De la Grande-Bretagne à la Bretagne, il peut y avoir un monde. Different, of course. Heureusement, l’association Intégration Kreiz Breizh* met l’accent, et le bon, sur les aléas de la vie des Britanniques devenus Bretons.
Conflit avec l’administration sur la plaque d’immatriculation, permis de construire impossible à obtenir, voire des obsèques à envisager… “La première difficulté que j’ai eue à gérer était en effet une crémation. En Grande-Bretagne, c’est très courant. Mais ici, la cérémonie est expédiée, et on se retrouve avec une urne encore chaude dans les mains, sans comprendre. Alors mon travail a été de prévenir, d’expliquer les modalités en France.” Marylin Le Moign n’a rien de commun avec les Britanniques qui s’installent dans le Centre Bretagne : elle vit en France depuis 1968, est mariée avec un Breton, possède la nationalité française, et a fait une brillante carrière dans le monde de la création textile, à Paris.
D’ailleurs, rien ne prédisposait cette jeune retraitée de 63 ans à retrouver ses compatriotes au fin fond de la péninsule armoricaine. Si ce n’est le départ à la retraite de son mari, Georges, originaire de Gouarec. “Mes premiers Anglais, je les ai découverts ici, en 2001”, se rappelle-t-elle. Très vite, elle constate que ses compatriotes suscitent l’incompréhension de nombre d’autochtones. Qui sont ces gens qui ne parlent pas notre langue, rachètent nos ruines, et ouvrent à tour de bras des gîtes, des entreprises artisanales et des commerces ? “Plutôt que de se regarder en chiens de faïence, rencontrons-nous”, suggère Marylin. En 2003, elle crée donc l’AIKB.
“Il fallait faire quelque chose pour l’intégration des Britanniques. Les problèmes couvaient et risquaient d’entraîner un repli sur soi”. Rencontres franco-britanniques, cours de français quotidiens, médiation, conférences, sorties culturelles… L’AIKB est rapidement devenue l’antichambre d’une vraie citoyenneté bretonne. 560 familles y adhèrent aujourd’hui. Une majorité de Grand-Bretons, mais également quelques Français venus d’autres régions, eux aussi un peu déboussolés. Une trentaine de bénévoles apportent un coup de main ponctuel, en plus “des trois ou quatre qui tirent le wagon”. Sans oublier l’unique salarié, qui accueille les gens dans l'ancienne maison du Sénéchal des Ducs de Rohan, siège de l’association à Gouarec.
Au-delà de la langue
Marylin, qui habite à 100 mètres, multiplie les allers-retours. “Il faut avoir une tête comme un millefeuille pour traiter mille choses à la fois”. Un professionnalisme qui lui vient d’une formation de régisseuse de théâtre, suivie à l’âge de 17 ans, après avoir quitté l’école prématurément. “Cela m’a été très utile pour monter de nouveaux projets tout au long de ma carrière”, reconnaît-elle dans un français impeccable, coloré par l’accent de son Yorkshire natal.
Car notre sémillante “intégrative” fait aussi dans la restauration du patrimoine : elle préside l’association des Compagnons de l’abbaye de Bon-Repos, qui, depuis plus de 20 ans, travaille à la restauration de cet édifice cistercien. “Depuis 2003, nous y organisons également des résidences d’artistes baptisées "Murmures", et depuis 2006, "Atmosphères", un parcours d’art contemporain reliant cinq communes du Centre Bretagne”, précise-t-elle.
L’engagement associatif est-il une solution d’intégration ? “Le secret”, répond Marylin, “c’est d’aller vers les Bretons, et d’assimiler leur mode de vie tout en gardant ses particularités. La langue est une immense part de l’intégration, mais ce n’est pas forcément une barrière. Je connais des personnes bien intégrées qui ne parlent pas bien le français, et vice-versa.”
Depuis deux ans, avec la crise et la dépréciation sévère de la livre sterling, beaucoup de Britanniques ont regagné le Royaume-Uni. Combien ? Difficile à dire. “Certains sont toujours là parce qu'ils sont fauchés et ne peuvent plus partir. Ils ne peuvent même plus payer les 35 € de cotisation à AIKB. D'autres ont choisi de rester malgré tout. Et puis il y a des Anglais qui continuent de s'installer ici”, décrit la présidente d'AIKB, qui tient à éviter les clichés un peu radicaux. Les motivations des nouveaux arrivants ? “C'est souvent pour effacer l'ardoise et faire un nouveau départ, avec un nouveau partenaire.” Les ferries n'ont pas fini de traverser la Manche.
* Kreiz Breizh signifie Centre Bretagne en breton.
Par écrit et sur les ondesUne vraie reconnaissance pour l’AIKB : en 2005, le conseil général des Côtes d’Armor a fait appel à ses services pour rédiger un livret d’accueil en anglais, destiné aux nouveaux arrivants. “Nous l’avons écrit de A à Z, dans un anglais familier et concret. C’est bien que le Département nous ait fait confiance”, se félicite Marylin Le Moign. Une mine d’informations, également en français, pour savoir comment s’installer, rénover sa maison, scolariser ses enfants, payer ses impôts ou trouver un travail. Le livret, réédité en 2006 et disponible dans les lieux publics, délivre même les bons "tuyaux" pour être un vrai Breton ! Parallèlement, l’association organise de très nombreuses activités : cours de français, club photo, club d’art, conférences sur la fiscalité ou les modalités de création d’une entreprise en France. Elle produit même des émissions de radio en anglais, "Spotlight on Brittany" (www.spotlightonbrittany.fr), en partenariat avec deux radios locales. Le tout grâce à un budget de 80 000 €, financé par les adhésions et les subventions de l'Union européenne, de la Région Bretagne, du conseil général des Côtes d'Armor et de la communauté de communes du Kreiz Breizh. |
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