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    Football : À la nantaise rêve d'actionnariat populaire

    Supporters Canaris à la Jonelière Supporters Canaris à la Jonelière - © Thibault Dumas

    Depuis six ans, l'association À la nantaise poursuit un rêve un peu fou : transformer les supporters des Canaris en actionnaires du FC Nantes. Forts d'une levée de fonds qui équivaut à 7 % du capital existant du club, ses 2 300 adhérents y croient dur comme fer. Ou quand l'économie sociale et solidaire se frotte au foot-business.

    35 ans de pratique du football, et autant, si ce n'est plus, de passion pour les Canaris. Accoudé au comptoir du bar La Perle qu'il dirige depuis un quart de siècle, Laurent Messager, 57 ans, disserte sur "l'esprit de la fête que l'on peut avoir quand on va voir un match de football".

    Dans son repère à militants de tous poils, où jeunes comme vieux se côtoient, il ne fait pas mystère de son soutien à l'association locale À la nantaise. Sa façon à lui, affectueuse, de défendre la "récréation footballistique".

    Du haut de ses 2 300 membres, dont "Lolo" le cafetier, À la nantaise s'autoproclame "plus importante association de Nantes". Un peu présomptueux si l’on pense aux bataillons d’adhérents de l'Accoord, de l'ALPAC ou de la FAL 44, mais son projet d'actionnariat populaire a le vent en poupe, c'est une certitude.

    Laurent Messager © Thibault Dumas

    Laurent Messager, 57 ans

    Membre de l'association À la nantaise, gérant du bar La Perle à Nantes

    (photo et son : © Thibault Dumas)

    À l'origine, une bande de copains un brin nostalgiques de l'époque glorieuse du "jeu à la nantaise" (voir encadré). "On voulait provoquer un élan populaire et fédérateur pour promouvoir ces valeurs sportives et extrasportives auxquelles on était attachés", resitue Florian Le Teuff, 38 ans, fondateur et indéboulonnable président de l'association depuis six ans.

    La permanence du supporter

    José Arribas, le père du jeu à la nantaise

    Le "jeu à la nantaise" a été initié par l’entraîneur José Arribas (1960-1976) et a permis au FC Nantes de devenir champion de France pour la première fois de son histoire en 1964. "C'est un jeu qui est basé sur le collectif, sur l'adresse et sur la structure, c'est-à-dire qu'on respecte une discipline de jeu qui permet de prendre du plaisir à jouer ensemble", précise Laurent Messager, le sourire aux lèvres. C'était à l'époque, au stade Marcel Saupin "la seule manière de jouer un match pour le gagner". À ses débuts, À la nantaise avait d'ailleurs lancé un "Pacte Arribas" en huit volets.

    Au fil des rencontres avec d'anciens joueurs de football, des universitaires, des chefs d'entreprises, des journalistes, ou des élus, la base bénévole grossit. L'idée de supporters-actionnaires va germer en seconde mi-temps. "Dans les adhésions, on voyait qu'il y avait des compétences. Tous autour d'une table, on s'est posé une question : maintenant qu'on fédère du monde, quel serait le meilleur moyen de détenir un levier au sein du club ? De là est née l'idée de monter un projet d'actionnariat populaire".

    Comment ça marche ? À la nantaise s'est dédoublée en une société par action simplifiée (SAS) en 2013 sur le principe "un homme égal une voix". Les supporters Jaune et Vert ont désormais l'opportunité de devenir actionnaires minoritaires potentiels du Football Club de Nantes (FCN). 350 d'entre eux, à ce jour, sont devenus des "Canaris en action". Comme Jean-Pierre Clavier, 53 ans, professeur d'université, par attachement à "l'idée d'un foot qu'on aime".

    Son constat mêle passion et sagacité. "Les joueurs, avant de venir, ils savaient placer la ville sur la carte ? Pas sûr. L’entraîneur, en fonction des résultats, ça va durer six mois, un, deux ou trois ans au mieux. L'actionnaire, il dirige tout depuis Paris. Qu'est ce qu'il y a de local [dans un club] ? Le stade et les supporters. Les supporters, c'est à vie".

    Jean-Pierre Clavier © Thibault Dumas

    Jean-Pierre Clavier, 53 ans

    Membre de l'association À la nantaise, professeur d'université

    (photo et son : © Thibault Dumas)

    Les 1,75 %, pour l'instant

    Grâce aux dons récoltés, d'un montant minimum de 100 €, voire 50 € pour les étudiants et demandeurs d'emploi, c'est l'équivalent de 7 % du capital de départ de la SASP FC Nantes (500 000 €, voir encadré) qu'ils détiennent. Virtuellement. Car, pour l'instant, les 35 000 € amassés par l'association dorment sur un compte bancaire. Les relations compliquées entretenues avec la direction du club – qui après sollicitation, "ne souhaite pas s’exprimer sur ce sujet" – ne facilitent pas la tâche non plus.

    La SASP FC Nantes

    Créée le 28 juillet 1992, la Société anonyme sportive professionnelle (SASP) FC Nantes dispose d’un capital de départ de 500 000 euros. À ne pas confondre avec le budget du club, qui avoisinera vraisemblablement les 45 millions d'euros pour la saison 2016-2017, ni avec le prix de rachat, qui sera négocié en cas de revente. À titre d'exemple, Waldemar Kita avait déboursé entre 8 et 10 millions d'euros en 2007. Précisons que c'est une association sportive à part entière, qui gère les équipes de jeunes jusqu'aux U13 ainsi que les féminines.

    Selon une étude réalisée par l'université de Nantes en 2014, 20 000 supporters du FCN se disaient prêts à participer à une levée de fonds effective. Aujourd'hui, moins de 2 % d'entre eux ont sauté le pas... Florian Le Teuff reste pourtant impassible : "Notre projet n'est qu'un pari, mais nous avons la conviction que c'est un pari que nous allons gagner".

    Le but de l'association n'est d'ailleurs pas de prendre place en tribune présidentielle à La Beaujoire mais "d'avoir un œil et une oreille dans les organes de décision du club, pour qu'on puisse non pas être décideur mais au moins participer aux débats qui rythment la vie du FC Nantes. Ce serait un gage de transparence et de bonne gouvernance". Aucune chance pour le supporter-actionnaire lambda d'avoir un quelconque retour sur investissement, "la beauté du geste" prime.

    Un désintéressement qui pourrait s'avérer... intéressant pour d'éventuels candidats au rachat – " tout est à acheter, tout est à vendre", disait déjà en 2011 le fantasque président Waldemar Kita, vendeur perpétuel. L'actionnariat populaire, gage de stabilité financière, augmenterait également l'attractivité des Canaris en termes d'image, selon ses promoteurs.

    Jean-Pierre Clavier abat ainsi sans hésiter la carte locale : "Avec un ancrage territorial, avec plusieurs acteurs régionaux, on parvient à construire quelque chose qui correspond à l'âme de la région. Il y a une logique économique territoriale beaucoup plus forte. Ensuite, ça permet aussi de tenir compte des préoccupations du territoire, des gens qui viennent, qui supportent, qui s'engagent". Manière aussi de décoller l'étiquette de doux rêveurs qui leur colle aux crampons.

    15 minutes à la FFF

    "Ce n'est certainement pas un projet utopique", se raidit Florian Le Teuff, lorgnant sur le modèle allemand qui fait la part belle à l'actionnariat populaire puisqu'il est encadré et même imposé par la loi. De nombreux pays européens ont déjà adopté ce mode de gouvernance (notamment l'Espagne, où les socios élisent le président du Real Madrid ou du FC Barcelone par exemple). Le modèle peine cependant à exister en France – aucun projet n'a abouti à ce jour – où le monde du foot "reste opaque, très conservateur, et ne prend pas le risque d'innover", juge celui qui est par ailleurs professeur de lettres.

    Florian Le Teuff © Thibault Dumas

    Florian Le Teuff, 38 ans

    Fondateur et président de l'association À la nantaise

    (photo et son : © Thibault Dumas)

    Le dialogue semble même être rompu avec les dirigeants du football français. Symptomatique, une rencontre récente entre Noël Le Graët (Fédération française de football), et le CNSF (Conseil national des supporters de football, dont À la nantaise fait partie) a duré... quinze minutes. "Le débat avec les supporters ne m'intéresse pas", aurait lancé le président de la FFF, en claquant la porte.

    Du côté politique, ÀLN se vante d'avoir le soutien des élus locaux nantais, du Parti socialiste à Les Républicains, en passant par les écologistes et le MoDem. Les liens avec le secrétaire d’État aux Sports, Thierry Braillard, sont prétendument "très étroits". Le 28 avril dernier a été adoptée à l'Assemblée nationale la "loi renforçant le dialogue avec les supporters et la lutte contre le hooliganisme". Certes, le rôle des supporters y est reconnu, mais la question de l'actionnariat populaire éludée.

    Que deviendront les (maigres) 35 000 euros récoltés par les "Canaris en action", en cas d'échec ? Le discours si bien rôdé de Florian Le Teuff devient alors évasif : "Ce sera aux adhérents de décider démocratiquement ce qu'on fait de l'argent". Manière de jouer les prolongations.

     

    En savoir plus : www.asso-alanantaise.com

     

     

    Thibault Dumas avec Noémie Boulanger

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