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    Le plateau des Capucins à Brest : un chantier entre Histoire et espoir

    Le plateau des Capucins dans la ville Le plateau des Capucins dans la ville - © Pauline Burguin

    Début des années 2000. La Direction des constructions navales (DCN) ouvre les ateliers de l’arsenal de Brest. Situé sur le plateau des Capucins, dominant la rade, l’espace est un lieu stratégique de la ville. Rétrocédée à la municipalité en 2009, cette friche industrielle attire les promoteurs, mais reste un lieu sacré pour les âmes brestoises. En pleins travaux sur le plateau, enquête de mémoire avec Céline Angot, ethnologue et chargée de mission culture pour Brest métropole océane.

    Depuis les années quatre-vingt, la rive droite de Brest, pôle de développement de la ville, entame sa décroissance. L’arsenal de Brest, épicentre de l’activité industrielle, est privatisé et ne réalise plus que des travaux d’entretiens. Le nombre d’ouvriers d’État décroît petit à petit. Même si la vocation portuaire de Brest est immuable, il faut réinventer l’écosystème de la ville. Certains citoyens et plusieurs associations engagent des actions dans les quartiers qui jouxtent l’arsenal rive droite, dont le fameux Recouvrance.

    Voilà plus de trente ans que l'association Les Amis de Recouvrance s’attachent à transmettre le riche passé de ce quartier qui fut le berceau historique de Brest. L’imaginaire collectif retient aussi des chansons : "Moi je pensais qu’à Recouvrance, on trouvait toujours à boire" (C. Miossec) et quelques sombres histoires qui ont sans doute contribué à cristalliser l’image rock’n roll et populaire de la ville. Mais avant d’être un quartier, Recouvrance, comme Bellevue un peu plus haut, était un village. Ah ! Les beaux dimanches de la rue de Saint-Malo : guinguette sur le pavé, concert de metal à 16 h, "binouze" au comptoir que l’on échange avec des heureux.

    Depuis 1989, l’association Vivre_la_rue tente aussi de se réapproprier le plateau des Capucins et son histoire compliquée. Elle organise des rencontres pour discuter et terminer le week-end sur l’une des rares rues pavées de Brest, située au pied des arsenaux. Dans une grande guinguette en pierre datant d’avant-guerre, une faune hétéroclite de citoyens se rassemble en quête de sens, quelques dimanches par an. Les syndicats occupent le débat, les artistes de la compagnie de théâtre forain Dérézo dialoguent avec les âmes et la musique contestataire accompagne les goûters des enfants.

    Au centre de l’activité industrielle brestoise

    Portrait d'ouvriers par Paul Bloas À Brest, on met un peu plus de temps qu’ailleurs pour recoller les morceaux. La mémoire des lieux est problématique dans une ville presque totalement détruite durant la Seconde Guerre mondiale et qui cherche les traces du passé pour avancer. Aujourd’hui, tous les Brestois vous le diront, la cité se métamorphose. Mais il est primordial de savoir sur quoi on construit le nouveau monde et le plateau des Capucins attire tant de convoitises.

    Céline Angot, ethnologue et chargée de mission culture pour Brest métropole océane, auteure d’une thèse sur Les traditions industrielles à l’épreuve de la modernité, en sait beaucoup sur les ateliers de Brest. "Les ouvriers des ateliers de l’arsenal avaient des compétences d’artistes. Ils étaient capables de confectionner les grosses pièces mécaniques des navires militaires, lignes d’arbres, safrans, gouvernails, de réaliser des travaux de chaudronnerie et de fonderie titanesque comme les chaînes d’ancres pour navires militaires. Ils fabriquaient aussi de petits objets comme les tapes de bouches, les écussons des bateaux. Les gigantesques pièces qui sortaient des ateliers nécessitaient une architecture particulière, composée de nefs (toits pointus) et de sheds (toiture en dents de scie). Le code couleur des nefs, vert jaune rouge, détermine chaque activité des ateliers des Capucins. La nef centrale accueillait les machines-outils pour le gros usinage."

    La dernière journée

    La fonderie des ateliers des Capucins Portrait de Dominique Coadou

    Céline Angot a grandi à Brest dans une famille qui compte un Papa officier marinier. Elle est personnellement attachée à l’histoire de la ville qu’elle transmet avec une passion certaine. Elle a mené 120 entretiens pour réaliser sa thèse. "Sans tomber dans le passéisme, l’histoire ouvrière est importante à transmettre pour comprendre ce lieu", poursuit-elle.

    "L’histoire des femmes ouvrières a retenu mon attention. La première femme ouvrière arrive officiellement aux ateliers en 1980. Femmes et enfants avaient bien été réquisitionnés aux ateliers pendant les deux guerres, mais Dominique Coadou fut l’une des premières apprenties admises en 1978 à l’école des Arpètes. Trois années de formation plus tard, elle travaille à la chaudronnerie ! Aux ateliers, se syndiquer était presque automatique. Les seuls qui ne l’étaient pas avaient souvent du mal à le vivre… Les apprentis, avant même de rentrer aux ateliers, assistaient à des réunions syndicales. En analysant certains parcours, j’ai constaté que parmi les ouvriers il y avait ceux qui s’affirmaient grâce à leur savoir-faire et leur habilité technique et d'autres grâce à leur savoir-faire politique."

    L’histoire ouvrière de Brest est un sujet qui rassemble. En témoigne, entre autres, le travail du réalisateur et producteur brestois Olivier Bourbeillon. En 2005, les forges de Pontaniou (reliées aux ateliers de l'Arsenal) ont mis en sommeil le marteau Pilon datant de 1867. Le réalisateur a alors offert un film-hommage aux ouvriers de cette machine. Dans La dernière journée (voir vidéo ci-dessous), nous découvrons trois hommes qui jouent, une dernière fois, leur propre rôle : être forgerons sur la N°125.

     

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    Réalisé par Olivier Bourbeillon, produit par Paris Brest Production

     

    Let’s go downtown en téléphérique

     

    Plan du centre-ville de Brest.

    Le chantier du plateau des Capucins n'a pas encore été clairement défini en termes de calendrier, de budget et d'opérations. Plusieurs changements ont déjà eu lieu, mais des axes forts se dessinent. En 2005, la municipalité a notamment retenu l'architecte Bruno Fortier. Son idée : imaginer un centre d’interprétation des ateliers de Brest autour d'un parcours à travers les ateliers réhabilités. Au cœur de son projet d’urbanisme, les différentes filières culturelles et artistiques, aujourd’hui requalifiées d’industries créatives, auront une place de choix. Les nouveaux ateliers accueilleront ainsi Le Fourneau, Centre national des arts de la rue et la Médiathèque centrale de Brest. De nombreuses associations culturelles espèrent aussi y emménager.

    Dans les derniers plans détaillés, un multiplexe devrait voir le jour dans un des espaces. La cinémathèque de Bretagne aurait pu s’y installer, mais ce n’est plus d’actualité. Les plans d’un écoquartier émergent et conservent une architecture industrielle dans une démarche axée développement durable. Cerise sur le plateau, un téléphérique reliera les deux rives, de Recouvrance à "Brest-Même".

    Derrière tous ces projets ambitieux, la volonté politique est de reconquérir le "cœur de ville", de reconnecter les habitants à leur territoire. C'est bien de cela dont rêvent les habitués de la rive droite, même si le temps paraît long et les intentions de la municipalité pas toujours bien comprises. Néanmoins tout le monde semble désirer occuper à nouveau une zone close depuis 1865. Un jour, on boira un godet sur les quais de la Penfeld, téléphérique ou pas, en haut ou dans la tête.

     

     

     

    Société

    tags : reportage, Brest, Finistère, collectivité, aménagement, Histoire, tradition, savoir-faire

    Image de Une : Les trois nefs des ateliers ou Portraits réalisés par Paul Bloas © Pauline Burguin

    Le plateau des Capucins à Brest : un chantier entre Histoire et espoir

    Début des années 2000. La Direction des constructions navales (DCN) ouvre les ateliers de l’arsenal de Brest. Situé sur le plateau des Capucins, dominant la rade, l’espace est un lieu stratégique de la ville. Rétrocédée à la municipalité en 2009, cette friche industrielle attire les promoteurs mais reste un lieu sacré pour les âmes brestoises. En plein travaux sur le plateau, enquête de mémoire avec Céline Angot, ethnologue et chargée de mission culture pour Brest Métropole Océane.

    Depuis les années quatre-vingt, la rive droite de Brest, pôle de développement de la ville, entame sa décroissance. L’arsenal de Brest, épicentre de l’activité industrielle, est privatisé et ne réalise plus que des travaux d’entretiens. Le nombre d’ouvriers d’État décroit petit à petit. Même si la vocation portuaire de Brest est immuable, il faut réinventer l’écosystème de la ville. Certains citoyens et plusieurs associations engagent des actions dans les quartiers qui jouxtent l’arsenal rive droite, dont le fameux Recouvrance.

    Voilà plus de trente ans que l'association Les Amis de Recouvrance s’attachent à transmettre le riche passé de ce quartier qui fut le berceau historique de Brest. L’imaginaire collectif retient aussi des chansons : "Moi je pensais qu’à Recouvrance, on trouvait toujours à boire" (C. Miossec) et quelques sombres histoires qui ont sans doute contribué à cristalliser l’image rock’n roll et populaire de la ville. Mais avant d’être un quartier, Recouvrance, comme Bellevue un peu plus haut, était un village. Ah ! Les beaux dimanches de la rue de Saint-Malo : guinguette sur le pavé, concert de métal à 16 h, "binouze" au comptoir que l’on échange avec des heureux.

    Depuis 1989, l’association Vivre_la_rue tente aussi de se réapproprier le plateau des Capucins et son histoire compliquée. Elle organise des rencontres pour discuter et terminer le weekend sur l’une des rares rues pavées de Brest, située au pied des arsenaux. Dans une grande guinguette en pierre datant d’avant-guerre, une faune hétéroclite de citoyens se rassemble en quête de sens, quelques dimanches par an. Les syndicats occupent le débat, les artistes de la compagnie de théâtre forain Dérézo dialoguent avec les âmes et la musique contestataire accompagne les goûters des enfants.

    Au centre de l’activité industrielle brestoise

    À Brest, on met un peu plus de temps qu’ailleurs pour recoller les morceaux. La mémoire des lieux est problématique dans une ville presque totalement détruite durant la Seconde Guerre mondiale et qui cherche les traces du passé pour avancer. Aujourd’hui, tous les Brestois vous le diront, la cité se métamorphose. Mais il est primordial de savoir sur quoi on construit le nouveau monde et le plateau des Capucins attire tant de convoitises.

     

    Céline Angot, ethnologue et chargée de mission culture pour Brest Métropole Océane, auteure d’une thèse sur Les traditions industrielles à l’épreuve de la modernité, en sait beaucoup sur les ateliers de Brest. "Les ouvriers des ateliers de l’arsenal avaient des compétences d’artistes. Ils étaient capables de confectionner les grosses pièces mécaniques des navires militaires, lignes d’arbres, safrans, gouvernails, de réaliser des travaux de chaudronnerie et de fonderie titanesque comme les chaînes d’ancres pour navires militaires. Ils fabriquaient aussi de petits objets comme les tapes de bouches, les écussons des bateaux. Les gigantesques pièces qui sortaient des ateliers nécessitaient une architecture particulière, composée de nefs (toits pointus) et de sheds (toiture en dent de scie). Le code couleur des nefs, vert jaune rouge, détermine chaque activité des ateliers des Capucins. La nef centrale accueillait les machines-outils pour le gros usinage."

    La dernière journée

    + images

    La fonderie des ateliers des Capucins © DCNS
    Portrait de Dominique Coadou © Mathieu Le Gall

    Céline Angot a grandi à Brest dans une famille qui compte un Papa officier marinier. Elle est personnellement attachée à l’histoire de la ville qu’elle transmet avec une passion certaine. Elle a mené 120 entretiens pour réaliser sa thèse. "Sans tomber dans le passéisme, l’histoire ouvrière est importante à transmettre pour comprendre ce lieu", poursuit-elle.

    "L’histoire des femmes ouvrières a retenu mon attention. La première femme ouvrière arrive officiellement aux ateliers en 1980. Femmes et enfants avaient bien été réquisitionnés aux ateliers pendant les deux guerres, mais Dominique Coadou fut l’une des premières apprenties admises en 1978 à l’école des Arpètes. Trois années de formations plus tard, elle travaille à la chaudronnerie ! Aux ateliers, se syndiquer était presque automatique. Les seuls qui ne l’étaient pas avaient souvent du mal à le vivre… Les apprentis, avant même de rentrer aux ateliers, assistaient à des réunions syndicales. En analysant certains parcours, j’ai constaté que parmi les ouvriers il y avait ceux qui s’affirmaient grâce à leur savoir-faire et leur habilité technique et d'autres grâce à leur savoir-faire politique."

    L’histoire ouvrière de Brest est un sujet qui rassemble. En témoigne, entre autres, le travail du réalisateur et producteur brestois Olivier Bourbeillon. En 2005, les forges de Pontaniou (reliées aux ateliers de l'Arsenal) ont mis en sommeil le marteau Pilon datant de 1867. Le réalisateur a alors offert un film-hommage aux ouvriers de cette machine. Dans La dernière journée (voir vidéo ci-dessous), nous découvrons trois hommes qui jouent, une dernière fois, leur propre rôle : être forgerons sur la N°125.

    + vidéo http://vimeo.com/3524333

    Réalisé par Olivier Bourbeillon, produit par Paris Brest Production

    Encadré

    Let’s go downtown en téléphérique

    Le chantier du plateau des Capucins n'a pas encore été clairement défini en terme de calendrier, de budget et d'opérations. Plusieurs changements ont déjà eu lieu, mais des axes forts se dessinent. En 2005, la municipalité a notamment retenu l'architecte Bruno Fortier. Son idée : imaginer un centre d’interprétation des ateliers de Brest autour d'un parcours à travers les ateliers réhabilités. Au cœur de son projet d’urbanisme, les différentes filières culturelles et artistiques, aujourd’hui requalifiées d’industries créatives, auront une place de choix. Les nouveaux ateliers accueilleront ainsi Le Fourneau, Centre national des arts de la rue et la Médiathèque centrale de Brest. De nombreuses associations culturelles espèrent aussi y emménager.

    Dans les derniers plans détaillés, un multiplexe devrait voir le jour dans un des espaces. La Cinémathèque de Bretagne aurait pu s’y installer, mais ce n’est plus d’actualité. Les plans d’un écoquartier émergent et conservent une architecture industrielle dans une démarche axée développement durable. Cerise sur le plateau, un téléphérique reliera les deux rives, de Recouvrance à "Brest-Même".

    Derrière tous ces projets ambitieux, la volonté politique est de reconquérir le "cœur de ville", de reconnecter les habitants à leur territoire. C'est bien de cela dont rêvent les habitués de la rive droite, même si le temps parait long et les intentions de la municipalité pas toujours bien comprises. Néanmoins tout le monde semble désirer occuper à nouveau une zone close depuis 1865. Un jour, on boira un godet sur les quais de la Penfeld, téléphérique ou pas, en haut ou dans la tête.

    + shéma

    Le plateau des Capucins dans la ville © BMA

    Pauline Burguin

     

    Pauline Burguin - Journaliste
    Pauline Burguin - Journaliste

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