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    Jacqueline, dans le ventre de la prison de Fontenay-le-Comte

    Jacqueline est technicienne de cuisine à la maison d’arrêt depuis 3 ans. Jacqueline est technicienne de cuisine à la maison d’arrêt depuis 3 ans.

    Elle était claustrophobe, la voici cuisinière derrière les barreaux de la maison d’arrêt de Fontenay-le-Comte. Sous ses ordres, trois détenus travaillent aux fourneaux pour sortir 160 repas par jour.

    À quelques pas et des années-lumière du cœur de ville, la maison d’arrêt de Fontenay-le-Comte ressasse sa mélodie en sous-sol. Ici la radio crache toute la journée, Julien et Nicolas ne comptent plus les lavages de friteuse et Jacqueline s’affaire en essayant d’oublier qu’elle est "en détention". "Je suis arrivée ici un lundi après avoir eu une longue discussion avec le chef d’établissement", se souvient Jacqueline. "Le lendemain, un détenu que j’employais s’est vu refuser sa demande de mise en liberté surveillée et il a pété un câble en cuisine. Il a été déclassé puis transféré." Le trouillomètre s’est affolé, mais Jacqueline n’a pas fléchi. Impossible de lâcher. "C’est arrivé une fois."

    Femme dans une cuisine Quelques mètres carrés

    À son arrivée, trois détenus auxiliaires de cuisine lui présentent l‘environnement de travail sur quelques mètres carrés : une partie pour la préparation des repas chauds, une partie pour le froid, le coin à plonge et l’armoire à couteaux. "Enfermés à double tour, ils sont comptés trois fois par jour. Mais je n’ai jamais eu de problème de comportement." Midi et soir, les auxiliaires réalisent 160 repas par jour sous les ordres de Jacqueline, sur quelques mètres carrés. "Je suis claustrophobe, mais je fais avec ! Et puis je peux sortir quand je veux, sauf s’il y a danger pour ma sécurité. Quand j’ai vu cette offre à Pôle Emploi, paradoxalement ça m’a plu. Après avoir travaillé en école et en maison de retraite, se retrouver ici est pour moi un challenge, l’occasion de découvrir un univers."

    "3 € par jour pour un détenu"

    Cuisinière devant un tableau Trois ans, maintenant, que Jacqueline est technicienne de cuisine à la maison d’arrêt de Fontenay-le-Comte, l’une des plus peuplées de France. Avec, depuis trois ans, le même budget pour les repas. "3 € à 3 € 50 par jour, alors que le prix des denrées, lui, augmente." C’est le règne de l’alimentation en boîte : hachis-parmentier, lasagnes... "Beaucoup de choses arrivent toutes prêtes. J’aimerais apprendre aux auxiliaires à lever des filets de poisson, mais ce n’est pas autorisé." Les produits frais sont livrés chaque semaine et les menus réalisés cinq semaines à l’avance. "On compose avec les régimes spéciaux : sans porc, intolérances, allergies…Et puis il y a les exigences : les détenus réclament des frites, des pâtes, mais ne veulent plus manger de foie de bœuf. Je peux avoir jusqu’à vingt refus et ça génère du bazar… Alors parfois, on est obligés de céder un petit peu. D’autant plus en situation de surpopulation. On sait bien que si la bouffe est bonne, le calme règne." Le surnombre a un autre impact direct sur la cuisine : "on n’est pas équipé pour recevoir beaucoup de marchandises. Ce problème de conditionnement m’amène à commander plus souvent et à servir plus de plats en boîte."

    "Faire passer le temps"

    Deux détenus font de la cuisine Julien*, 29 ans, est auxiliaire de cuisine depuis janvier 2013. "J’ai une première année de BEP cuisine, travailler ici, ça fait passer le temps". De son côté, Nicolas*, 22 ans, a intégré la cuisine il y a huit mois après avoir fait la distribution des plateaux, et le ménage dans les bureaux administratifs. "La cuisine, c’est mon métier. J’ai un contrat en CDI qui m’attend à l’extérieur. Dès que je sors, j’y retourne." Tous deux s’affairent à la préparation d’un flan pâtissier aux fruits. "Le temps passe plus vite en travaillant. On n’est pas toute la journée dans la cellule. Et puis ça permet d’améliorer le quotidien."

    Pour 35 h par semaine encadrées par un contrat de travail, ils gagnent 280 et 380 € par mois. "Le travail donne un autre sens à leur détention", ajoute Jacqueline. "Ça peut donner une idée de formation ou de réinsertion." Et tout le monde ne peut pas y prétendre. À la maison d’arrêt, une vingtaine de détenus travaillent, après avoir été sélectionnés de façon rigoureuse, notamment sur la propreté. Travailler

    en prison présente un autre avantage. "Quand le travail se passe bien, ça peut aider à une libération anticipée. Sur sept mois de détention, un mois peut ainsi être supprimé", glisse Nicolas.

     

    À 18 h, silence radio. Les plateaux métalliques montent dans les cellules, Jacqueline débauche, Julien et Nicolas remontent dans leur cellule de 9 m², sans plateau. En tant qu’auxiliaires, ils ont droit aux plats servis dans des boîtes. "Ça ressemble déjà plus aux plats maison, c’est un petit avantage qui compte." Demain, encore au sous-sol, la mélodie réchauffera les ventres de la bête fontenaisienne.

    * Prénoms d’emprunt.

     

     

     

     


     

    Entrée de la maison d'arrêt de Fontenay-le-Comte

    À Fontenay-le-Comte, 35 places et 81 détenus

     

    La maison d’arrêt de Fontenay-le-Comte accueille 81 détenus purgeant pour la plupart des peines inférieures à deux ans. Conçue pour 35 prisonniers, elle compte parmi les maisons d’arrêt les plus peuplées de France avec un taux d’occupation record de 223 %, à raison de trois à cinq détenus par cellule de 9 à 12 m². Frédéric Toussaint, chef par intérim de l’établissement, navigue à vue : "depuis la suspension du projet d’un nouvel établissement à Fontenay-le-Comte, je ne sais pas vers quoi on va. Et les besoins de travaux s’accumulent : installer des détecteurs d’incendie devant chaque cellule, automatiser l’évacuation d’air au niveau du toit... On a déjà été pointés du doigt pour la remise aux normes incendie, et la dernière visite de contrôle a émis un avis négatif. Une nouvelle visite aura lieu à la fin de l’année, mais ce ne sera pas bon. De toute façon, ils ne peuvent pas nous mettre dehors !"


    Annie Rapin - Journaliste
    Annie Rapin - Journaliste

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