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    Migrants et militants, ép. 2

    Immigration : la chance qui ne sourit pas

    Le CRA de Rennes Le CRA de Rennes

    Sans-papiers. Voilà comment on appelle ceux qui sont retenus ici, au Centre de rétention administrative de Rennes. Armelle, accompagnée d'une autre bénévole de la Cimade, rend visite à l'un d'entre eux, un Tunisien qui a tenté sa chance en France. Sous couvert d'anonymat, le jeune homme raconte son arrestation, sa vie au centre de rétention, ses désillusions. Armelle a une demi-heure montre en main pour recueillir son témoignage. Découvrez le deuxième épisode du feuilleton "Migrants et militants" sur Terri(s)toires, avec ce texte également diffusé sur Jet fm dans "Capsules de rétention".

    27 novembre 2013

    Découvrez la capsule sonore diffusée sur Jet fm :

    Première visite depuis 25 jours. Il débarque, longue silhouette dubitative dans l'encadrement de la porte. Il est très jeune, pas très épais, les yeux ensommeillés, un sourire hésitant qui ne peut s'empêcher d'être charmeur. Le policier qui l'a amené jusqu'à nous a déjà tourné les talons. Nous avons une demi-heure.

    Une demi-heure où va se tisser, l'air de rien, un improbable échange autour de détails anodins, de regards qui s'apprivoisent et tout doucement se rassurent, de silences chargés de doutes, de colère contenue, d'interrogations surgies entre les paroles. Pas facile de trouver les mots quand l'instant est à saisir et qu'on n'est pas tout à fait sûr des personnes qu'on a devant soi.

    Il n'est plus sûr de rien. Pas de chance. Seulement 4 mois qu'il est en France. Il ne connaît personne ici. Personne à qui téléphoner pour leur dire qu'il est là. Sa mère, en Tunisie, il l'a appelée pour lui expliquer. Oui, le centre de rétention, à cause des papiers. Elle a compris. Mais comment expliquer au téléphone ce qui se joue ici ?

     

    Chaque après-midi, après le repas, il est pris d'une incompréhensible envie de dormir. Qu'est-ce qu'ils mettent dans ma nourriture ? Ici, on ne fait confiance à personne. Ceux qui nous proposent de nous aider travaillent avec la police, c'est clair. Ici, il ne faut rien dire à personne.

    Il a commencé par nous parler de son compagnon de chambre, un Tunisien comme lui. Ici, presque tout le monde est tunisien. À part ceux avec qui on n'arrive pas à parler, ceux qui ne comprennent rien. Pour eux, ce doit être encore pire. N'empêche, il y a sans arrêt des bagarres, des histoires pour un oui ou pour un non. Personne ne sait ce qui va lui arriver dans les jours qui viennent, et tout le monde est sur les nerfs. On part ? On reste ? On sort ? On va où?

    Son voisin de chambre est couvert de boutons depuis quelques jours. Il n'arrête pas de se gratter. Ça fait peine à voir. Ça fait peur aussi.

     

    Il parle d'une voix douce, mot à mot, il nous regarde l'une et l'autre, tour à tour. Il s'excuse pour son français. Il n'est en France que depuis 4 mois, et il ne lui reste plus grand-chose du français de l'école. D'ailleurs, il a laissé tomber les études juste avant de finir et maintenant, c'est trop tard pour les reprendre. Pas à son âge. Il n'a pas eu de chance.

    Il nous raconte sa famille comme une histoire compliquée. En gros, il n'a plus personne vers qui se tourner au bled, depuis la mort de son grand-père qui l'a élevé. Il ne voit plus ses parents depuis bien longtemps. La France, c'était une page blanche qu'il rêvait de commencer à écrire. Pas de chance.

    Quand il s'est fait prendre, les autres ont réussi à s'échapper. Tant mieux pour eux. Un contrôle sans raison particulière, une belle débandade, c'est allé tellement vite qu'il n'arrive pas à mettre de l'ordre dans tout ça. Pourquoi lui, alors qu'on laissait filer ses potes?

     

    Il a compris qu'en France, puisqu'on n'avait le droit ni de travailler, ni d'étudier, ni de demander des papiers, ni de circuler sans papiers, il ne restait plus qu'à tomber amoureux. Et tomber amoureux en 4 mois, pour lui, c'était une chose impensable. Tu es amoureuse, toi ? Il regarde la jeune visiteuse avec qui il vient de troquer quelques mots d'arabe contre quelques mots de russe. C'est drôle comme le monde sait se mélanger, qu'on le veuille ou non. Au bled, on croisait des Russes qui travaillaient là. On finissait par attraper des bribes de phrases.

     

    Les mots qu'il prononce envoient comme une bouffée d'air libre dans le tout petit carré blanc où nous sommes assis tous les trois, cernés par tous ces murs, ces couloirs où les bruits rebondissent, les yeux braqués des caméras, les cours à miradors, bardées de grillages sur grillages sur grillages dont la géométrie superposée vous masque presque la lumière et vous donne le vertige. La lumière passe à peine, mais le cœur du monde globalisé, riche de toutes ses nuances, de ses mouvements, de ses révoltes, de ses rêves, même fracassés, bat ici comme ailleurs. Impossible de faire taire le sang qui frappe aux parois de ce grand corps carcéral posé à l'écart de la ville.

    Il a hoché la tête quand nous lui avons expliqué pourquoi nous étions là. Il a remercié plusieurs fois, chaleureusement. Il n'a rien demandé de nous. Juste de répondre à ses questions, sans détours, et de temps en temps, de meubler le silence. Le silence lui pèse depuis qu'il est ici. Il n'y a rien à faire de toute la journée, à part manger, dormir, trop dormir, s'inquiéter, éviter les bagarres, se méfier de tout le monde.

     

    Impossible de faire des projets pour l'avenir quand l'avenir est suspendu à des décisions qui vous échappent. Il ne veut pas penser au bled. Il n'a pas prévu d'y retourner. D'ailleurs, les policiers qui l'ont conduit aux ambassades, deux ambassades pour le cas où, lui ont dit que le Maroc ne ferait pas de difficultés pour le reprendre et qu'il allait bientôt rentrer à la maison. C'est à n'y rien comprendre. Il est Tunisien depuis le début et n'a jamais essayé de faire croire le contraire.

    Il n'a pas non plus prévu de retourner à l'autre bout de la Bretagne, là où il s'est fait prendre. Personne ne l'attend, là-bas non plus. On verra bien...

    Quatre mois qu'il est en France. La page reste à écrire. Tout est encore possible si la chance veut bien tourner. Pourquoi serait-ce toujours les mêmes qui s'en tirent ?

    Le policier de tout à l'heure, ou un autre, est revenu le chercher. Il nous a laissées une heure avec lui.

     

    Armelle Ono , bénévole de la Cimade depuis un an

    Portrait d'Armelle Ono Née l'année où a été érigé le mur de Berlin, Armelle ne rêve que d'une chose : en faire tomber d'autres. Avant de s'engager auprès de la Cimade dès son arrivée à Nantes, début 2013, elle était déjà bénévole en rétention, au Luxembourg, pour un collectif d'ONG. Là où elle est née, à Gourin, dans le centre de la Bretagne, il fut un temps où tout le monde s'est mis à émigrer de l'autre côté de l'océan. Les gens partaient à la poursuite d'un rêve : "Ils étaient courageux, imaginatifs, résistants, plein d'espoirs. La seule frontière qu'ils connaissaient, c'était l'horizon". Pour elle, "c'est comme ça que le monde se construit et s'élargit... c'est le seul vrai remède à la peur et à l'ennui".


    La Cimade, une association solidaire et active


    Cimade

    Militante et politique, la Cimade est une association nationale qui regroupe aujourd’hui 2 500 bénévoles actifs. Née en 1939 à l’initiative de jeunes protestants, l’association vient en aide aux personnes déplacées dans des camps français de transit où réfugiés et opposants politiques étaient concentrés. Les conditions de vie y sont très dures et la mortalité importante. Réfugiés espagnols, habitants d’Alsace-Lorraine et populations juives, sont passés par ces camps effacés de l’histoire. "Depuis, la Cimade a poursuivi sa mission de solidarité internationale en œuvrant pour l’amitié franco-allemande et en soutien aux peuples décolonisés" poursuit la responsable régionale.

    En 1984, une convention est passée entre l’État et la Cimade lors de la création des premiers Centres de rétention administrative (CRA) "alors présentés comme un progrès par le socialiste Pierre Joxe", souligne Maud Steuperaert. L’association a d’abord pour mission d’apporter une aide matérielle aux étrangers enfermés dans ces centres. Représentante de la société civile dans ces lieux d'enfermement, elle sert également de garde-fou contre les dérives policières. Avec la complexification des lois relatives aux étrangers, la Cimade apporte également un soutien juridique aux étrangers dans l’exercice effectif de leurs droits. Quant aux témoignages, ils ont toujours été au centre des actions de l’association. Aussi réalisés par des salariés en rétention*, ils sont aujourd'hui effectués par des citoyens soucieux de mettre par écrit cette réalité sordide.

    *Chroniques de rétention, chez Actes Sud

     

     

    Voir tous les épisodes du feuilleton Migrants et militants

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