Vous êtes ici :

Accueil Société La chorale qui sonne juste

Au clair de la rue

La chorale qui sonne juste

La chorale À Nantes, la chorale Au clair de la rue joue de ses cordes vocales pour animer marchés et soirées. Son originalité : elle n’est composée que de personnes se trouvant dans des situations très précaires. Sur scène, ils ne sont plus seuls, joignant leurs voix… solidaires.

Ce matin-là, au marché de Basse-Indre, il pleut. Pourtant, la météo n'a pas l'air d'assombrir outre mesure le cœur des passants. Quelque chose les égaie... La chorale animant le marché ne semble pas étrangère à cette bonne humeur générale. Plusieurs classiques de la chanson française sont récités avec entrain : Mon amant de Saint-Jean d'Édith Piaf, ou encore Emmenez-moi de Charles Aznavour. Sur le t-shirt des choristes, il est écrit "La chorale qui chante faux mais qui sonne juste". À y écouter de plus près, il est vrai que certaines voix s'élèvent plus haut que d'autres, l'ensemble n'étant pas toujours très harmonieux. En réalité, tous ces chanteurs font partie d'Au clair de la rue, une chorale regroupant des personnes en très grande difficulté sociale, parfois même des sans-abris.

Tout a commencé il y a cinq ans, avec la rencontre entre un ingénieur à la retraite d'une cinquantaine d'années et un colosse vagabond qui n'aurait pas fait mauvaise mine aux côtés de Vercingétorix. "J'ai rencontré le Gaulois au marché de Talensac, à Nantes, alors que j'allais faire mes courses. Il chantait pour gagner quelques pièces, que les passants lui donnaient. Je suis allé le voir et il m'a dit qu'il était triste", raconte Yannick Jollivet, ledit ingénieur, avant que son partenaire ne poursuive avec une certaine amertume : "Beaucoup de mes copains SDF étaient morts dans l'indifférence générale. Ils avaient été enterrés comme des chiens. Les gens s'en foutaient..."

Une chorale "sociale"

Les deux hommes se donnent alors pour objectif d'accompagner, avec quelques autres chanteurs, jusqu'à leur dernière demeure, tous ces gars de la rue. À chaque enterrement, ils entonnent ainsi L'Auvergnat de Georges Brassens : "C'est une façon de leur rendre un dernier hommage, pour qu'ils puissent s'en aller dignement", explique Yannick Jollivet. Depuis, le répertoire de la chorale s'est élargi... tout comme ses rangs ont grossi. Aujourd'hui, une vingtaine de choristes pousse la chansonnette. Ils se produisent pour animer des soirées ou sur des marchés. Toutefois, ils refusent tout paiement, "sinon ce serait la fin de tout", pense l'ex-ingénieur. "Nous demandons juste une compensation financière quand nous devons nous déplacer."

La chorale Tous les mardis après-midi, la troupe répète dans un local prêté par la mairie de Nantes, place Édouard Normand. "Nous avons maintenant une soixantaine de chansons dans notre répertoire. Nous sommes aussi bien aidés par des bénévoles, dont des musiciens qui nous accompagnent partout où nous allons, un parolier qui nous écrit des textes, et une chef de chœur qui a assez de poigne pour diriger les gars", précise Yannick Jollivet. "Nous essayons aussi de faire en sorte que chacun des choristes ait son heure de gloire en chantant seul face au public. Ce n'est pas facile, car certains ont du mal à s'exprimer, mais ça peut être une méthode pour les aider à se réintégrer dans la société."

Un concert au Parlement européen

La chorale est en effet un moyen de rétablir un lien social brisé pour ces personnes trop souvent seules. Aujourd'hui, lorsqu'on demande au Gaulois ce que lui a apporté la chorale, il répond non sans humour : "Pour commencer, je suis avec des gens pas trop cons autour de moi... ce qui est déjà pas mal ! Ensuite, le regard des gens a changé. On est beaucoup plus respectés. Les gens me reconnaissent dans la rue".

Yannick Jollivet et Le Gaulois, fondateurs de la chorale Yannick Jollivet et Le Gaulois, fondateurs de la chorale Yannick Jollivet s'attache aussi à faire connaître et reconnaître son initiative. Une autre chorale devrait ainsi voir le jour à Pau. Quant à celle de Nantes, elle s’est déplacée, en janvier dernier, au Parlement européen, à Bruxelles, à l'occasion d'une rencontre sur la crise et la pauvreté. Devant un parterre de députés, ils ont entonné une douzaine de chants. "Une première !, nous a-t-on dit là-bas", se souvient Yannick Jollivet.

Une chose est sûre : le Gaulois, à Basse-Indre, a retrouvé le sourire : "J'aime bien chanter à l'air libre. Dehors, c'est chez moi, je m’y sens mieux. Les gens me disent que je chante mieux à l'extérieur". Au regard des spectateurs venus ce matin-là, difficile de lui donner tort. D'ailleurs, c'est lorsque la chorale s'est mise à chanter que le soleil est apparu.

 

Aurélien Jousset - Journaliste
Aurélien Jousset - Journaliste

Voir tous ses articles
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Dans la même rubrique :

Ajouter un Commentaire

Nous vous rappelons que les commentaires sont soumis à modération. Ils doivent respecter les lois en vigueur et le respect de la personne. À vos claviers !


Code de sécurité
Rafraîchir

Actualités : - --inscription à la newsletter de Terri(s)toires

Nos partenaires

Exoticopolis

  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo
  • Exoticopolis // Concours photo

Cochez La Case


-
-

cliquez sur l'image pour voir la suite...