveau de l’épicerie. Depuis deux ans, le cahier de commandes des paniers et la caisse de l’épicerie sont à la disposition de tout le monde. Tout à l’heure, des gens sont entrés. Ils ont fait leurs courses, noté ce qu’ils ont acheté et mis les sous dans le tiroir-caisse. Avant, une personne était chargée de la caisse et il y avait toujours des erreurs, en plus ou en moins. Et, depuis que les gens font tout seuls, il n’y a pas d’erreur ! Les gens sont honorés de la confiance qu’on leur fait et ils la retournent".

    Le jardin de la Carterie, une mauvaise terre pour de belles initiatives

    Le jardin de la Carterie, situé à une trentaine de mètres du local. Avant d’entamer le déjeuner, Claire nous emmène dans un petit coin de nature situé à une trentaine de mètres du Local : le jardin de la Carterie, lieu investi par l’association, mais aussi par les habitants du quartier grâce à l'association Carterie Chateaulin. Ici, la terre est polluée en plomb, et permet seulement quelques cultures hors-sol… L’intérêt principal de ce jardin ne réside pas dans ce qu’on peut y cultiver – "1 000 mètres de terrain, ce serait un peu juste pour nourrir 300 adhérents !", blague Claire – mais dans son existence même, au milieu de l’habitat urbain. Dans un coin, trois poules pondent leurs œufs, dans un autre, des abeilles fabriquent du miel dans leurs deux ruches, grâce à la formation de quelques membres de l’Adda à l'apiculture. Ici, une cabane a été construite avec des matériaux de récupération ; là, un compost est à disposition du voisinage. Au sein du jardin de la Carterie, l’Adda crée encore une fois du lien social, et qui dépasse le cercle de ses adhérents.

    Retour au sec dans le Local, où la table est déjà dressée à notre arrivée, et recouverte de différents mets, aussi simples que tout à fait appétissants : frites de pommes de terre et de patates douces, radis noir rappé, tarte aux épinards, confiture de prunes maison, crème de cœur d’artichaut, bière locale… Beaucoup de nourriture initialement destinée à la benne, mais qui ne manque pas de saveur. N’y allons pas par quatre chemins : on se régale.

    Mais au fait, avec tout ça, on en oublierait presque le but initial de notre venue. On s’adresse à Claire, solennellement : "Alors, où l’Adda va-t-elle finalement emménager d’ici quelques semaines ?".

    "Nous allons être dans une des maisons communes de la ville de Nantes, au 18 rue de Savenay. Dans un local monté par Marion Cahour, une Nantaise qui a travaillé sur plein de choses pour les personnes à la rue. C’est un bâtiment qui abrite une crèche et des associations. Nous allons nous installer au fur et à mesure, pour voir les besoins des autres et peut-être repenser le lieu, pour que tout le monde y trouve une place mieux qu’avant. On va partager un maximum de choses, comme la cuisine. Cela nous intéresse beaucoup de travailler avec des acteurs du quartier. Ce nouveau lieu est à 500 mètres d’ici. C’est parfait, car nous n’étions pas délocalisables !".

    1 Publication rédigée en 1987 par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l'ONU qui a défini l'expression de "développement durable ».

    Cliquer sur l'une des images pour voir la galerie.

    Matthieu Chauveau - Journaliste
    Matthieu Chauveau - Journaliste

    Voir tous ses articles
    Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
    Partager cet article :

    Dans la même rubrique :

    Vous n'avez pas le droit de laisser un commentaire ! Veuillez vous connecter ou vous abonner si vous n'avez pas encore de compte...