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    Festival Potlatch : une chorégraphie du partage

    Tout le monde danse au festival de danse Potlatch Tout le monde danse au festival de danse Potlatch

    Du 17 au 19 janvier derniers, la salle de spectacle du Garage, à Rennes, accueillait le festival Potlatch. Plus qu'une simple manifestation de danse, cette rencontre placée sous le signe du partage donnait l'occasion à des publics valides et handicapés, des bénévoles et des artistes de se rencontrer, d'échanger, voire même de danser ensemble. Récit d'une expérience artistique solidaire au parfum de fête familiale.

    Nous sommes samedi 18 janvier, la nuit rennaise est tombée depuis déjà quelques heures et la salle du Garage, quartier Villejean, résonne d'une étrange rumeur. Le parquet craque et tremble sous le poids des dizaines de corps qui s'agitent, sautent et se croisent sur la piste de danse. Il y a des jeunes et des vieux, des danseurs professionnels et des bénévoles, des spectateurs et des musiciens, des personnes handicapées et des personnes valides.

    Étrangers les uns aux autres il y a quelques minutes, ils apprennent, ensemble, à réapprivoiser leurs corps au cours de cette rencontre chorégraphique éphémère. S'ils ont plus ou moins d'aisance, ils sont tous parfaitement en confiance, sans crainte du jugement ni soucis de la performance. Des musiciens rythment cette jam session et réchauffent les cœurs, alors que les rires résonnent sous le tonnerre des talons et des doigts de pieds sur les lattes du plancher.

    Spectacle de danse lors du festival Quelque chose se réveille ce soir-là. Un rugissement de plaisir collectif, un cri de joie de vivre qui clôt en beauté la deuxième journée de Potlatch. Un festival de danse ? On aurait tout aussi bien pu parler de rencontres dansées ou de retrouvailles familiales. En amérindien, potlatch signifie "partage". Le terme est employé pour désigner une société basée sur le don et l'échange. Sur le papier, les participants avaient été prévenus, mais c'est désormais une certitude : il n'y a plus de mur entre les artistes et le public, il n'y a plus de frontière entre le handicap et la validité ; ne reste que l'échange et la volonté de participer à un organisme collectif et plein de vitalité.

    Annamaria, l'âme du festival

    Au milieu de cette réunion des corps aussi spontanée que désorganisée, un éclair passe, accompagné d'un froissement de robe gitane. Annamaria Fernandes, la chorégraphe à l'origine de ce Potlatch, est partout à la fois ; elle bondit comme si le sol lui brûlait les pieds et parcourt la piste en un battement de cils, insaisissable et pourtant omniprésente.

    La voilà qui danse avec une petite fille, qui fait tourner la tête d'un galant jeune homme l'instant d'après, avant de se rouler par terre, féline, pour amuser les plus jeunes. Sans sombrer dans la démonstration technique, elle aide simplement chaque danseur à se laisser aller, de la manière dont il le ressent. Annamaria Fernandes, ou plutôt Annamaria, comme elle préfère qu'on l'appelle, est l'âme du festival. Et elle le vit pleinement.

    Esprit d'équipe et répétition collective

    Danseuse chorégraphe depuis 1986 au Brésil, Anamaria est arrivée en France en 1994. Avec la compagnie Dana qu'elle a fondée en 2005, elle organise un travail de création autour de la danse auprès des publics en difficulté ou handicapés. C'est dans cette optique que Potlatch est né, afin de proposer trois jours de rencontres gratuites sur le thème de la danse. Au programme : spectacles chorégraphiques, débats, projections de documentaires et de films, mais aussi un festin à partager.

    Certaines chorégraphies font également participer des personnes atteintes de maladie mentale, comme l'autisme et la trisomie 21, tandis que les spectacles sont systématiquement traduits en langue des signes par une interprète LSF. Autre concept, étonnant : une séance d'audiodescription a également été présentée autour d'une performance chorégraphique de l'artiste Lilian Freitas Vilela. Potlatch témoigne d'une vraie intention d'accessibilité vis-à-vis des personnes handicapées, sans quoi sa notion de partage n'aurait pas de raison d'être.

    Ces trois jours de fête ont été chargés. Si les jam sessions se terminaient bien tard, il fallait se rendre sur le pont dès le début d'après-midi. Pour ranger, préparer la salle et la cuisine, tout le monde met la main à la pâte : qu'ils soient artistes, bénévoles, proches d'Anamaria, chargés de communication... ou même journalistes. Les rôles se confondent et se mélangent, des liens se tissent, la magie du potlatch opère.

    Pierre, un bénévole qui a encore les mains dans la tambouille, révèle les raisons de sa participation au festival : "J'avais entendu parler du travail d'Anamaria Fernandes auparavant, alors dès que j'ai appris qu'il y avait besoin de bras, j'ai foncé, et me voilà à la cuisine et aux entrées. Si je venais pour le concept au début, les spectacles de danse m'ont énormément dépaysé, ils sont vraiment de qualité. J'ai adoré la jam session, ça faisait plaisir de voir autant de gens aussi décomplexés pendant une danse !"

    Une autre vision du handicap

    Briser les barrières, tel est l'esprit du Potlatch. Mais le festival est aussi un appel lancé pour repenser le handicap autrement. Lucas, qui s'occupe de la communication du festival, explique cette démarche si particulière : "J'ai rencontré Anamaria l'année dernière, alors que je participais à un atelier de danse contemporaine. Je me rappelle tout particulièrement d'une séance de danse en lieu de soin qui a vraiment bouleversé ma vision du handicap. Selon la compagnie Dana, chaque personne porte en elle des difficultés, psychologiques ou physiques, des pathologies qui s'expriment de manière plus ou moins nette, et avec lesquelles il faut vivre. À partir de ce postulat, le but de la compagnie est de proposer, non pas une thérapie sur du long terme, mais plutôt un soutien bénéfique sur le moment. Ce moment, ça peut être de la danse ou un moment de création et de partage qui permet de reprendre contact avec son corps, de se détendre, et ainsi de s'échapper de cet état d'esprit quotidien."

     

    La démarche semble fonctionner auprès des principaux intéressés : "On oublie à quel point aujourd'hui la médiation culturelle est vitale pour les publics handicapés", déclare Patricia, aveugle depuis plusieurs années. "C'est un vecteur de sociabilisation important pour nous, et c'est pourquoi Potlatch est pertinent dans sa démarche. Il met tout le monde, public handicapé ou non, au même niveau, en permettant à tous de pouvoir comprendre le spectacle en direct, puis d'échanger sur son ressenti. Je me sens bien dans ce genre d'environnement, car les artistes sont des passeurs, ils permettent une sorte de voyage initiatique qui change notre regard sur les autres. Je suis très demandeuse de ce genre de démarches culturelles, surtout depuis je suis non-voyante. Et en fait, c'est même mon handicap qui m'a ouvert à l'art contemporain."

     

    Stéphanie, son accompagnatrice et amie, précise : "Quand on pense à un processus de médiation, on fait le plus souvent référence à des séances spécialisées pour un public handicapé (audiodescription, visites guidées tactiles), mais il serait plus pertinent de développer le principe des "séances mixtes" en intégrant les personnes handicapées au sein d'un public valide. Celles-ci ont vraiment quelque chose d'intéressant à apporter dans le processus de médiation, puisqu'elles ont souvent un autre ressenti sur les œuvres qui est très intéressant à partager en groupes..."

    La der des der

    Nous voici déjà à la fin du festival. Le soleil se couche alors que les participants se réunissent autour d'un dernier banquet et d'une dernière danse collective. Et cette fois, ce sont vraiment les derniers : il n'y aura pas d'autres éditions de Potlatch, puisque Anamaria a prévu de s'envoler loin du pluvieux climat breton pour soutenir de nouveaux projets chorégraphiques à l'autre bout du monde. Seuls resteront les idées et un état d'esprit, revendiqués tout au long du week-end par quelques centaines de personnes, et qui, peut-être, permettront d'ouvrir le dialogue à plus grande échelle.

     

    Les meilleurs moments du festival Potlatch

     

    Juliette Huard : la langue des signes, un langage du corps

    Juliette Hurard traductrice LSF

    Pendant les trois jours du festival Potlatch, ce sont peut-être ses mains qui se sont le plus trémoussées sur scène. Juliette Huard, traductrice en langue des signes française a permis aux personnes malentendantes de pouvoir suivre et comprendre tout ce qui a été échangé au cours du Potlatch. Une véritable prouesse chorégraphique qui s'intégrait parfaitement aux spectacles et aux débats. "J'ai toujours été fascinée par la langue des signes. Elle est à la fois expressive et esthétique, et en plus, elle oblige les personnes qui discutent à se regarder dans les yeux : cela lui donne un charme particulier. Même si elle est basée sur une grammaire fixe et des signes concrets, elle est plus créative et libre que les autres langues qu'on a l'habitude d'apprendre. Il ne suffit pas de connaître la langue pour être interprète, il faut également la pratiquer très régulièrement auprès de personnes malentendantes, puis l'adapter à sa propre logique. La langue des signes est un langage du corps qui sollicite les mains et les bras, mais aussi les expressions du visage."

    Juliette Huard travaille pour l'association Urapeda Bretagne et milite pour démocratiser la langue des signes dans le monde du travail. "Si les entreprises ont fait des efforts en interne pour apprendre à communiquer, à signer, auprès des personnes malentendantes, la démarche n'est pas encore complète. En fait, beaucoup d'entreprises oublient que les conversations informelles, les blagues et les potins échangés devant la machine à café sont tout aussi importants à traduire que les demandes officielles." De quoi rendre les pauses café plus chorégraphiques.

    Mathias Averty - Journaliste
    Mathias Averty - Journaliste

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    Commentaires  

     
    +2 #1 fernandes 16-03-2014 15:13
    Un grand merci pour ce bel et sensible article qui transmet l'âme de ces belles journées passés ensemble.
    au plaisir d'une nouvelle rencontre
    anamaria
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