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    Migrants et militants, ép. 6

    "Le centre de rétention, c'est un sacrifice"

    "Le centre de rétention, c'est un sacrifice" "Le centre de rétention, c'est un sacrifice" - © rickpilot_2000 - Creative Commons

    Claire L., 26 ans, militante de la Cimade, découvre le Centre de rétention administrative de Rennes. En dialoguant avec "Monsieur F.", elle découvre aussi le quotidien d'un retenu. Témoignage surprenant d'un sans-papiers qui ne cherche pas à en obtenir, et auquel on ne trouve pas de pays d'origine

    Il y a des doubles grilles, mais fines, on voit à l'intérieur. C'est possible de faire presque le tour de l'enceinte... Enfin, les policiers, qui s'ennuient et grillent leur cigarette derrière, nous ont vite repérées. Vite, le temps d'apercevoir des jeux pour les enfants. Pour les enfants ? Mais c'est pas d'eux qu'on parlait quand notre ministre de l'Intérieur disait que dorénavant, il n'y aurait plus d'enfants enfermés en centre de rétention ?

    Là-haut, il y a aussi un mirador, ça s'appelle pudiquement "cellule de veille". À droite, après les bureaux dédiés aux associations, il y a l'infirmerie, un service du CHU de Rennes, les mêmes personnes que celles qui interviennent en prison.

    On s'installe dans une petite pièce, murs blancs, une table, trois chaises. Monsieur F. arrive ensuite. Rieur, avenant, il nous serre la main. "Ma vie personnelle, elle est à moi, je peux vous parler, tu vois, mais pas de ce qu'il y a à l'intérieur, ça c'est seulement à moi, tu vois".

    La Cimade, une association solidaire et active


    Cimade

    Militante et politique, la Cimade est une association nationale qui regroupe aujourd’hui 2 500 bénévoles actifs. Née en 1939 à l’initiative de jeunes protestants, l’association vient en aide aux personnes déplacées dans des camps français de transit où réfugiés et opposants politiques étaient concentrés. Les conditions de vie y sont très dures et la mortalité importante. Réfugiés espagnols, habitants d’Alsace-Lorraine et populations juives, sont passés par ces camps effacés de l’histoire. "Depuis, la Cimade a poursuivi sa mission de solidarité internationale en œuvrant pour l’amitié franco-allemande et en soutien aux peuples décolonisés" poursuit la responsable régionale.

    En 1984, une convention est passée entre l’État et la Cimade lors de la création des premiers Centres de rétention administrative (CRA) "alors présentés comme un progrès par le socialiste Pierre Joxe", souligne Maud Steuperaert. L’association a d’abord pour mission d’apporter une aide matérielle aux étrangers enfermés dans ces centres. Représentante de la société civile dans ces lieux d'enfermement, elle sert également de garde-fou contre les dérives policières. Avec la complexification des lois relatives aux étrangers, la Cimade apporte également un soutien juridique aux étrangers dans l’exercice effectif de leurs droits. Quant aux témoignages, ils ont toujours été au centre des actions de l’association. Aussi réalisés par des salariés en rétention*, ils sont aujourd'hui effectués par des citoyens soucieux de mettre par écrit cette réalité sordide.

    *Chroniques de rétention, chez Actes Sud

     

    La vie en CRA de Monsieur F.

    "Tout est bien ici", nous dit-il au départ. "Tu manges bien, tu vois, t'es tranquille". L'homme qui partage sa chambre est mongol. C'est la première fois qu'il en rencontre un. "Mais lui, sa femme est déjà sortie. Alors, elle lui amène des trucs, et lui il partage avec moi".

    L'organisation de leur journée est minutée. Enfin, ça dépend. De l'humeur des flics, notamment. À 9 h 15, le matin, il faut vider les chambres pour le ménage. Obligé de se retrouver dans la salle commune. "Y en a plein, ils foutent la merde, ils parlent ensemble, ils font du bruit. Moi, je reste tranquille..".

    M. F connaît assez bien tout le système de la rétention : "C'est Sarkozy qui a allongé la durée", lâche-t-il. "Non, c'est vrai, 45 jours, on peut assumer, c'est comme ça. En Allemagne, on te prend six mois. Ici, ça va, on peut supporter 45 jours. On me traite bien ici. Il faut juste éviter d'arriver ici, c'est tout. De toute façon, c'est Dieu qui décide, c'est le destin. Le centre de rétention, c'est un sacrifice."

    Pour Monsieur F. comme pour les autres, "ça travaille, dans ta conscience" le CRA. Il ne parvient pas à dormir. "Y en a qui mangent le shampoing, d'autres des rasoirs. Alors, les pompiers arrivent à 2 h, 3 h du matin". Il y aussi les fois où les retenus sont réveillés parce que la police aux frontières vient en chercher un autre pour l'amener à l'aéroport. "J'avais un ami congolais, parti au bout de 20 jours, ils sont venus à 5 heures du matin". Pas facile de dormir au Centre de rétention.

    On s'y ennuie beaucoup, aussi. Il y a la télévision, dans la salle commune. "Mais pas Canal, on peut pas voir les matchs de foot. C'est trop cher". Pour le choix des chaînes, ce sont les gardiens qui ont la main. Personne ne peut toucher la télécommande. Alors, ils en mettent une, et c'est celle-là qui reste allumée. Pas le choix. "Mais dans ma cage, là-bas, on a aussi la télé". Le Mongol qui partage la chambre de Monsieur F. "veut des films d'actions, du kung fu". Ils s'entendent bien.

    En quête de nationalité

    La semaine dernière, Monsieur F. est allé, entouré de trois flics et en voiture, faire un aller-retour à Paris. Ils sont allés voir le consulat de Mauritanie. Il s'agissait de savoir si ce dernier voudrait bien le reconnaître, pour que la procédure de reconduite à la frontière puisse fonctionner. "On a parlé 10 minutes. Ils m'ont dit que non, je ne suis pas de là-bas."

    La semaine suivante, même démarche : un aller-retour pour Paris, 3 personnes mobilisées pour l'escorte. Vers le consulat de la République Démocratique du Congo. Parce Monsieur F., quand il vendait des tours Eiffel au Trocadéro, il disait parfois qu'il était congolais. Moi, ça me paraît cher tous ces allers-retours. Et absurde, aussi.

    Monsieur F. compare : "Ici, on voit de tout, des vendeurs de drogue, ils restent que 5 jours, on les libère. Moi, j'ai rien fait".

    La vie avant, à Paris

    Monsieur F. n'était jamais sorti de Paris avant d'être arrêté en gare de Rennes. Il était déjà allé en garde à vue. Des tas de fois, mais jamais pour les papiers. "Oui, je connaissais les centres de rétention. J'ai un ami à Paris, il travaille aux restos du cœur, il connaît bien".

    À Paris, il a vendu des tours Eiffel, puis nettoyé des vitres. "J'ai beaucoup de clients. Quand j'ai été arrêté, j'ai été obligé de me trouver un remplaçant. C'est un ami qui s'en occupe en ce moment".

    Monsieur F. n'a jamais fait de demande d'asile ou de titre de séjour. "C'est sûr, on m'a déjà proposé. J'ai un ami, pour 400 € il me faisait des papiers". Mais non, Monsieur F. voulait seulement travailler un peu, avant de repartir quand il l'aurait décidé.

    La vie après, ici ou ailleurs

    Découvrez la capsule sonore diffusée sur Jet fm :

    Monsieur F. voudrait rentrer chez lui, ensuite, après avoir gagné assez d'argent. Là-bas, il y a de "grands champs" et puis aussi des chèvres, des moutons, un oncle. Il ajoute : "Après, quand je sors, je veux être légionnaire. C'est rapide, cinq ans, et puis après, on a les papiers français". De toute façon, Monsieur F. prévient : "si on me ramène là-bas, je reviens. C'est Dieu qui juge, pas les humains".

    Il nous parle de l'attraction qu'exerce l'Europe. Il ajoute aussi que "venir en Europe, ça apprend des choses. On ne se dit pas les choses en face, là-bas". Nous sommes dubitatives.. "Mes copains ne voudraient pas que je dise ça, mais là-bas, si tu as de l'argent, on t'écoute, on dit que tu as raison, même si ce que tu dis, c'est pas vrai. Alors qu'en France, on te dit les choses. Quand c'est pas bon, on te dit qu'il ne faut pas le faire.

    Pas bon... Pas bon comme quoi ?

    Comme par exemple attendre son train dans une gare en étant étranger ?

    Comme par exemple attendre son train dans une gare en ayant l'air d'un "sans-papiers" ?

    Comme par exemple être sur le chemin d'un groupe de policiers qui passait par là avec pour mission du jour de remplir le Centre de rétention ?

     

    Photo de Une réalisée par rickpilot_2000

    Licence : Créative Commons

     

    L'auteur : Claire L.

    Claire L, bénévole à la Cimade Sensibiliser le grand public à la vie des étrangers en France

    Consultante auprès des collectivités locales, Claire L. est bénévole à la Cimade de Nantes depuis trois ans. Elle intervient dans les permanences d'assistance aux personnes migrantes. Intéressée par l'objectif de sensibilisation du grand public, elle a notamment participé à l'organisation du festival Migrant'scène. Avec ce projet de témoignage autour des centres de rétention, elle a essayé de retranscrire des fragments de cette expérience étrange. "Je cherchais un engagement concret. Nécessairement proche des personnes que l'on accompagne, à qui l'on répond, agir au sein de la Cimade permet d'approcher une partie de la réalité de ce qu'est la vie des étrangers en France."

     

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