Philippe Ranger, chargé d'affaires partenaire, NAHG

Hockey : les Corsaires brisent la glace

Philippe Ranger Philippe Ranger

À l'heure du réchauffement climatique, une vague de froid déferle sur l'Ouest. Brest qui retrouve Angers en Ligue Magnus, Cholet et Nantes qui montent ensemble en D1… En ce début de saison 2013 / 2014, le hockey sur glace tient une forme atlantique ! Du côté des Corsaires nantais, cela faisait quatre ans que le club bataillait pour retrouver ce haut niveau, grâce, entre autres, à Philippe Ranger, l'ancien gardien de but, passé président, et aujourd'hui chargé d'affaires partenaires au sein de l'association Nantes Atlantique Hockey Glace.

 

Trois victoires en trois matchs, premiers au classement fin septembre… visiblement les Corsaires avaient leur place en première division…

"Si on remonte le temps, en 2001, Nantes était une super belle équipe. Puis, suite à des soucis financiers, on a rétrogradé en D2. Jusqu'en 2009 où on s'est retrouvés tout en bas du classement. Il fallait absolument s'en sortir, offrir un nouveau visage aux Corsaires, redynamiser l'image du club, redonner de l'engouement au public. À cette époque, on avait 250 fidèles dans la patinoire et une quinzaine de partenaires. Aujourd'hui, la patinoire de 1 050 places assises est pleine à chaque match et une soixantaine de partenaires nous accompagne. Pour notre premier match de la saison, nous avons même gagné contre Lyon, club vice-champion de France avec un budget à 1 million d'euros."

 

Nantes, but du gardien

Philippe Ranger a 5 ans lorsqu'il découvre le hockey sur glace à Poitiers. "J'ai vite bifurqué vers le poste de gardien, car il est stratégique pour l'équipe. Sans parler de l'attirance pour l'équipement… et du fait que peu de jeunes voulaient s'y coller !"

Et c'est à 15 ans qu'il prend la route, ne sachant pas encore qu'elle sera longue : sports études à Anglet, sélection en équipe de France junior, départ à Gap, premier match en pro en janvier 1989 contre Bordeaux – "avec une victoire sur un gros score et de la bagarre" – aller-retour à Chicoutimi au Québec, 2e gardien à Rouen (pour seconder Petri Ylönen !), départ pour Angers, puis Caen, Brest – "Là j'ai joué en première division puis en Magnus. Mais mon vrai niveau reste la D1" – Lyon, Nantes (en 1996 et 1997), Poitiers – "Le club était en D3. À 26 ans, j'ai donc passé mon brevet d'entraîneur pour le faire remonter en D2" –, Corpus Christi au Texas en Western Professional Hockey League, Épinal, Dijon… "Et là, avec ma femme qui m'a toujours suivi, et pour nos enfants, on a décidé de ne plus bouger. L'Ouest nous plaisait et on a choisi Nantes, la ville qu'on avait préférée, attirante socialement et culturellement. J'ai donc retrouvé les Corsaires, qui évoluaient en D1. Je savais que ce serait mon dernier club". Il l'est toujours… de l'autre côté de la glace.

Pourquoi, par le passé, avoir troqué le maillot de gardien pour le costume de président ?

"Je suis resté gardien jusqu'en 2004 et j'ai tout coupé durant trois ans, à l'époque où la patinoire était aussi en travaux. J'ai alors travaillé dans la communication avant de me mettre à mon compte comme plaquiste électricien. Et tout m'a rattrapé en 2009 lorsque le président de l'époque m'a rappelé pour remplacer son gardien blessé. Je suis allé courir et le samedi d'après je rejouais. Ça devait être provisoire, le temps de cinq matchs, et j'ai fait toute la saison. Avant ce coup de fil, ça ne me manquait pas. Mais à la fin de la saison, je ne pouvais pas en rester là. Nantes est mon club de cœur. Je voulais faire avancer les choses. Je suis alors devenu président, ce à quoi je n'avais jamais songé. Et tout s'est ensuite construit avec Claude Devèze, arrivé comme joueur en 2010 et passé entraîneur. Il a fait progresser l'équipe grâce à son expérience et sa vision du hockey. La réussite, ça tient souvent à un binôme."

 

Quelles sont les contraintes d'une montée en D1 ?

"C'est le 2e niveau français, qui rassemble 14 clubs, soit 26 matchs hors play-off et Coupe de France. Autrement dit, que des gros matchs tous les samedis… sans droits TV malgré ce beau championnat ! Si bien que nos recettes proviennent exclusivement de la billetterie et des partenariats, auxquelles s'ajoute un peu de merchandising. Or, notre budget est cette année de 650 000 € contre 210 000 € en 2009, par exemple. Le gros poste reste bien sûr les joueurs. Cette année, nous avions besoin de recruter des joueurs d'impact que nous sommes allés chercher en France et à l'étranger. Résultat, notre équipe est à la fois française, canadienne, slovaque, tchèque, suédoise… avec des gars qui sont soit étudiants, soit salariés en temps partiel à côté. Pour ça aussi, nous avons besoin des partenaires…"

 

Maintenant que vous êtes en charge de ces partenariats, quels arguments mettez-vous en avant ?

"Les partenaires apprécient en général d'être associés à un sport un peu marginal, à Nantes, même si ça devrait l'être de moins en moins. Puis surtout, nous vendons son côté spectaculaire, le hockey sur glace étant le sport collectif le plus rapide qui soit… Avec un vrai état d'esprit forgé sur des valeurs de travail, d'humilité, de combativité et de respect de l'arbitre et de l'adversaire. En ce sens, il est assez proche du rugby et du hand. Enfin, il faut aussi réfuter l'image brutale habituellement véhiculée par le hockey. Quand on regarde les historiques de clubs, on s'aperçoit qu'il y a moins de blessés ici qu'au foot, par exemple."

 

Le hockey de haut niveau a-t-il une place à Nantes ?

"Aujourd'hui, le club a retrouvé de la visibilité, notamment dans les médias, et de l'attractivité. Mais il y a déjà huit sports de haut niveau à Nantes… dont ne fait pas partie la D1 de hockey, dans la mesure où l'élite évolue en Ligue Magnus. C'est pourquoi nos prix publics n'ont augmenté que de 1 € : on ne peut quand même pas aligner nos tarifs sur ceux du foot ou du hand.

Ceci dit, si tout le monde travaille bien, il y a de la place pour tous à Nantes, où les nouveaux habitants continuent de s'installer. Reste la question de l'équipement. Il est clair qu'aujourd'hui nous sommes en train de consolider nos bases – tout en restant à ce jour une association – pour viser le plus haut niveau, pourquoi pas dans quatre ans. Là où les budgets varient de 900 000 € à 2 millions d'euros ! Il faut donc que nous soyons prêts… ainsi que les élus. La ville est en effet sous-dimensionnée en termes d'infrastructures. Actuellement, la patinoire est partagée par cinq catégories d'utilisateurs, si bien que nous disposons de quatre entraînements d'une heure et quart par semaine. C'est déjà bien, mais nous serions preneurs de plus."


Et comment expliquez-vous les belles performances actuelles des clubs de l'Ouest, dans ce sport qui est longtemps resté ancré de l'autre côté de la France ?

"Depuis dix ans en Ligue Magnus, Angers reste le club n°1 de l'Ouest. Malgré trois finales disputées, il court toujours après le titre suprême. Peut-être que la nouvelle patinoire attendue prochainement sera le déclic… et donnera des idées à Nantes ;-). En Bretagne, Brest vient de le rejoindre, devenant ainsi le seul club de haut niveau de la ville. Quant à Cholet et Nantes, nous sommes montés ensemble : une récompense qui reflète bien la structuration de nos deux clubs, même si nos modèles sont différents. En fait, tout dépend des gens qui les composent et de la volonté des dirigeants. Pour que ça marche, je crois qu'il faut deux ingrédients : l'expérience d'anciens joueurs et une âme de chef d'entreprise au niveau de la direction. Comme à Brest et à Cholet, Hubert Dogemont, le président nantais, est ainsi un ancien Corsaire, tandis que le vice-président, Yoann Joubert, est aussi le PDG de la société Réalités. Là encore, une histoire de binôme !"

 

Pour aller plus loin :

- www.nahg.fr

- Facebook (équipe première)

- Facebook (club)

- Twitter

Olivier Retail - Journaliste et rédaction en chef
Olivier Retail - Journaliste et rédaction en chef

Voir tous ses articles
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
Partager cet article :

Dans la même rubrique :

Vous n'avez pas le droit de laisser un commentaire ! Veuillez vous connecter ou vous abonner si vous n'avez pas encore de compte...