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    Handicap : à La Grillonnais, sur les chemins sinueux de l’autonomie

    À La Grillonnais, sur les chemins sinueux de l’autonomie À La Grillonnais, sur les chemins sinueux de l’autonomie

    Unique dans le Grand Ouest et peut-être même en France, La Grillonnais est à la fois un Institut d’éducation motrice (IEM) et de formation professionnelle (FP). Jeunes Ligériens, Bretons, Centrais ou Poitevins apprennent, avec leur handicap, à vivre en colocation, à utiliser des transports ou se former à un métier. En un mot, à devenir des citoyens autonomes.

    Ça piaffe, ça taquine, ça rigole. Dehors, un violet foncé tacheté de reflets orangés habille le ciel. Les cloches de l’église de Basse-Goulaine viennent de sonner à huit reprises. Pourtant, la cantine de La Grillonais est déjà chargée d’énergie. Regroupés sur quelques tables, les pensionnaires avalent leur petit déjeuner avant de filer vers leur chambre ou le foyer, très couru. Hocine Belouard, éducateur spécialisé expérimenté, a pris le relais du veilleur de nuit il y a une heure. "Chacun se réveille à son rythme, donc il faut être attentif à tout. Parfois, on aide juste à tartiner du pain".

    Qui connaît cet institut d’éducation motrice et de formation professionnelle (IEM-FP) aux 84 pensionnaires, niché entre Nantes et son vignoble ? Peu sont les élus qui en franchissent le portillon, hormis ceux de la mairie voisine. Les habitants du cru remarquent ces jeunes en fauteuil roulant, situent le lieu, mais ignorent largement ce qu’on y fait. D’où une belle affluence lors d'épisodiques portes ouvertes.

    Comment entrer à La Grillonnais

    Première étape, la demande. Elle peut émaner du jeune en situation de handicap moteur avec ou sans troubles associés, s'il est majeur, ou de la famille, du représentant légal, de l’établissement d’origine, de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Une visite des installations de La Grillonnais est organisée une fois le dossier constitué. Le candidat doit ensuite effectuer une demande de stage de pré admission de trois jours en internat. Enfin, après divers consultations, la direction se prononce sur l’admission définitive.

    "On accueille des gamins cassés par la vie. Je ne parle pas juste du handicap moteur, mais d’expériences souvent dures à l’école. On a donc un rôle de protection et une certaine réticence à s’ouvrir, même si ça change avec le temps", situe Dominique Pichaud, deux décennies à arpenter les couloirs de l'IEM-FP, aujourd’hui en tant que chargé de sa communication.

    Le château quasi centenaire de La Grillonnais comme le parc de trois hectares environnant ont longtemps appartenu à la Mutualité sociale agricole (MSA). Dans les années cinquante, l’Association des paralysés de France (APF) en devient locataire, moyennant un franc symbolique, avec la tâche d’en faire un établissement d’apprentissage. Cette histoire affleure toujours ici ou là : encadrement de porte, perspective végétale, croix en granite..

    "Dans les conditions du réel"

    Une construction en U, une autre en L, jouxtent à présent la bâtisse historique. Dans la seconde, de grandes serres remplies de plantes variées, suivies d’une enfilade de salles de cours ou d’ateliers. À 9 h démarre celui de construction mécanique (EPCM, voir encadré) avec Didier Bernard, éducateur technique spécialisé. Âgés de 16 à 22 ans, une dizaine d’apprenants enfilent chaussures de sécurité et bleus de travail. "Ils débutent sur des lignes de production simples, sur la base du titre d'agent de fabrication industrielle. L'idée c'est qu'ils soient dans les conditions du réel". Au programme notamment, le montage de 1500 masses à mettre en lots dans des bacs verts.

    Ce travail manuel couplé à de la comptabilité va à certains mais en rebutent d’autres. Kevin*, 16 ans, interne arrivé il y a quelques semaines, est aiguillé par Didier sur la fabrication d’une sorte de piston. "Tu veux faire des choses compliquées où il faut réfléchir avant d’agir ?", "Toujours !", répond du tac au tac ce jeune Manceau qui souhaite devenir armurier. Obstacle initial, le plan de montage en 2D, difficilement compréhensible avec une dyspraxie (troubles moteur et difficulté de repérage dans l’espace). Va pour l’utilisation d’une vidéo en 3D.

    "C’est difficile de travailler pour une personne valide, mais encore plus pour une personne handicapée. Il y a la fatigue, la concentration, l’accessibilité", observe un Kevin plein de maturité. L’énergie bienveillante de l’encadrement éducatif n’y est pas étrangère. Conserver l’équilibre précaire d’un groupe, où la sensibilité liée au handicap peut épisodiquement verser dans l’agressivité, demande une implication continue.

    D’interne à colocataire

    Didier a quitté le business d’un bureau d’études "qui n’avait pas de sens" pour devenir "éduc spé" il y a huit ans, "avec l’idée que tout le monde à le droit à sa place dans notre société". Mais comment ne pas céder à la tentation de faire à la place de ? Trouver la voie de l'autonomisation sans infantiliser ?

    Le mot "bientraitance", sortira une dizaine de fois de la barbe poivre-sel de ce grand trentenaire longiligne. "La maltraitance, ça n’existe quasiment plus, en tous cas il n’y en a pas ici. Aujourd’hui, on a tellement d’outils pour la bientraitance : la formation initiale, la compréhension du handicap par tous les prismes, la discussion permanente avec les collègues, l’intervention de psychologues internes ou externes".

    Au cœur du fonctionnement de La Grillonais, l’individualisation sous toutes les facettes du parcours de vie. Les soins médicaux sont prodigués au rez-de-chaussé de l’internat tout neuf, le bâtiment en U – à 9h55 Kevin y va par exemple pour une séance de kiné. 80 % des élèves logent sur place, dans différentes configurations de logements, classées de U1 à U4.

    Un pôle régional de formation

    Les Pays de la Loire comptent 12 établissements médicaux-sociaux pour déficients moteur financés par l’Assurance maladie. À titre de comparaison, la Bretagne en héberge cinq. À l’IEM-FP La Grillonnais, unique dans le Grand Ouest, les formations peuvent être qualifiantes, certifiantes ou diplômantes dans les domaines de l’horticulture, de l’industrie ou de l’administratif. Les apprenants, âgés de 16 à 25 ans, sont originaires des (ex) régions Pays de la Loire, Bretagne, Centre et Poitou-Charentes.

    Les autres sont demi-pensionnaires. Comme Miguel, 19 ans, qui termine sa formation EPCM, tout en habitant en colocation du côté de l’île de Nantes. Dynamique, parfois dispersé, ce Tourangeau d’origine retrace une scolarité difficile en milieu "normal" avec les séquelles d’un syndrome de mort subite du nourrisson, "j’aime pas l’école, il faut que je bouge, que je fasse du concret". Des aspérités qui ont d’abord rendu complexe la vie en communauté à l’institut. "Au bout de deux ans, j’ai fait un stage dans un appart au bout de la rue et ça c’est bien passé. Maintenant c’est la coloc où c’est bien mieux ! On n'a pas d’horaires, on peut rentrer bourrés… À condition d’être à l’heure et en forme en cours le lendemain !".

    18,5 % de chômage

    Une malice qui sous-entend l’enjeu du moment. Dans quelques semaines, Miguel débute un stage en conditionnement dans un ESAT (établissement et service d'aide par le travail, ex CAT) de Quimper (29). La liste d’attente est longue et il faut être âgé de 20 ans minimum pour travailler en milieu protégé. Légalement, la rémunération y est de 5,32 € à 10,64 €, additionné à l’allocation adulte handicapé (AAH). Les revenus mensuels atteignent tout juste le SMIC.

    "Au départ, c’est un lieu de transition, mais honnêtement ils en sortent peu. Car l’arrivée dans une entreprise classique peut s’avérer ultra violente. Ils sont alors confrontés à une autre ambiance, à d’autres générations, à l’obligation d’être rentable. C’est toujours une grande découverte dans laquelle ils mettent beaucoup d’espoir ou pas grand-chose", expose d’une voix calme, François Di Bernardo, chargé d’insertion à l’IEM-FP.

    Un rôle pivot, où il choisit les entreprises en fonction des envies de chacun (l’inverse ne fonctionnant pas) sans objectifs chiffrés de placement. Et ce malgré un taux de chômage de 18,6 %, soit 486 258 de demandeurs d’emploi handicapés, dont plus de la moitié de longue durée, fin mars 2016. "Ça n’aurait aucun sens, car ça biaiserait tout le boulot qu’on fait. L’important est de trouver un accompagnement adapté pour qu’ils soient le plus autonomes possibles dans leur vie ". Le passage du transport en taxi au train pour rentrer voir ses proches le week-end peut être tout aussi important.

    Aux fenêtres, la grisaille bouche toujours le panorama goulainais malgré l’heure avancée. Dans une salle, un groupe concentré passe un examen blanc du code de la route. Plus loin, dans un établi, deux jeunes et leur prof sont plongés dans la mécanique d’un motoculteur. Un peu plus haut, sur un banc, un couple se susurre des mots doux. Un monde comme un autre. Un monde à part, aussi. Le chevronné Dominique Pichaud en est bien conscient. "Quand les parents viennent ici pour la première fois, je commence souvent par leur dire "il faut préparer la sortie"..."

     

    * Le prénom a été modifié.

     

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    Thibault Dumas
    Thibault Dumas

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