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Le bonheur n'est pas dans le blé, ép. 6

La tradition quechua a une longueur d’avance

José Gualinga, représentant des Quechuas de Sarayaku Dépendance au pétrole, place des femmes dans la société, préservation de la biodiversité, démocratie directe… sur tous ces points, les Quechuas de Sarayaku, une communauté située en Amazonie équatorienne, sont précurseurs. Le 25 octobre dernier, leur représentant, José Gualinga, était à Nantes pour partager son expérience avec ceux qui réfléchissent ici sur la notion de richesse.

Depuis vingt-cinq ans, Sarayaku, un village équatorien peuplé d’irréductibles Indiens quechuas, résiste encore et toujours à l’envahisseur. Ses 1 500 habitants s’obstinent à défier les compagnies pétrolières qui tentent de s’implanter illégalement, voir violemment, en Amazonie. Une résistance qui conditionne leur survie : sans un environnement préservé, ils ne peuvent espérer protéger leur culture et continuer à se nourrir de la chasse, de la pêche et de l’agriculture. José Gualinga, leur représentant, était à Nantes le 25 octobre dernier, invité par Hélène Combe, responsable de la chaire "développement humain durable & territoires" de l’école des Mines. Il s’exprimait avec calme et détermination devant une assemblée d’étudiants et de citoyens impliqués dans le processus de concertation régionale sur les nouveaux indicateurs de richesse en Pays de la Loire.

Démocratie territoriale

"L’État équatorien a reconnu aux Quechuas de Sarayaku la propriété de plus de 135 000 hectares… mais il reste seul maître des sous-sols dont il cède des parcelles aux compagnies pétrolières. Ces dernières, soutenues par l’armée, ne s’embarrassent généralement pas des consultations préalables légales, et elles dévastent les territoires sur lesquels elles s’implantent. Grâce à sa lutte, Sarayaku est l’une des dernières zones équatoriennes de forêt primaire non exploitée", explique en aparté Corinne Arnould, responsable de l’association Paroles de nature. Et d’ajouter : "cette situation peut sembler lointaine, mais nous sommes confrontés aux mêmes questions lorsque l’État français décide d’implanter une centrale nucléaire ou qu’il autorise des explorations de gaz de schiste contre l’avis des populations locales".

Frontière de vie de Sarayaku Un constat partagé par Hélène Combe : "Sarayaku symbolise l’interpellation du politique par la société civile. Nous aussi devons déterminer quelle gestion territoriale nous voulons pour les biens communs tels que l’eau ou la terre. Leur propriété pourrait par exemple être temporaire et impliquer une responsabilité des individus". Sur l’estrade, José Gualinga détaille la résistance pacifique des Quechuas. Depuis 2005, ils plantent petit à petit Frontera de vida, un chemin d’arbres colorés qui délimitent symboliquement leur terre. Ils multiplient aussi les échanges internationaux et ont porté plainte contre l’État équatorien auprès de la Commission interaméricaine des droits de l’Homme. Après 8 ans de procédure, le jugement devrait bientôt tomber… et servir de jurisprudence pour les autres peuples d’Amazonie.

El Sumak Kawsay

Des documentaires sur la résistance des Quechuas

Dvd Sarayaku Heriberto Gualinga, frère de José, a réalisé trois documentaires inédits sur la lutte des Quechuas de Sarayaku. Ils ont réuni dans un coffret DVD, Sarayaku le combat pacifique d’un peuple pour la vie, où figurent aussi des interviews de Danielle Mitterand, Gilles Clément, Pierre Rhabi… Les fonds récoltés sont intégralement reversés à Sarayaku. Pour le commander, envoyer un chèque de 28 euros à l’ordre de Paroles de nature, 19 bis rue Raymond du temple, 94300 Vincennes.

Plus d’information sur  www.frontieredevie.org ou par mail Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

José Gualinga aborde ensuite le fonctionnement de sa communauté : "le gouvernement ne peut pas être déconnecté du peuple, il en fait partie. Il ne sert qu’à appliquer les décisions prises par l’assemblée qui regroupe aussi bien les femmes que les jeunes ou les sages". Au micro, Hélène Combe l’encourage à poursuivre : "ici, nous disons souvent les élus ET la société civile, comme si les deux étaient bien distincts ! Il semble qu’ils se confondent, à Sarayaku…". En guise de réponse, José évoque le Sumak Kawsay, un terme utilisé quotidiennement par les Quechuas. "C’est un état d’esprit, une harmonie qui relie toutes les créatures de la Terre mère et implique le respect de chacune. On le définit parfois comme un bien-être, mais cela va bien plus loin. L’Équateur et la Bolivie l’ont intégré à leur constitution, mais ils se contredisent en développant l’exploitation minière et pétrolière. On ne peut pas continuer à pomper l’Amazonie jusqu’à la dernière goutte sans tuer la forêt".

Ces propos font réagir Philippe Piau, metteur en scène pour la compagnie nantaise La Tribouille1. "C’est aussi pour cela que sont nés les Territoires en transition (ndlr : ce sont des citoyens qui décident de diminuer leur dépendance énergétique à l’échelle d’une rue, d’un quartier ou d’une ville). Il y en a d’ailleurs un qui est en train d’émerger près d’Angers". Sur la tribune, José Gualinga explique le processus de tri entre tradition et modernité dans lequel sont engagés les Quechuas. Ses réflexions résonnent une fois de plus dans l’assistance. "Pendant la consultation sur les nouveaux indicateurs de richesse, les Ligériens ont beaucoup parlé de la nature. Nous avons gagné dans la prise de conscience de la nécessité de la protéger, mais nous avons perdu un rapport sensuel et quotidien avec elle", estime ainsi Hélène Combe. Et de conclure : "le refus de Sarayaku questionne la société dans son ensemble, c’est une leçon d’optimisme. José me fait penser à Stéphane Hessel. Ce sont des rencontres qui nous donnent le courage de nous battre et d’y croire".

 

(1)Depuis 2006, la compagnie La Tribouille met en scène les Contes de la Richesse de Patrick Viveret. Des textes qui interrogent les citoyens sur la société qu’ils veulent construire.

sarayaku.com

Pétition de soutien à Sarayaku

Les nouveaux indicateurs de richesse en Pays de la Loire : www.paysdelaloire.fr

 

 


Alexandra Jore - Journaliste
Alexandra Jore - Journaliste

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