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    Interlude, restaurant atypique à Nantes

    La solidarité au menu

    Emmanuel Aubin, chef de cuisine Emmanuel Aubin, chef de cuisine - © Terri(s)toires

    Au restaurant associatif Interlude, à Nantes, convivialité rime avec solidarité. À travers une activité ouverte à tous, cette entreprise de l'économie sociale et solidaire (ESS) œuvre en faveur de l'insertion des personnes en difficulté professionnelle. Un temps de pause dans la crise économique et de remise en confiance pour la demi-douzaine de salariés en contrats aidés…

    13 h 30 : dernier service au restaurant Interlude, boulevard des Belges, non loin du pont de la Tortière, dans le quartier Nantes-Erdre. Monique, la gérante, derrière le bar, et Emmanuel, le chef, en cuisine, encadrent chacun deux à trois salariés en insertion qui travaillent au restaurant. Le grand jardin arboré - un luxe aussi près du centre-ville - permet de profiter des rares rayons de soleil de cet été maussade. Babak, serveur, prend les commandes dans un français hésitant. "Je pensais être en cuisine en arrivant ici, car je ne parlais pas français", glisse-t-il dans un sourire.

    Monique Calvez, gérante du restaurant Interlude. Avec sept salariés (dont deux permanents), 25 bénévoles et 180 adhérents, Interlude se veut avant tout une aventure humaine. En ce temps de crise, tous les restaurants sont à l’affût de gain de croissance, d’opportunités pour renflouer les caisses. Tous ? Pas sûr. "Interlude n’existe pas pour la restauration elle-même, mais pour réaliser une action sociale d’insertion à partir de la restauration, et en proposant une vraie situation professionnelle", explique Éric Rio, le président de l’association. Ce concept permet aux personnes en difficulté de se reconstruire et de repartir du bon pied. Créé à l’initiative de la Maison des chômeurs de la région nantaise en 1987, ce restaurant ouvert à tous est aussi le seul de la métropole à proposer des tarifs préférentiels pour les demandeurs d’emploi.

    Interlude est un lieu ouvert sur la culture, ou plutôt sur les cultures. Salariés en insertion et stagiaires en alternance originaires de nombreux pays du monde (Iran, Égypte, Maghreb, Turquie, Cambodge…) ou des quartiers prioritaires de la ville de Nantes ; salle de restauration ouverte à des expositions d’artistes locaux ; jardin ou scène réquisitionnés pour des soirées musicales et culinaires aux accents italien, grec ou géorgien ; bibliothèque en libre accès pour les clients... "C’est un lieu de brassage d’idées et de potentiels. Ici, la différence fait la force !", déclare Éric Rio.

    Président du renouveau

    Président de l’association depuis le début de l’année, et succédant à Dominique Moulet (à l'œuvre pendant sept ans), Éric Rio s'est engagé pour impulser une nouvelle dynamique et pour relancer l'association ; car Interlude a accusé le coup comme tant d'autres du désengagement de l'État, ces deux dernières années, sur les contrats aidés.

    Éric Rio s'est d'abord inspiré de sa propre expérience, comme fondateur et directeur du Centre Spire qui a accompagné et formé "plus de 1 500 personnes entre 1988 et 2010". Ensuite, à partir des acquis de sa reprise d'études au Cnam, en "Analyse du travail et développement des compétences". Et surtout, le nouveau président s'appuie sur l'énergie du collectif d'administrateurs et des bénévoles actifs, fortement engagés et tous mus par le désir de permettre à Interlude de poursuivre l'aventure.

    En avril 2012, Interlude a reçu l’agrément d’entreprise solidaire ; car ce restaurant atypique n’en reste pas moins une entreprise. "Nous sommes quand même des patrons, il faut que ça marche !", s'exclame Éric Rio. Avec un chiffre d’affaires en hausse qui s’élève à 191 000 euros, une moyenne de 61 couverts par jour et le coup de pouce du conseil régional et de Nantes Métropole, Interlude présente un bilan à l'équilibre, cette année. Pourtant, l'entreprise s'autofinance à 95 %, ce qui est remarquable dans le champ de l'économie sociale et solidaire (ESS). "Si nous arrivons à passer le cap des 70 couverts par jour, nous serons tranquilles", confie le président de l’association. Et il compte sur les clients qui apprécient autant la démarche que leurs assiettes. "La restauration a connu deux grandes crises en 2009 et 2010, mais paradoxalement, notre organisation associative nous en a préservés. Finalement, le modèle d’économie sociale et solidaire résiste mieux que le modèle purement marchand !", se réjouit-il.

    Mais la pérennité du modèle dépend aussi de l'implication des bénévoles. À Interlude, elle est fondamentale : ils tondent la pelouse, réparent les tables, peignent les murs, conçoivent un abri de jardin intégré aux contraintes environnementales avec l'aide d'architectes fraîchement sortis de l'école... Un conseil d'administration tous les deux mois, un bureau par semaine et six commissions de travail ne sont pas de trop pour relever le défi solidaire ! Président, vice-présidents, secrétaire, trésorier, adjoints jouent un rôle clé au quotidien dans la gestion du restaurant.

    Tout vient à point à qui sait espérer

    Interlude permet aux salariés en insertion de se remettre sur pied et de rebondir en entrant dans le milieu du travail. "Il n’y a pas de profil type", souligne Éric Rio. Inscrits à Pôle emploi, bénéficiaires du RSA, jeunes professionnels "fragilisés" par une première expérience, jeunes issus de l'aide sociale à l'enfance, réfugiés politiques... la diversité contribue à la mixité sociale et générationnelle qui règne au sein de l’entreprise.

    Monique Calvez, gérante du restaurant

    Travailler à Interlude permet de replonger dans le bain d’un milieu professionnel, d’un métier. "Les salariés viennent pour deux ans maximum. L’objectif est que se dessine au cours de cette période une idée de l’emploi qu’ils voudraient occuper ensuite", explique Monique Calvez, gérante depuis janvier 2006. "Redonner une assise aux personnes en insertion, ça demande beaucoup d’écoute et de discussion", ajoute-t-elle. Elle évoque les situations complexes de ces jeunes et de ces adultes, et les manières dont ils réussissent à sortir la tête de l'eau grâce à Interlude et au travail d'accompagnement des permanents.

    Rares sont les salariés d’Interlude qui sont qualifiés dans la restauration.  "C'est le plus difficile, car ils découvrent un métier", explique Emmanuel Aubin, chef de cuisine du restaurant depuis 2004. "C’est un défi au quotidien, mais c’est très satisfaisant lorsque nos efforts contribuent à les amener à la réussite", précise-t-il. "En septembre, je vais avoir un apprenti : cela va être intéressant de le former  sur les gestes professionnels, travailler sur des fiches techniques... et lui transmettre mon savoir-faire pendant ces deux ans d'apprentissage". Une première à Interlude, qui combine ainsi insertion, professionnalisation et qualification.

    Babak, 33 ans, possède un bac+2 en informatique. Il est arrivé en France il y a trois ans en tant que réfugié politique. "C’est très dur de trouver un emploi à cause de la barrière de la langue. Mais ici, je me suis tout de suite senti intégré". Et même s'il vient d'un univers radicalement différent, Babak aime beaucoup son nouveau métier. "C’est vraiment facile avec une responsable comme Monique, elle m'a appris énormément de choses et toujours avec le sourire", ajoute-t-il. Et après ? Babak compte se lancer dans l’hôtellerie pour allier ses nouvelles compétences et sa connaissance des langues : "J’ai découvert un métier qui me plaît, ici, à Interlude, alors pourquoi ne pas continuer ?", sourit-il.



    Restaurant associatif solidaire Interlude

    106, bd des Belges, 44300 Nantes – 02 40 93 13 12 - Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

    www.interlude.asso.fr



    Interlude en quelques dates

    1985 : création d’une Maison des chômeurs par des personnes sans emploi.

    1986 : deux chômeurs entament une grève de la faim qui durera trois semaines. C’est un "buzz" : le projet récolte de nombreux dons, ainsi que le soutien du conseil général.

    20 février 1987 : naissance de l’association Interlude.

    17 juin 1988 : inauguration du restaurant.

    Janvier 1989 : le restaurant connaît sa première crise, le modèle humain comme financier sont remis en question.

    Septembre 1989 : une nouvelle équipe remplace les salariés permanents, démissionnaires.

    2004 : arrivée du chef de cuisine, Emmanuel Aubin.

    2006 : arrivée de la gérante, Monique Calvez. Elle succède à Brigitte Gifard, partie en retraite après avoir été gérante depuis le début de l'aventure.

    2011 : moment critique (tout est envisagé : fusion, cession à un repreneur, fermeture…)

    Janvier 2012 : Éric Rio est élu président de l’association.

    Avril 2012 : Interlude reçoit l’agrément préfectoral comme "entreprise solidaire".

    Septembre 2012 : premier contrat d’apprentissage en cuisine pour Interlude.

    Oxanne Le Boulanger
    Oxanne Le Boulanger

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