Britanniques, Allemands, Américains, Portugais ou Néo-Zélandais… les nouveaux habitants de Mellionnec ont traversé l’Europe, et même plus, pour s’installer là, en Centre Bretagne. Et ils font plus que compenser la disparition des agriculteurs dont les fermes sont, peu à peu, englobées dans de plus larges exploitations. Kay Moss, Anglaise, propriétaire d’un gîte fermier, est ainsi entrée au conseil municipal lors des dernières élections. “10 % de notre liste était d’origine européenne”, rappelle l’ancien maire Michel Balbot. “Ces administrés étrangers s’impliquent vraiment dans la vie politique et associative de la commune. C’est ce qui fait aujourd’hui l’identité de Mellionnec.”
En 1999, la commune a d’ailleurs rejoint le réseau des Villages culturels d’Europe*, créé pour montrer que le monde rural a encore sa place sur le Vieux Continent, mieux, qu’il a encore une destinée… qu’il peut même prendre en main ! “L’objectif est de faire entendre sa voix au niveau des institutions nationales et européennes. Il s’agit de sortir de l’anonymat et du complexe rural qui voudrait que la culture et la modernité ne soient réservées qu’aux grandes villes.”
Après avoir élaboré ensemble une charte de développement local (services, emploi, culture, environnement…) présentée au Parlement européen, les 11 villages du réseau ont décidé de désigner, chaque année, un “Village culturel d’Europe”, pied de nez aux “Villes européennes de la culture”. Mellionnec a ainsi connu son heure de gloire en 2000, et a reçu plus de 500 personnes originaires de dix pays différents, toutes logées chez l’habitant. “Un moment très fort”, qui s’est renouvelé chaque année dans une communauté de Suède, d’Allemagne, d’Estonie… “Ce cycle étant terminé, nous cherchons maintenant à partager nos différentes expériences de développement”, explique Marion Durand, animatrice de l'association.
Ouvrir des portes
Par exemple, la communauté de communes du Kreiz-Breizh, à laquelle appartient Mellionnec, s’est aujourd’hui inspirée de la collecte des ordures ménagères du village italien de Pergine Valdarno : au lieu d'un camion-benne soulevant plusieurs conteneurs manipulés par des agents, un camion-grue soulève un seul conteneur de 6 m3, grâce à un bras piloté par le chauffeur de sa cabine. “Nous avons amélioré les conditions de travail, regroupé les points de collecte, et réduit nos coûts, puisqu'une seule personne suffit. Les autres agents ont ainsi pu être affectés au tri sélectif et à d'autres services”, explique Éric Hamon, responsable des services techniques. “Un système bien adapté à notre vaste territoire de 28 communes.” De même, suite à plusieurs voyages de l’association dans le village danois de Tommerup, le maire de Trémargat, Éric Bréhin, a rédigé un rapport sur l'habitat collectif, qu'il vient de présenter à la commission environnement de l’intercommunalité.
Pour les habitants de Mellionnec, ces échanges ouvrent des portes, géographiques et culturelles. Chaque année, un camp de vacances pour les jeunes est organisé dans l'un des villages européens (le prochain aura lieu à Paxos, en Grèce, sur le thème du mime). De même, les anciens se réunissent une fois par an dans l'une des communes-hôtes pour évoquer des histoires de vie. Parmi les sujets abordés : le syndicalisme, le féminisme, l'évolution du monde… “Toutes ces rencontres permettent de s'apercevoir que nous ne sommes pas si différents”. Et le 12 juin prochain, pour fêter les 12 ans de l'association, des habitants de Porrua (Espagne) et Kirschleim (Autriche) convergeront vers Mellionnec… à la “pointe” de l’Europe.
Pas question de (re)partir !Ursula Biedinger et Clive Redfern font partie des quelque 80 membres individuels de l'association Villages culturels d’Europe. Le couple de 46 et 65 ans et leurs deux enfants, Steven et Philippe, se sont installés dans le village il y a sept ans, après avoir vécu aux Pays-Bas et en Californie. Ursula est allemande, Clive anglais. Ils se sont rencontrés dans un champ de tulipes néerlandais où elle était ingénieure agronome, et lui arômatiseur-chimiste. Ils sont arrivés ici par hasard, suite à une annonce sur internet. Consultant pour un producteur américain d’huile essentielle de menthe, Clive se déplace beaucoup. Faute de boulot, Ursula a commencé par faire des traductions techniques à distance. Puis, après une formation à Paris dans la recherche clinique, elle a décroché un travail de directrice des ressources humaines à Rennes. Pas vraiment la porte à côté. Du coup, la famille loue aussi une maison près de la ville. Mais pas question de repartir de Mellionnec ! “On est tellement bien, ici. Il y a le calme, on vit de façon plus intense, avec de vrais rapports humains. Pour les enfants, c’est énorme.” |
























