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    Un programme d'ouverture sociale à Nantes

    Égalité des chances : des lycéens s'épanouissent avec Brio

    Le programme Brio Le programme Brio - © Miguel Templon (www.migueltemplon.com)

    Depuis des décennies, les études sur le sujet se succèdent, mais le constat demeure : les jeunes issus de milieux modestes intègrent difficilement l'enseignement supérieur. Depuis 2008, à Nantes, le programme d'ouverture sociale Brio cherche à inverser la tendance ; deux fois par mois, les lycéens de treize établissements de l'agglomération nantaise sont encadrés par des étudiants bénévoles. Ils apprennent à mieux s'exprimer en public, reçoivent des conseils sur leur orientation, développent leur sensibilité culturelle et leur connaissance du monde. Et les résultats sont souvent spectaculaires...

    "Avant, j'avais toujours peur de dire une bêtise, alors je m'abstenais." Lou, lycéenne de 17 ans, se souvient du manque de confiance qui la caractérisait avant qu'elle n'intègre le programme Brio. Déficit de confiance, donc, mais aussi manque d'information sur l'orientation post-bac et limites en termes d'ouverture culturelle : les raisons ne manquent pas lorsqu'il s'agit d'expliquer les disparités sociales observées dans l'enseignement supérieur.

    Lycéens et tuteurs se détendent à la cafétéria de l’École Centrale. © Miguel Templon
    L'ouverture culturelle, une priorité du programme Brio. © Miguel Templon
    Lycéens et tuteurs se rendent au théâtre universitaire pour assister à une pièce sur le thème. © Miguel Templon

    En 2012, selon un rapport du quotidien Le Monde, 31 % des enfants d’employés et d’ouvriers avaient obtenu un diplôme d’enseignement supérieur contre 61 % des enfants de cadres et professions intermédiaires. Et comme souvent lorsque l'ascenseur social est en panne, il faut compter sur une poignée d'âmes bienveillantes pour jouer les dépanneurs...

    En 2006, deux grandes écoles nantaises, Centrale et Audencia, se lancent dans un projet commun d’ouverture sociale et d'égalité des chances, qu'elles intitulent Brio. Sous cet acronyme se cachent en réalité les objectifs du programme : faire un Bond pour la réussite par l'initiative et l'ouverture. Pour cela, on ne cherche pas seulement à inverser les statistiques. Autrement dit, le succès du dispositif ne se mesurera pas nécessairement en chiffres. Comme l'explique Laure Pineau-Defois, chef de projet, "il ne suffit pas d'intégrer à tout prix ces jeunes de milieux modestes aux écoles. Il s'agit surtout de leur offrir une ouverture sur le monde pour qu'ils effectuent leur propre choix en toute connaissance de cause."

    Dans les treize lycées partenaires, les jeunes sont identifiés par les équipes pédagogiques dès la classe de seconde ; parmi les lycéens boursiers, on repère les plus motivés, mais aussi les profils prometteurs que la timidité et le manque d'assurance empêchent de s'exprimer.

    Mettre à mal la dictature du "je ne me sens pas capable"

    Deux mercredis par mois, ces lycéens franchissent les portes des grandes écoles pour y rencontrer des étudiants tuteurs bénévoles. Engagé dans le programme pour la seconde année auprès de lycéens de terminale en 2013-2014, Benoît se souvient : "on avait rencontré pas mal d'associations lors de la journée d'intégration. Lorsque j'ai découvert Brio, je me suis dit que ce serait une bonne occasion d'élargir l'horizon culturel de ces jeunes à travers des pratiques comme le théâtre."

    Presse, cinéma, alimentation dans le monde, street-art, science-fiction : chaque rencontre s'appuie d'abord sur une thématique ciblée et donne lieu à des échanges et débats sur l'actualité, en français et en anglais. Car c’est bien là que se situe le défi majeur auquel sont confrontés les tuteurs : insuffler de la confiance aux lycéens pour les inciter à la prise de parole en public et porter l'estocade finale à la dictature du "je ne me sens pas capable".

    Avant de mettre le pied à l'étrier, les tuteurs reçoivent des formations destinées à favoriser l'expression collective lors de ces échanges. Malgré tout, les premiers moments sont souvent perçus comme un saut vers l'inconnu et sont logiquement empreints de timidité. Pas évident de se livrer alors que l'on apprend seulement à se connaître... " Honnêtement, au départ, on se demande comment on va pouvoir assurer tout ça, confesse Lucas, tuteur auprès d'élèves de première en 2013-2014. Mais ça se fait naturellement. Nous avons été très clairs : nous ne sommes pas des profs. Nous avons une feuille de route et nos opinions, auxquelles vont se greffer les leurs. Mais nous ne sommes pas là pour dire si Untel a tort ou raison, ni même juger de la qualité des interventions."

    "On ne savait pas trop à quoi s'attendre, raconte Lou, lycéenne, qui envisage d'intégrer une école d'architecture. Mais on a vite vu que les tuteurs étaient aussi stressés que nous, qu'ils étaient au même niveau dans cette nouvelle expérience et qu'ils n'avaient pas toutes les réponses. C'était plutôt rassurant." Rapidement, les langues se délient et un échange spontané prend forme entre les lycéens et leurs tuteurs.

    Ouverture aux autres et à la culture

    Orientation des lycéens Brio depuis la création du programme

    • 43 % vont à l’université

    • 19 % vont en CPGE (Classe préparatoire aux grandes écoles)

    • 15 % s'orientent vers des BTS ou une formation DCG (expert comptable)

    • 12 % s'orientent vers des IUT et DUT

    • 8 % choisissent d’autres voies : à l’étranger comme fille au pair (Canada), école du design ou d’architecture, arts appliqués...

    • 2 % redoublent

    • 1 % se réoriente (changement de filière de bac)

    En dehors des écoles, Brio met l'accent sur l'ouverture au monde et à la culture : sorties théâtre classique et moderne, journées voile, rencontres métiers et découvertes d'entreprises, voyage annuel (Barcelone, Amsterdam), participation à l'organisation d'événements sportifs et culturels, stages de théâtre en français et en anglais... Des vocations naissent ou se précisent à l'occasion de ces sorties.

    Lycéen en terminale STI (Sciences et techniques de l'industrie), Jérémy a ainsi décidé de s'engager dans l'audiovisuel après une rencontre avec le régisseur principal du Grand T, salle de spectacle de Nantes. Ludsine, en terminale L, s'apprête à intégrer une classe préparatoire littéraire. Un choix validé suite à un échange avec une enseignante de prépa. Mais ce n'est pas tout : "plus jeune, j'avais fait deux ans de théâtre, mais je n'avais pas poursuivi. Brio m'a encouragée à me reconnecter avec cette passion." Preuve de cette nouvelle confiance en leurs capacités, Ludsine et trois autres lycéens Brio sont allés jusqu'à créer leur propre troupe de théâtre !

    Finalement, l'enjeu ne serait-il pas, tout simplement, de créer le contexte idoine pour que ces lycéens puissent exprimer leurs talents ? Aucun doute à ce sujet pour le tuteur Lucas : "Ces jeunes ont autant d'ambition que les autres, il faut juste qu'ils aient un meilleur accès à l'info et aux options qui se présentent à eux. Benoît confirme : "dès lors qu'on instaure une atmosphère de complicité, une relation d'égal à égal, on voit que plus personne n'a peur de s'exprimer."

    Rapidement, il s'est aussi rendu compte que les lycéens ne seraient pas les seuls à sortir grandis de cette expérience partagée : "de mon côté, cette aventure a changé pas mal de choses au niveau relationnel : au collège et au lycée, je trouvais que tout le monde était dans un rôle. Là, j'ai découvert que chacun avait ses particularités et que ça valait la peine de s'y intéresser." "Il ne faut pas oublier que l'expérience apporte aussi beaucoup à la culture des tuteurs. Lorsque l'on a abordé l'impressionnisme, honnêtement, je n'en savais pas plus qu'eux ! ", se souvient Lucas.

    Et l'inaccessible devient possible...

    "En cours, je n'ai plus aucune gêne pour lever la main", appuie Inès, lycéenne de première devenue lectrice assidue de la presse quotidienne. S'il s'agissait au départ de ne pas se faire "afficher" lors des fréquents quiz sur l'actualité, cette nouvelle habitude est surtout le fruit d'un développement personnel, d'une curiosité grandissante. "Maintenant, quand je découvre un nouveau sujet, j'ai envie de creuser, d'échanger, d'aller chercher plus par mes propres moyens."

    Sarah, en terminale L, s'apprête à entamer une fac de psychologie. Elle estime que Brio l'a "ouverte aux autres. J'ai pris conscience que je suis entourée de gens formidables, et désormais, je peux parler à quelqu'un que je ne connais pas dans la rue, spontanément. Je me rends compte qu'il existe un tas de choses à aller chercher hors de ce que je connais déjà."

    Comme bon nombre de ses collègues de promo, Julie, elle, a finalement revu sa position au sujet de ces formations qui paraissaient tellement inaccessibles : "Pour présenter les grandes écoles, on met souvent les excellents élèves en avant. D'instinct, ce n'est pas à eux que l'on va s'identifier. On a donc une certaine image de l'enseignement supérieur : un environnement impitoyable, hyper concurrentiel, bref, un enfer ! Pourtant, on voit nos tuteurs, qui ne sont pas si différents de nous et qui ont intégré ces formations..." Et de conclure par une interrogation révélatrice du chemin parcouru par ces lycéens : "Alors, pourquoi pas nous ?"

    Pour en savoir plus : www.brio-nantes.org

    Crédits photos : © Miguel Templon - www.migueltemplon.com

    Sarah Jérémy Ludsine Benoït

    Sarah, Jérémy, Ludsine et leur tuteur Benoît ont passé deux ans au cœur du dispositif Brio.

     

    Brio : le programme en dates et en chiffres

    • En 2008, Brio reçoit le label Cordée de la réussite délivré par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Les deux écoles fondatrices sont rejointes en 2009 par l’École nationale vétérinaire de Nantes, puis l’École des mines.

    • La promotion 2013-2014 comprend 71 lycéens de première et 74 lycéens de terminale, encadrés par 64 étudiants tuteurs bénévoles.

    • 100 % des lycéens suivis ont eu le bac et 74 % d’entre eux ont obtenu une mention (toutes filières confondues) : 45 %  de mentions Assez bien, 24 % de mentions Bien et 5 % de mentions Très bien.

    • 80,5 % des lycéens Brio passant un bac général ont obtenu une mention contre 50 % pour la moyenne nationale, et 64 % de ceux passant un bac technologique ont obtenu une mention contre 35 % pour la moyenne nationale.

    Arnaud Roizen - Journaliste
    Arnaud Roizen - Journaliste

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