Vous êtes ici :

Accueil Société Jacques Archambaud, marin de la terre

Gens de mer - ép. 6

Jacques Archambaud, marin de la terre

Jacques Archambaud en mer Il devait être notaire… Mais aux actes authentiques, Jacques Archambaud a préféré l'authenticité des gens de mer ! Directeur de Port Olona,  le port de plaisance des Sables d'Olonne, pendant 32 ans, Jacques a fait partie de ceux qui ont accompagné son évolution. Et au-delà, celle d'une ville à laquelle il est éperdument attaché. Souvenirs...

"Je devais partir en retraite le 1er mars 2010… Mais, la nuit du 27 au 28 février, Xynthia en a décidé autrement." Si la tempête n'a pas eu aux Sables les conséquences dramatiques qu'a connues le Sud Vendée, tout le monde se souvient des dégâts causés ici : front de mer soufflé, route côtière en partie avalée, port dévasté… Appelé au cœur de la nuit par le personnel d'astreinte du port, Jacques ne peut que constater l'ampleur de la tempête. Et surtout cette incroyable montée du niveau de la mer. "Je savais qu'une famille, en partance pour un tour du monde, vivait sur son voilier de 12 m. On s'est assurés que personne n'était à bord. Pour le reste, il n'y avait pas grand-chose à faire.  J'étais encore sur les quais en train de scruter ce que je pouvais voir à travers les embruns, quand je me suis aperçu que la moitié des pontons et des bateaux avait disparu. Engloutis. Là, je me suis dit que c'était la guerre ! " Une impression vite relativisée au matin en apprenant la tragédie qui avait frappé les communes de La Tranche et de la Faute… " Nos dégâts n'étaient que matériels... " Le port Olona le lendemain de la tempête Xynthia port Olona, lendemain de Xynthia

En solide capitaine, Jacques décide de ne pas abandonner le navire au cœur de la tourmente. Il s'agit cette fois de faire face à un océan de dossiers administratifs. D'abord gérer l'urgence pour être prêt à accueillir  les plaisanciers l'été suivant. Mais aussi tirer les enseignements de ce méchant coup de tabac. C'est ainsi qu'il sera décidé d'allonger les 85 pieux qui soutiennent les pontons de ce port de 1 500 places. Un gros chantier qui vient de s'achever en fin d'année. La page Xynthia est enfin refermée.

La Chnoue pour terrain de jeu

Jacques, lui, a quitté ses fonctions en septembre dernier. Un départ fêté par ses 15 "équipiers", mais aussi par l'ensemble de la communauté maritime après 32 ans passés à la barre de Port-Olona. Et pourtant, rien ne le prédestinait à une telle carrière. "Avec une maîtrise de droit privé, option notariat, j'aurais dû passer mon existence entre les murs d'une étude. Or, non seulement je ne savais pas taper à la machine, ce qui était à l'époque essentiel pour intégrer ce métier, mais surtout je ne me voyais absolument pas vivre ailleurs qu'aux Sables ! " Originaire du Fenouiller, bourgade située à quelques encablures de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, la famille Archambaud débarque aux Sables en 1953. Jacques a trois ans. Près de la maison familiale, la vasière de la Chnoue qui accueillera plus tard le nouveau port de plaisance constitue un formidable terrain de jeu. "J'allais avec mon copain Jean-Paul, qui sera plus tard mon adjoint, chercher des vers qu'on revendait aux pêcheurs."

Un pont pour un port

Jeune homme en ce début des années soixante-dix, Jacques découvre la voile avec ses potes : "nos voiliers étaient amarrés dans le port de pêche sur des pontons gérés par le club nautique local . Et le bistrot Le retour de pêche était notre QG !" Mais l'orage gronde… Car le maire de l'époque, ancien ingénieur diplômé de l’École centrale, n'a qu'un objectif : doter sa ville d'un port de plaisance en eaux profondes. Visionnaire, certes, mais bien peu transparent, monsieur le Maire ! Alors que les travaux de réalisation du futur port sont lancés , le pont qui relie le quartier de la Chaume au centre des Sables constitue un obstacle à lever. Qu'à cela ne tienne, il est détruit le 7 novembre 1978 sans que la population n'en ait été préalablement informée !  "Un procédé aujourd'hui impensable, et qui a déclenché une colère des Chaumois à la hauteur de leur stupéfaction ! "

Porte-parole et traître !

 

Trois mois plus tard, en mars 1979, Port Olona est ouvert. Dès lors, tous les voiliers sont priés de quitter le bassin du port de pêche. Face à cette injonction, l'Association pour le maintien de la plaisance populaire est créée. Et Jacques en devient le porte-parole ! Face aux élus locaux, Jacques défend bec et ongles les intérêts des plaisanciers. L'association obtient en partie gain de cause : les plus modestes se voient autorisés à rester dans le bassin du port de pêche.. "Évidemment, cet épisode m'a fait connaître mais ne me donnait pas forcément du boulot alors que j'étais au chômage !" Se détournant définitivement du notariat, Jacques prospecte les administrations, y compris celle de sa ville. Pourtant chahuté, le maire décide de l'embaucher… et le nomme directeur de Port Olona ! Du côté de l'association, cette nomination est perçue comme une traîtrise. "On m'a accusé de retourner ma veste. Cela m'a peiné, mais j'ai assumé tout en tenant ma promesse de continuer à défendre les intérêts de l'association." C'est ainsi que depuis de nombreuses années, ses membres sont désormais accueillis à Port-Olona, moyennant des tarifs ultra-préférentiels.

 

Jeantot, un mec hors du commun

Jacques Archambaud avec Philippe Jeantot, inventeur du Vendée Globe avec Philippe Jeantot, inventeur charismatique du Vendée GlobeAu fil du temps, Jacques a accompagné la croissance du port -passé de 600 à 1 500 places- et sa notoriété. Une notoriété due en très grande partie au Vendée Globe et à son inventeur Philippe Jeantot. Drôle de personnage que ce marin, qui a su fédérer autour de son projet de course à la voile autour du monde et sans escale, collectivités locales, entreprises et des milliers de "terriens" ! Condamné par la justice pour fraudes fiscales et détournement d'argent, Jeantot disparaît de l'organisation de la course et du paysage local dans les années deux mille. Malgré sa part d'ombre, l'homme a un charisme évident. "On n'était pas dupes, reconnaît Jacques Archambaud, mais Jeantot, c'était quand même un mec hors du commun." Organisateur du Vendée Globe en 1989 -alors dénommé Vendée Globe Challenge-, Jeantot se paie le culot d'en être aussi l'un des premiers coureurs. Dans son sillage, il entraîne toute une population qui se met à rêver de course au large.

Embarqués les marins-pêcheurs

De son côté, Jacques fait partie des piliers de l'organisation et parvient à réunir plaisanciers et marins-pêcheurs, deux mondes qui jusqu'alors se toisent et ne se côtoient pas. "Dès la première édition, j'ai eu l'idée de demander aux marins-pêcheurs de remorquer les voiliers du ponton-course jusqu'à la ligne de départ. Grâce à des relais au sein de la communauté portuaire, les pêcheurs ont mordu à l'hameçon !"  Une fraternité naît entre skippers et marins-pêcheurs, dont Jacques n'est pas peu fier. Seul bémol : "en 2008, les bateaux, plus autonomes, n'avaient plus besoin d'être remorqués. Denis Horeau, directeur de course, a insisté pour que nos marins ferment la marche des voiliers. Franchement, tout cela n'avait plus trop de sens : on était plus dans le folklore que dans le symbole !"

Fan d'Alessandro

Avec six Vendée Globe à son actif, au cours desquels il a géré départs et retours, de jour comme de nuit, Jacques garde un faible pour les toutes premières éditions, celles où tout était à inventer. Des éditions marquées par de belles rencontres comme les aime ce philanthrope. Sans nostalgie, il constate une professionnalisation indéniable de l'événement : "aujourd'hui, tout est archi maîtrisé et médiatisé, à l'image de notre société..." Le 10 novembre prochain, pour le départ de la 7e édition, Jacques sera vraisemblablement, appareil photo en bandoulière (son autre passion), sur les quais du port de pêche, au milieu d'une marée humaine pour vivre l'événement autrement. Parmi les inscrits, figure à ce jour l'Italien Alessandro di Benedetto qui a déjà bouclé le parcours du Vendée Globe... sur une coque de noix de 6,5 m ! Jacques l'adore. "Au-delà de ses qualités de sportif et de communicant, je retrouve dans Alessandro la jeunesse du Vendée Globe !" Pour l'aider à décrocher les sponsors indispensables au financement de cette course que l'on appelle "l'Everest des mers", Jacques est aujourd'hui prêt à déplacer des montagnes.

 

www.vendeeglobe.org

www.portolona.fr

Isabelle Doat - Journaliste
Isabelle Doat - Journaliste

Voir tous ses articles
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Dans la même rubrique :

Ajouter un Commentaire

Nous vous rappelons que les commentaires sont soumis à modération. Ils doivent respecter les lois en vigueur et le respect de la personne. À vos claviers !


Code de sécurité
Rafraîchir

Actualités : - --inscription à la newsletter de Terri(s)toires

Nos partenaires

Exoticopolis

  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo

Cochez La Case


-
-

cliquez sur l'image pour voir la suite...