Actualités : inscription à la newsletter de Terri(s)toires

Recherche

Les ebooks à la Une


Folles journées
Folles journées Après Nantes voyage, les Romanciers Nantais ont réalisé un nouveau recueil en partenariat avec un événement phare de la…


Le FC Lorient
Le FC Lorient Troisième club professionnel breton, le FC Lorient est une valeur sûre du football français. De la première saison au…


C'était Ginette
C'était Ginette Première femme députée du Maine-et-Loire, comme l'indique le sous-titre du livre qui lui est dédié, Ginette Leroux était une…




  • Les feuilletons à la Une


    C'est vous qui le dites
    C'est vous qui le dites Puisqu'on vous le dit ! Cet espace vous est en effet réservé, sous réserve de prendre vous-mêmes la parole. Un point de vue à partager, un nouveau…


    Dans la roue d'Europ'raid
    Dans la roue d'Europ'raid La journaliste Delphine Blanchard embarque à bord d'une Peugeot 205 qui participe à l'édition 2017 d'Europ'raid. En 23 jours, elle va traverser 20 pays et parcourir plus…


    Chomlaik
    Chomlaik Marion Gommard-Jouan est partie à la rencontre "des artistes qui donnent à voir le monde". Au fil des histoires glanées sur plusieurs continents, et notamment à chaque…




  • Comment vont les fourmis ?

    -

    Écoutez l'émission de Jet FM sur l'économie sociale et solidaire (27 janvier 2017) :

     

    -

    Nos partenaires

    

    Une île, un jour

    Hoëdic, le joli petit canard

    L'île d'Hoëdic L'île d'Hoëdic

    En 2012, j'ai posé les pieds pour la première fois sur l'île d'Hoëdic, avec trois amis, et néanmoins collègues, en vue d'un projet de reportage transmedia. En attendant que celui-ci prenne vie, voici déjà, couchés par écrit, les moments et rencontres qui ont ouvert ce carnet de voyage inachevé…

    Samedi 23 juin 2012, 9 h 30. Le Melvan quitte le port de Quiberon. Sous le soleil, l'océan étale son calme bleu-vert. Pour ceux qui sont habitués à l'intimité de Molène ou de Sein, voire à l'éloignement d'Yeu ou d'Ouessant, Belle-Île, à portée de bras sur tribord, a des allures de continent. À babord, l'entrée du golfe du Morbihan se cache dans les brumes matinales, même s'il suffit de remonter la procession des voiles blanches pour la deviner. En longeant la terre des yeux vers le sud, c'est l'inconnu. Peut-être la pointe de Piriac…

     

    Le maire d'Hoëdic – et non Hédic ou Houédic, sous peine de passer pour un touriste… même si "les Nantais ne sont pas des touristes ici", selon Blandine croisée plus tard – est à bord. Campé sur la cale pendant l'embarquement, il est déjà chez lui en mer, polaire sur le dos, cheveux grisonnants, visage buriné sous ses yeux clairs, à part parmi la foule. Sur le pont supérieur arrière, en revanche, ça s'anime. Ils sont une vingtaine, en couples, à venir fêter les 50 ans de Claudette à Houat. Et qui dit Claudette, dit forcément… Cette année-là, Alexandrie, Le lundi au soleil sur le radio-cassette embarqué pour l'occasion, pendant que les perruques et les chemises flashy remplacent les fringues de ville.

     

     

    Après avoir jeté un œil sur l'Île aux Chevaux, c'est Houat qui déroule tranquillement son charme. Une petite maison blanche agrippée à la falaise, au-dessus d'une petite plage au fond de la crique ; puis une seconde. Une fois passé le phare du port Saint-Gildas, flanqué de sa sainte-vierge en granit, le Melvan glisse entre les voiliers et les bateaux de pêche vers le quai. Claudette est là, et c'est tous les passagers qui entonnent un Joyeux anniversaire. Sur le pont, tandis que le flot des voyageurs s'étire sur la cale, la grue débarque son chargement de fret, sous l'œil d'un jack Russell attentif. Bonne nouvelle : ce soir c'est la fête de la musique à Houat. Un bateau sera spécialement affrété par le conseil général du Morbihan pour les musiciens, chanteuses et habitants d'Hoëdic.

     

     

    La dernière île enfin se laisse approcher. La pointe du Vieux Château, qui allonge son dos vert dans la mer, joue son air irlandais. Il y a nettement moins de monde à bord. En approchant du petit port d'Argol, l'église Notre-Dame de la Blanche, près de l'ancien sémaphore, dresse sa girouette en forme de poisson vers le ciel, veillant à la fois sur les marins partant en mer et les habitants du village, nichée en haut des dunes couvertes de fleurs bleues et violettes. À gauche, près du grand bosquet de sapins, le camping est désert, son herbe fraîchement coupée. Seules une ou deux caravanes le surplombent, ainsi qu'une yourte un peu à part.

    Le café du Nord, la Trinquette, l'épicerie, la boulangerie… la place du village s'ouvre sur la mer, invitant à se glisser dans les ruelles aux petites maisons blanches, serrées les unes contre les autres, avec leurs volets bleus, verts, jaunes. Dans les cours, des roses trémières laissent éclater leurs teintes roses et rouges. Franchir le pas de la maison ressemble à un voyage dans le temps. Faite de pierres et de bois, avec ses meubles sculptés et cirés, l'impression d'austérité, dans le peu de lumière que laissent passer les ouvertures, se mêle étrangement à l'invitation chaleureuse des lieux. Sous la douche, à travers les petits carreaux embués, la vue sur le port, les dunes et l'océan est un plaisir simple.

     

     

    Mais ce n'est qu'en terrasse du Repos que le déclic se fait. Le silence est soudain assourdissant, amplifiant les trilles des oiseaux dans l'arbre et les cris des enfants accrochés à la balançoire. Aucun bruit de moteur. Il n'y a en effet que trois ou quatre véhicules sur l'île : une voiture pour les urgences médicales, le camion des espaces verts et un ou deux tracteurs. D'ici, on distingue également le fort, couché dans les dunes. En repartant vers la Trinquette, Marcelle, vieille dame charmante, tente un shoot dans le ballon violet que le gamin a laissé filer. En souriant, elle se demande si elle aurait ses chances dans l'équipe de France qui affronte ce soir l'Espagne en quart de finale de la Coupe d'Europe, sous le regard interrogateur d'un bull terrier marron et blanc.

    Véro, la serveuse de la Trinquette, est quant à elle sur le pied de guerre : ce soir, à Houat, elle sera à nouveau la chanteuse des Meules Meules, groupe local dont le succès s'affiche jusque sur les t-shirts de certaines groupies. D'un pas plus tranquille, Marc Allanic remonte du port, traînant, comme tous les Hoëdicais, sa charrette à bras. Pas grand-chose dans les casiers, "juste un petit homard, mais ça faisait trois jours que je n'y étais pas allé. Si t'y es pas tous les jours, les crabes ressortent". Il est l'ancien maire de l'île, celui qui a siégé là de 1989 à 1995, celui surtout qui a viré le curé de son poste de secrétaire de mairie.

     

     

    "Avant, les maires laissaient faire. Ça a duré pendant plus d'un siècle. Résultat, c'était les curés, en tant que recteurs, qui dirigeaient tout. Faut dire que comme dans tous les villages, il n'y avait que trois personnes importantes : le curé, le maire et l'instituteur. Tous ceux qui avaient de l'instruction. Sauf que moi, lorsque j'ai été élu – alors que j'avais voté pour mon frère ! –, j'en ai eu marre qu'il ne fasse pas son boulot. C'était à moi d'aller chercher le courrier et tout et tout, alors que lui n'en foutait pas une. Je lui ai donc donné un ultimatum… et il n'a jamais repris son poste. Du coup, je me suis fait engueuler par le maire d'Houat, comme quoi j'avais viré le curé. Si bien que l'Évêché de Vannes a aussi fait revenir son curé d'Houat avant de nous envoyer le "cow-boy", un seul curé pour les deux îles qui a fait la navette avec sa vedette pendant quelques années."



    La terrasse de la Trinquette affiche complet, touristes et habitants se partageant le soleil de ce vrai premier jour d'été. Blandine à son coin de table. Elle est l'occupante de la yourte aperçue plus tôt. Il y a deux ans, elle a fait le choix de changer de vie, ayant déjà quitté la baie du Mont Saint-Michel où son mari, entre deux escapades à Hoëdic, est toujours œstréiculteur, pour vivre ainsi, près de ses moutons et béliers. Après avoir rempli ses bonbonnes d'eau sur le chemin, elle ouvre le toit de sa yourte – ou plutôt de sa gher, la yourte étant l'emplacement pour dresser l'habitation – pour laisser entrer l'air. L'intérieur est une malle aux trésors. Se mêlant aux odeurs de bougie, la lumière qui filtre à travers les lucarnes et la toile diffuse une ambiance jaune orangée qui se pose sur les tapis, les coussins, le lit, les colliers et pendentifs et les fringues accrochées aux armatures décorées de motifs mongols oranges et bleus.

     

     

     

    Pas d'électricité, pas d'eau courante, pas de téléphone (le portable offert par sa fille et sa petite-fille est resté dans sa boîte), Blandine vit au rythme de la laine qu'elle carde et transforme en pompons (qu'elle vend et aime offrir aux gens qui lui plaisent), de ses haïkus – qu'elle a exposés aux yeux des passants lors du Printemps des Poètes, et des hivers, voire des tempêtes, qui l'obligent à chercher l'abri d'une maison. La vie dans une île n'est pas toujours facile, qu'il s'agisse du temps ou des relations avec les autres, mais sur le pas de sa porte il était écrit ce jour-là : "fends le cœur d'un homme et tu y trouveras le soleil".

     

    Le repas improvisé devant la yourte tourne autour de l'île : la Trinquette qui est "du solide", car seul café ouvert l'hiver où l'on peut même fumer près de la cheminée, l'élection de François Hollande quand elle a couru annoncer la nouvelle à ses "fiiiiillllles !!!" broutant l'herbe dans le champ d'à côté ; les bonnes sœurs qui autrefois peuplaient l'île, l'ancien curé qui était aussi médecin, la charte d'Hoëdic qui interdisait aux jeunes filles de quitter l'île avant 21 ans, et les relations avec Houat toute proche et pourtant si loin. "Les gens des deux îles ne se voient que lors des enterrements de marins ou le 15 août pour la bénédiction en mer. Avant la fête de la musique, certains anciens n'étaient même jamais allés sur l'autre l'île. Seuls les jeunes se connaissent, dans la mesure où le collège est là-bas." [Lire notre article Les "Années collège" sur les îles du Ponant]

    Houat, le "canard", en breton, serait-il jaloux de son "caneton", Edig, qui contrairement à la fable n'a pas attendu de grandir pour devenir joli… comme en témoigne cette virée à la pointe du Vieux Château ?

     

     

    À suivre ?…

     

    Si par hasard, vous avez, vous aussi, des territoires de l'Ouest à nous faire découvrir sous la forme d'un carnet de voyage, n'hésitez pas à nous les faire parvenir !

     

     

    Retrouvez quelques images de cette escapade au fil de ces 3 galeries :

     

     

     

    Île d'Houat :

    Err :

     

     

     

    Île d'Hoëdic :

    Err :

     

     

     

    Îles en vue :

    Err :

     

    Olivier Retail - Journaliste et rédaction en chef
    Olivier Retail - Journaliste et rédaction en chef

    Voir tous ses articles
    Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
    Partager cet article :

    Dans la même rubrique :

    Vous n'avez pas le droit de laisser un commentaire ! Veuillez vous connecter ou vous abonner si vous n'avez pas encore de compte...