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    En prison pour mineurs, joies et colères en couleurs

    Atelier peinture à l'EPM d'Orvault (44) Atelier peinture à l'EPM d'Orvault (44) - © DR

    Changer de regard grâce à l'art. Depuis trois ans, l'Établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) d'Orvault (44) accueille, sur le pôle santé, une activité d'expression picturale. À travers la peinture, les jeunes détenus livrent plus librement leurs angoisses, leur mal-être et leur colère. Ces temps de soins ont notamment pour objectif de prévenir les suicides, problème numéro 1 des EPM. L'initiative est soutenue par la Fondation de France*.

    Dans une petite salle de l'établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM), quelques jeunes détenus s'essayent à la peinture avec l'aide de l'artiste argentin Alberto Miño. Joyeuse parenthèse dans un quotidien morose. Deux infirmiers participent à l'activité, l’un pour s'assurer du respect des règles, l’autre, en retrait, pour observer, aider à la mise en mots et prendre des photos. Car cette activité d'expression picturale initiée par Marie Bossis, psychologue clinicienne du CHU de Nantes, n'est pas qu'un moment de détente : il s'agit aussi d'un temps d'analyse privilégié pour mieux connaître les jeunes incarcérés et leurs problèmes.

    En France, on compte six EPM. Le seul du grand Ouest se trouve à Orvault, au nord de Nantes. Le Service médico-psychologique régional (SMPR) du CHU de Nantes, dans son travail auprès des adolescents incarcérés, recherche des solutions novatrices pour améliorer leur condition . "L'expression artistique permet aux jeunes de s'exprimer autrement qu'avec des mots, de faire émerger des choses qu'ils ne peuvent nommer, voire même identifier. Nous pourrions le cas échéant déceler un risque de passage à l'acte, que celui-ci soit sur autrui, sur un bien partagé ou sur eux-mêmes."

    Activité détente

    Les ateliers d'expression picturale de l'EPM d'Orvault se déroulent en petit comité. Les groupes, composés de quatre jeunes, se réunissent lors de cinq séances étalées sur deux semaines. Trois sessions se déroulent chaque année. "Pendant cette activité collective, nous sommes particulièrement attentifs au respect de l'autre et à ce qu'il n'y ait pas de dérapages physiques ou verbaux", témoigne Wilfrid Langlais, infirmier. "Une vraie dynamique de groupe s'installe, et les retours des jeunes sont très positifs. Certains veulent même revenir la fois suivante".

    Pourtant, certains jeunes incarcérés ne semblent pas très enthousiastes, au début, selon Marie Bossis. "Quand on propose l'atelier au moment des entretiens individuels, la principale motivation est parfois de pouvoir sortir de cellule. Mais en réalité, ils s'investissent et s'inscrivent dans la continuité en participant à toutes les séances qui durent près de deux heures. On sent que cette activité leur fait plaisir, l'ambiance est excellente et très peu abandonnent en cours de route. Cela peut se produire avant la dernière séance, par peur de la séparation..."

    Tableau réalisé par un jeune détenu de l'EPM d'Orvault (44) Lors de ces ateliers, les jeunes détenus semblent reprendre confiance en eux. "J’ai l’impression de ne pas être en prison", témoigne un adolescent. "Quand je regarde les panneaux finis, on peut dire qu'on passe de l'enfermement vers la liberté", ajoute un autre. Anne-Lise Denieulle, infirmière, ressent "beaucoup d'émotion. On les voit apprendre, avoir envie de faire quelque chose, être motivés... et ça fait plaisir ! Nous valorisons leur production et les rassurons, car ils ont souvent un important manque de confiance en eux. Cette activité représente énormément de temps et d'investissement pour l'équipe, mais nous vivons aussi des moments assez magiques."

    Travail d'équipe

    Pour le personnel soignant, le travail se poursuit après l'atelier peinture. À l'issue de chaque séance, les jeunes doivent écrire quelques lignes sur leur ressenti. Avec ces textes, les photos et leurs observations, la psychologue, les deux encadrants et l'artiste, Alberto Miño, dressent alors un premier bilan. "Nous analysons ce qu'il s'est passé, car il s'agit aussi d'un moment de repérage. Les jeunes sont confrontés à un environnement dans lequel ils peuvent exprimer leurs pulsions, mais aussi montrer des aspect positifs que nous ne connaissions pas et qu'eux-mêmes ignorent. Par contre, nous n'interprétons pas les tableaux en groupe, chacun gardant pour soi son sentiment. Nous pouvons par contre les évoquer lors des entretiens individuels avec les adolescents."

    Ce bilan collaboratif est ensuite présenté au reste de l'équipe, car l'atelier d'expression picturale s'inscrit dans une démarche globale. Atypique, l'activité n'est pas toujours adaptée aux règles strictes de la détention, mais la psychologue se félicite de pouvoir compter sur de nombreux soutiens. "Dès le départ, l'administration pénitentiaire nous a aidés, notamment en faisant venir un photographe aux premières séances. Cela nous a permis de prendre conscience de l'utilité des photos. Nous avons aussi la confiance de ceux qui ont accepté le défi, à commencer par la responsable médicale, Claire Burgaud, et notre chef de service, Olivier Giron. Nous recevons aussi l'aide précieuse du cadre de santé qui s'occupe de toute la comptabilité et avons temporairement travaillé avec la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Et, bien sûr, l'aide financière de la Fondation de France est essentielle, d'autant qu'elle nous permet d'accéder à une reconnaissance nationale*."

    Formation accélérée et expo privée

    Les séances sont toujours très riches d'enseignement pour le personnel soignant. Elles leur permettent d'en savoir plus sur les jeunes détenus, mais aussi sur eux-mêmes et leur travail. "C'est l'occasion de se saisir d'une logique différente de la nôtre afin de mieux comprendre leur vision du monde", explique Marie Bossis. "Nous sommes bousculés dans nos certitudes et cela amène de vrais échanges au sein de l'équipe. Notre cohésion s'en trouve renforcée, car nous devons être unanimes sur la ligne de conduite à adopter. Nous devons aussi aller au bout de nous-mêmes et de nos ressources : c'est très motivant !" Wilfrid Langlais confirme : "sur le plan professionnel, cette activité est riche d'enseignements, notamment sur la dynamique de groupe."

    Une fois achevés, les tableaux doivent être validés par l'administration pénitentiaire avant d'être affichés dans les locaux. À l'occasion d'une cinquième séance, les peintures qui n'ont pas été acceptées sont donc ajustées par leurs auteurs. "Mais tous tiennent à ce que leurs œuvres soient exposées et les jeunes font preuve de beaucoup d'imagination pour les adapter !" Après un vernissage auquel les détenus mineurs peuvent convier un autre jeune et un adulte de l'EPM, les tableaux sont exposés pendant trois à quatre mois, jusqu'à ce que d'autres plus récents les remplacent. "Avant, c'était un grand couloir blanc ; désormais, ce lieu de passage est très coloré. C'est beaucoup plus gai !".

     

    * Le projet a d'ailleurs obtenu le Laurier régional, puis le Laurier national de la Fondation de France qui récompensent la meilleure initiative de l'année.

    Thibaut Angelvy - Journaliste, webmaster et rédaction en chef
    Thibaut Angelvy - Journaliste, webmaster et rédaction en chef

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    Commentaires  

     
    0 #2 Thibaut Angelvy - Journaliste, webmaster et rédaction en chef 08-10-2012 09:00
    @Amandine : merci pour votre commentaire positif !

    Nous connaissons bien le Canard social, très bon site nantais. Malheureusement, nous ne pouvons intégrer ses articles à notre revue de presse (www.terristoires.info/revue-de-presse) car il s'agit d'un média destiné aux professionnels et donc essentiellement payant.

    Cordialement.
    T@
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    0 #1 Amandine 05-10-2012 19:06
    Bonjour,

    Merci pour cet article vraiment très intéressant et qui donne un autre regard sur cette jeunesse violente. Peut-être connaissez-vous le Canard social? il participe aussi à défricher, revoir nos idées reçues, sur des situations, des publics...
    Bonne continuation!
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