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    C'est vous qui le dites #24 (ép. 4)

    "Légumes moches" : des pistes pour une économie positive

    Tous des légumes moches ? Tous des légumes moches ? - © CC SA 2.0 L'imaGiraphe / Flickr

    Les chiffres sont connus : le coût annuel du chômage est estimé entre 75 et 110 milliards d’euros par an, soit 15 à 22 000 € par demandeur d’emploi. Un formidable gâchis humain et économique. En attente de reprise économique et de créations nettes d’emploi, comment enrayer cette "désutilité" et cette évaporation de valeurs ? (tribune libre)

    Chacun connaît la discrimination systémique que subit un demandeur d’emploi, le syndrome du "trou dans le CV". Chômeur égale responsable de son état, égale suspect d’incompétence voire d’assistanat. En quelques mois de chômage, 14 en moyenne, le capital social et professionnel est dissout par les a-priori ancrés dans l’imaginaire collectif auquel nous participons tous implicitement, citoyens, recruteurs et politiques. Car cette discrimination n’est curieusement pas reconnue par la loi.

    Considérer la compétence comme une ressource

    Au carrefour de l’économie positive et de la RSE (responsabilité sociétale des entreprises), il faut relier ce constat avec les principes de l’économie circulaire. Puisque nous sommes capables de penser une économie et des comportements citoyens d’achats responsables, de circuits courts, d’économie d’énergies et de matières ou de finance responsable, nous devons au même titre considérer la compétence et le capital humain comme une ressource. Cette ressource qu’il faut protéger, valoriser et réutiliser au mieux des intérêts collectifs est coûteuse en éducation, en formation et en actualisation et sa dégradation ajoute un coût supplémentaire, celui du chômage. Il faut donc imaginer un circuit court du réemploi des compétences, c’est-à-dire qui réduit le temps nécessaire à ce réemploi en considérant que c’est ce temps (le chômage) qui produit de la "désutilité", de la perte d’employabilité et des dépenses sociales.

    L'entreprise en première ligne

    L’entreprise est en première ligne pour mettre en œuvre ce changement. Engagée en RSE, elle a appris à sélectionner un fournisseur d’énergie verte, des achats responsables ou une banque socialement engagée. Elle a aussi généralement intégré l’importance et les avantages liée aux politiques de diversité. Elle saura donc, à compétences équivalentes, prioriser l’embauche d’un demandeur d’emploi et réduire "l’empreinte chômage" en addition des politiques publiques déjà engagées (parité, seniors, alternance, handicap, insertion par l’activité économique). Cela suppose, comme pour tout acte d’engagement citoyen, de réfléchir aux bénéfices produits en interne et en externe par son changement de pratique (quand nous choisissons de nous fournir dans une AMAP ou chez un recycleur) et aux moyens de mettre ce changement en pratique, dans ce cas ses pratiques de recrutement et d’intégration de nouveaux collaborateurs.

    Des charges improductives réaffectées…

    À l’échelle locale et nationale, les effets peuvent être spectaculaires. Les simulations montrent qu’à flux d’emplois égal, si l’embauche de chômeurs augmentait de 10 % et que leur durée d’inactivité diminuait de moitié, l’économie publique atteindrait entre 2 et 3 milliards d’euros par an. L’engagement de chaque entreprise, chiffrable et valorisable à hauteur de 22 000 euros par embauche dans les chartes RSE, participerait du dialogue social interne et territorial. La stabilité revendiquée des ex-chômeurs réduirait les 36 % de CDI rompus pendant la première année et donc le coût de recrutements réitérés. Autant de charges improductives qui seront réaffectées dans une économie sociale positive à forte valeur ajoutée.

    Pistes simples d'engagement

    Pour s’engager dans cette démarche individuellement ou collectivement, en tant que citoyen ou que membre d’un collectif professionnel, il y a des pistes simples.

    La première est l’autodiagnostic. Quelle est ma position, ma croyance, sur la discrimination liée au chômage ? Est-ce que je la combats, est-ce que je l’ignore, est-ce que j’y contribue même implicitement ? Par exemple si je suis recruteur ou entrepreneur, quels sont les résultats objectifs des embauches réalisées ces deux dernières années ?

    La deuxième est la communication. Si je suis convaincu que ce message est cohérent avec les sujets d’économie positive et de lutte contre les discriminations, je peux participer à la diffusion et au changement des consciences. En parler autour de soi et dans son entreprise, questionner les pratiques… contribuer à la large diffusion des chroniques "Nous sommes tous des légumes moches !" et participer à ce débat constructif.

    Le troisième est l’action. Chaque entreprise, chaque partie prenante peut aisément s’emparer du sujet et l’intégrer dans une charte RSE, en addition des mesures déjà engagées. Les outils alternatifs de sourcing de candidat(e)s, de recrutement et d’intégration sont à la portée de tous. De même pour les outils de mesure des progrès.

    Pour ma part, je travaille à la création d’une entreprise à objet social, dont les missions seront de diffuser le message "Nous sommes tous des légumes moches !" au niveau national et international, d’accompagner les parties prenantes dans les actions à engager pour intégrer cette culture dans les chartes RSE, et enfin de rendre visible la somme des engagements et des résultats pour réduire le chômage et son cortège de maux associés.

     

    À bientôt !

     

    Merlin Voiforte

    Tribune légumes moches de Merlin Voiforte

    Merlin a choisi l'anonymat, mais répond aux questions et autres sollicitations :

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    www.facebook.com/pages/Merlin-Voiforte/1597238017184650

     

    Parce que les bonnes idées se partagent…

    … et parce que nous croyons qu'il faut toujours favoriser le partage des idées, Terri(s)toires ouvre ses pages aux prises de parole des acteurs des territoires. Notre rubrique "C'est vous qui le dites !" est une chronique où nous souhaitons accueillir les points de vue les plus divers, ceux de simples particuliers et ceux d'experts patentés, parlant en leur nom propre ou pour le compte d'une organisation, d'une association ou d'un groupe… pour en tout cas provoquer le débat.

    Parmi les thématiques que nous privilégions, il y a celles qui intéressent la communauté des "Terri(s)toriens" : les initiatives sociétales de tous ordres, les modes de vie, et la culture dans son sens le plus large. Nous choisissons cependant de ne pas limiter les sujets potentiels, car c'est bien la nouveauté ou l'originalité des analyses, des opinions et des points de vue qui nous intéresse… et qui intéressera les lecteurs de Terri(s)toires.

    La rédaction se réserve le droit d'agréer les propositions qui lui seront faites. Pour proposer un texte, il suffit de nous contacter sur redaction@terristoires.info.
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