À Laval

L'Effet Papillon veut faire (re)battre les cœurs des hôpitaux

Mélanie Péron Mélanie Péron - © Jean-Charles Druais

Ils sont hospitalisés pour cause de pathologies longue durée et pour eux, les solutions permettant d'égayer le quotidien ne sont pas toujours légion. En partant de ce triste constat et de son expérience personnelle, Mélanie Péron a décidé d'agir : à Laval, grâce à son entreprise L'Effet Papillon et à sa palette de solutions innovantes, l'hôpital n'est plus seulement synonyme de sourires en berne. Pour les patients, mais aussi pour leurs proches et le personnel hospitalier.

"Après avoir été confronté à la maladie, soit on ne veut plus jamais en entendre parler, soit on se bouge pour mettre en place des actions", raconte Mélanie Péron, qui a elle-même vécu cette situation. Après avoir accompagné un proche lors d'une hospitalisation de dix-huit mois, elle a décidé de passer à l'action en créant une entreprise au nom L'Effet Papillon et à l'activité bien particulière. Son credo : utiliser tous les leviers susceptibles d'adoucir le quotidien des personnes hospitalisées pour des pathologies longue durée.

"Ces patients sont très souvent victimes d'isolement, voire d'exclusion sociale", raconte Mélanie. "La situation est très difficile à gérer pour les proches. On trouve bien des associations d'accompagnement, mais il n'existe pas d'actions réellement coordonnées. Il est aussi très compliqué de trouver les informations". Mélanie se bat pour que les établissements hospitaliers, les associations et les entreprises agissent dans le même sens : celui du mieux-être du patient.

250 patients accompagnés en 2012 à Laval

Parce que les patients de tous âges doivent pouvoir s'évader, les conteurs frappent aux portes de l'hôpital. C'est à la polyclinique de Laval séduite par le projet en 2010 que L'Effet Papillon va prendre son envol. Les premières interventions débutent à l'automne 2011, dans un premier temps dans le champ de la culture. Mélanie apporte un peu de couleur dans ces couloirs tristement immaculés en invitant des associations et des artistes du cru. Ces derniers content, chantent ou exposent leurs œuvres aux patients et à leurs familles, "heureux de pouvoir enfin vivre des moments "normaux".

"À l'hôpital, on pense toujours aux spectacles pour les enfants, mais on ne l'envisage même pas pour les adultes", poursuit-elle. "Pourtant, eux aussi ont envie de rêver !" Le réseau d'artistes-intervenants gagne progressivement en épaisseur, si bien qu'en 2012, pas moins de 250 patients se sont temporairement échappés du quotidien au son d'une guitare ou d'une voix narratrice.

Pour Mélanie, l'action culturelle n'est qu'une étape avant l'élaboration d'une offre de services bien plus développée. Au menu pour les patients : séances de sophrologie, d'esthétique, de musicothérapie ou encore… de formation professionnelle.

Le virtuel à tire d'ailes

Première structure d'innovation non technologique accompagnée par le  Fonds Pays de la Loire territoire d'innovation, L'Effet Papillon poursuit son développement dans les nouvelles technologies. Un réseau social virtuel est actuellement en cours de construction. Il permettra aux utilisateurs d'y incarner un avatar et d'être ainsi en mesure de s'évader en toutes circonstances. Au lieu du traditionnel clavier porteur de bactéries, le logiciel s'accompagne d'un périphérique de type Kinect et peut ainsi être utilisé jusque dans les chambres d'isolement. Pour développer cet outil révolutionnaire dans le milieu hospitalier, L'Effet Papillon reçoit même un coup de pouce de Microsoft, qui a missionné quelques-uns de ses ingénieurs pour l'occasion !

"Aussi aberrant que cela puisse paraître, la formation continue n'est pas autorisée pendant une hospitalisation ! Alors que dans certaines maladies, les patients sont bien obligés d'envisager une reconversion. L'idée serait donc d'organiser des sessions de formation avec des organismes lavallois."

Afin de s'assurer de la faisabilité de chacune de ces nouvelles offres, L'Effet Papillon mène régulièrement des expérimentations auprès des patients. Mélanie s'est notamment entourée d'une socio-esthéticienne, d'une sophrologue, d'un chercheur ergonome et d'un économiste de la santé.

"Très peu font de la recherche scientifique pour évaluer leurs prestations alors que cela me semble primordial dans notre activité. Il ne s'agit aucunement de remettre en cause la partie soins, mais plutôt de développer des thérapies extra-médicamenteuses ayant déjà fait leurs preuves ailleurs". Mélanie avoue en effet suivre de près les progrès réalisés aux États-Unis, au Canada et en Angleterre, "des pays qui ont une bonne vingtaine d'années d'avance sur nous en termes d'innovation sociale."

Une meilleure santé à moindre coût !

C'est d'abord par l'art, et notamment la musique, que L'Effet Papillon est parvenu à se faire une place parmi les patients.

Pour combler ce retard, il faudra peut-être commencer par mettre à mal certaines idées reçues, et notamment sur le coût supplémentaire engendré par les intervenants en milieu médical. Au contraire, d'après Mélanie, l'ensemble du système de santé français pourrait profiter des traitements alternatifs en faisant même des économies.

"Lorsque les patients ont davantage le moral, ils consomment déjà moins de médicaments. Ensuite, leur durée d’hospitalisation peut s'en trouver raccourcie, tout comme celle de leurs arrêts de travail. Enfin, dans les établissements favorisant ces pratiques, on constate également moins de turnover chez les personnels de soins de santé, puisqu'ils établissent des rapports différents et plus positifs avec leurs patients."

Dans les mois à venir, l'un des défis majeurs pour L'Effet Papillon sera de mettre au point des projets permettant au patient de conserver des liens avec son employeur. "L'entreprise pourrait par exemple offrir des packs bien-être à son employé… On parle toujours de responsabilité sociale de l'entreprise ; là, ce serait du concret !"

Si pour l'instant l'Effet Papillon n'intervient que sur la polyclinique de Laval, de nombreux établissements français se sont montrés intéressés par son travail. "Notre ambition est d'intervenir sur l'ensemble du territoire national. C'est assez angoissant, car nous partons de très très loin. Mais nous devons poursuivre notre démarche et continuer à l'évaluer en permanence, avec rigueur". Et comme on dit un simple battement d'ailes de papillons…

 

Pour en savoir plus : www.leffetpapillon.net

 

Arnaud Roizen - Journaliste
Arnaud Roizen - Journaliste

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