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    Le désir d'intimité des aînés à Brest : un projet qui déchaîne les passions

    Seniors et sexualité à Brest Seniors et sexualité à Brest

    En maison de retraite, lieu de soins, de vie et de mort, la question de l’intimité se pose au quotidien. Mais dès que le mot "sexualité" est avancé pour les personnes âgées, c'est le temple du tabou. Avec le soutien de la Fondation de France, Éric Seguin, directeur d'un syndicat intercommunal à vocation unique dans la région de Brest, a décidé de prendre le taureau par les cornes…

    Mars 2009. Éric Seguin arrive au syndicat intercommunal des Rives de l'Élorn avec pour mission de regrouper la gestion de trois maisons de retraite : les maisons Georges-Brassens et Jacques-Brel à Guipavas et Kerlaouéna au Relecq-Keruhon. Après trois ans d'expérience en Établissements hospitaliers pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), Éric a des projets plein la tête pour faire bouger l'institution.

    Pour commencer, il pose un regard critique sur l'architecture des maisons de retraite. Il regrette en effet que la vision panoptique soit encore d'actualité pour concevoir les nouveaux Ehpad. L’architecture de type carcéral de certains établissements est à l’image d’une "société de contrôle", selon l’expression de Gilles Deleuze, dans lesquels le résident devient un détenu.

    Éric Seguin imagine plutôt les futurs plans de Kerlaouéna (l'Ehpad du Relecq-Keruhon, aujourd’hui vieillissant) comme ceux d'un hôtel chaleureux où les résidents pourraient indiquer sur leurs portes  "ne pas déranger". Avant tout gestionnaire, il est donc aussi particulièrement sensible aux questionnements éthiques et philosophiques liés à l'hébergement des personnes âgées.

    "En théorie, le fonctionnement financier de nos structures nous permet de suivre surtout les personnes âgées très dépendantes. Nous n'avons pas les moyens de nous occuper de ceux, encore autonomes, qui sont orientés vers les Ehpad pour retrouver des relations sociales. Or je me suis malheureusement rendu compte que ces personnes perdent leur autonomie très rapidement une fois entrées en maison de retraite. Il m'est apparu qu'il fallait mettre en place des actions qui valorisent l'estime de soi et l'intimité des personnes qui y vivent."

    Des paroles aux actes

    Dès 2012, Éric Seguin propose à la Fondation de France un projet intitulé "Désir d'intimité des personnes âgées". Ce projet se déploie sur trois ans : le 14 février 2013, a lieu un colloque d'introduction à destination du personnel encadrant et soignant avec les interventions d'un psychologue, d'un philosophe et d'un sexologue. Ensuite, des modules de quatre jours de formation sont mis en place pour le personnel des trois Ehpad, puis des café-débats avec les résidents et leur famille seront organisés en 2014. En 2015, un colloque de restitution est prévu avec la participation de toutes les personnes impliquées dans ce projet.

    Au premier semestre 2013, la Fondation de France récompense le projet à travers ses "lauriers" annuels décernés aux initiatives les plus intéressantes. Dans la foulée, c'est la ministre déléguée aux personnes âgées, Michèle Delaunay, qui s'invite à l'inauguration. Dans son sillage, des journalistes, des photographes, France 2, Le Monde, l'Express, TBO... Non sans heurts : subitement, la lumière est faite sur les résidents, et notamment un couple vivant en union libre à Jacques-Brel. Certains encadrants s'improvisent attachés de presse auprès des résidents sollicités par les médias, et interrogés par leur famille qui découvrent des reportages parlant de la sexualité de leurs parents... Le mot tabou est jeté.

    "Nous n'avons jamais cherché à avoir des rapports sexuels"

    D Marcelle Plougoulm et Jean-Noël Michel, le couple de la maison de retraite Jacques Brel. ans les Ehpad, à l'échelle nationale, il y a 90 % de femmes et 10 % d'hommes. Dans le Finistère, sur les rives de l'Élorn, les résidentes sont un peu mieux loties avec 21 % d'hommes. Laurence Gouriou, psychologue à Jacques-Brel et Kerlaouéna, nous éclaire sur les notions d'intimité et de sexualité en maison de retraite : "Qu'est-ce qui constitue le besoin fondamental de chaque être humain : n'est-ce pas aimer et être aimé ? L'institution est favorable à l'idée qu'un couple puisse habiter ensemble. Par la réflexion qui est menée dans cet établissement, on sent aussi que les gens s'interrogent véritablement sur la question sexuelle, certes, mais surtout sur celle de l'intimité. Dans les représentations, on s'imagine en effet que la sexualité s'arrête à un certain âge. Pourtant, la question de la sexualité est plus profonde que le simple acte sexuel : elle s'inscrit dans une dimension émotionnelle. Il est davantage question de recherche d'amour, de tendresse et d'affection. L'envie de plaire, d'attirer le regard de l'autre... cela nous ramène à la question de la liberté d'expression, de la singularité de chacun. La question de l'intimité est très proche de la question d'identité. Si nous arrivons à permettre aux gens de s'exprimer sur leur désir, nous aurons fait un grand pas. Une personne doit avoir la possibilité d'exprimer ses désirs jusqu'à la fin de sa vie. C'est l'enjeu premier..."

    À Jacques-Brel, il y a 72 résidents, dont 12 qui vivent dans une unité spécialisée Alzheimer, et un couple qui s'est formé dans la maison de retraite, Marcelle Plougoulm et Jean-Noël Michel. Ils sont devenus les "stars" de Jacques-Brel, car depuis le lancement du projet, les journalistes et photographes se pressent pour passer du temps avec eux et percer le secret de leur amour. Cela ne va pas sans susciter quelques jalousies chez les autres résidents. "Cela fait quatre ans que nous sommes ici. Lorsqu'on se tient par la main, quand on s'embrasse, le regard des autres posé sur nous est parfois difficile à assumer. Mais on s'aime bien, avec beaucoup de tendresse. On projette de faire un voyage... Mais attention, nous n'avons jamais cherché à avoir des rapports sexuels. Oh la la la la, tout ce qui a été raconté dans les médias ! Il ne faut pas que vous écriviez le mot sexualité, ce n'est pas ça l'important !"

    Intimité et vie en collectivité

    Pour d'autres, comme Michel Murier, handicapé bien avant d'arriver en maison de retraite, le projet lancé par Éric Seguin n'est pas possible à réaliser. Les chambres sont trop petites, et tout le monde est mélangé. Une collectivité qu'il qualifie d'"industrielle" et dans laquelle il semble avoir du mal à imaginer une intimité.

    Pour Lucienne Doré*, arrivée à 58 ans, la vie amoureuse n'a pas été simple. Elle n'a pas de compagnon, mais n'en fait pas un drame. Par contre, elle a toujours aimé plaire et cela n'a pas changé en institution. Traitée pour de graves problèmes de dépression, elle remarque que les hommes la regardent et admirent sa coquetterie davantage lorsqu'elle a le moral et qu'elle se sent bien dans sa peau.

    Les avis sont partagés, la parole est libérée, les désirs des uns et des autres s'expriment. Le projet est donc enclenché, même si on comprend que l'équilibre entre la vie en collectivité et l'intimité en Ehpad est très fragile. Il faut trouver des solutions, et c'est en premier lieu les encadrants qui doivent les imaginer.

    Valérie Creignou, une infirmière qui affiche 20 ans d'expérience en maison de retraite, reconnaît que la route est encore longue. "En tant que soignant, nous avons encore du boulot ! Depuis le début de la réflexion, il y a un an, je me rends compte que l'on n'est pas bons. Ici, les gens ont peu de moments pour être seuls... Mais la génération des baby-boomers ne va pas tarder à arriver. Une génération qui a combattu les interdits. Et là, il va vraiment falloir faire preuve d'ouverture ! Éric Seguin nous bouscule un peu, cette réflexion prend tellement d'ampleur... C'est le sujet qui dérange, et bizarrement, ce sont peut-être les plus jeunes d'entre nous qui ont le plus de barrières."

    Des formations pour le personnel soignant

    Claire Le Gall, ergothérapeute et cadre de santé, coordonne le cycle de formation du projet. Elle a la possibilité de discuter et de réfléchir à huis-clos avec l'ensemble du personnel réuni en petits groupes. Un temps pendant lequel chacun arrive avec son vécu et est amené à réfléchir à sa propre intimité. Très perturbant, mais très riche. Là aussi, il faut que la parole se libère entre les participants. Les sensibilités sont mises à rude épreuve, car cette question de l’intimité des personnes âgées ramène forcément à sa propre famille. Grâce à ce temps de formation, les encadrants prennent du recul sur leurs pratiques et leur quotidien rythmé par les gestes de la toilette, des soins ou des repas.

    Depuis le début des formations, Claire Le Gall constate que le mot "sexualité" revient comme un leitmotiv. Elle explique que le mot a été banalisé et que son sens est à redéfinir. Pour étayer la réflexion et susciter le débat, la formatrice projette un documentaire, Nos amours de vieillesse, d’Hélène Milano. On y découvre l’histoire de plusieurs couples tombés amoureux au seuil de la vieillesse. Frissons, plaisir, désir, chaque témoignage démontre que l’amour n’a pas d’âge.

    Changer de regard sur la vieillesse

    Si ce film est une ode à l’amour, il apporte aussi un regard critique sur la famille. En effet, les premiers freins au désir d’intimité des seniors proviennent des enfants qui refusent de voir leur parent aimer quelqu’un d’autre, aimer à nouveau... ou aimer tout court. Comme le précise une femme dans l'un des témoignages, sa relation avec un homme qui n’était pas le père de ses enfants a été vécue comme un divorce, une trahison faite au père pourtant décédé.

    Accompagner des personnes âgées en maison de retraite, c'est aussi donner une place à la famille, mais tout en veillant à ce que les droits et les libertés des résidents soient respectés. Comment réagir avec une famille qui refuse de voir son parent aimer à nouveau ? Trop souvent, les résidents s'interdisent des choses par peur du regard de leur famille. Les encadrants ont un rôle très important, difficile à assumer parfois, entre la volonté de respecter le désir du résident et les pressions familiales. Éric Seguin s’avoue parfois un peu dépassé par l’intérêt médiatique que son projet suscite à l’échelle nationale. Ceci tend à prouver une chose : c'est la société dans son ensemble qui doit changer son regard sur la vieillesse.

     

    * Le prénom et le nom ont été changés à la demande de l’interviewée

    Pauline Burguin - Journaliste
    Pauline Burguin - Journaliste

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