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Frère Fernand de l'association PRSF

L'homme libre des prisons africaines

Frère Fernand de l'association PRSF Pendant un demi-siècle, de son petit village de Normandie aux prisons d'Afrique noire, le frère franciscain Fernand Mancel a appliqué avec fidélité les valeurs de son ordre religieux : simplicité, générosité et humanisme. Portrait d'un globe-trotter militant du mieux-vivre.

Sourire humble, yeux pétillants, mains qui s'animent ; à 70 ans, frère Fernand s'agite comme un adolescent lorsqu'il parle de ses séjours humanitaires dans les prisons africaines. "C'est un projet qui me passionne. Là-bas, je suis libre comme l'air, plus libre que je ne pourrais jamais l'être dans une prison française. Et j'y trouve les plus beaux sourires de l'humanité." Depuis 1993, le frère franciscain rattaché à la fraternité de Nantes passe l'essentiel de son temps en Afrique où il a assisté à la naissance de l'association Prisonniers sans frontières (PRSF, cf. encadré). L'aboutissement d'une vie dédiée à la religion, et plus particulièrement à un courant qui engage à "s'associer avec les faibles, les démunis, les exclus, et, ensemble, par des gestes concrets, bâtir un monde plus juste et solidaire."

Chemin de vie en croix

Un petit village de Normandie, 1941. Fernand Mancel et son jumeau naissent dans une famille très modeste de cinq garçons. Son père, paysan, meurt lorsqu'il a sept ans. L'aîné n'en a que 12. La mère se tue à la tâche pour nourrir toutes ces bouches. "Nous n'avions pas d'argent pour suivre des études, mais comme je voulais être curé, j'ai été envoyé au séminaire à 12 ans grâce à la participation du diocèse. Malheureusement, je n'étais pas fait pour les études : difficultés intellectuelles, manque de culture, timidité -ce n'est qu'à l'âge de 20 ans que j'ai réussi à lire en public- ça n'a pas marché. Mais il y a 1 000 manières de donner sa vie à Dieu." Et suivre les préceptes de simplicité de Saint François d'Assise ne demande "ni bac ni grandes études", puisque ceux qui ne sont pas prêtres travaillent de leurs mains et partagent leurs revenus avec leur communauté religieuse.

En 1960, Fernand rejoint donc le frère Joseph qui entretient le jardin du couvent de Rennes. Il devient frère laïc (non prêtre), ce qui lui attire des inimitiés. "Le curé normand qui m'avait soutenu au début n'était pas content du tout, et même ma marraine a arrêté de me parler !" Il passe son postulat à Rennes, son noviciat à Quimper, puis travaille à Nantes en tant que cuisinier. Après un bref retour en Normandie, il s'installe à côté de Chartres après mai 68 pour créer une fraternité en secteur rural déchristianisé. "Ce sont les plus belles années de ma vie religieuse. Nous étions quatre, deux curés et deux frères ouvriers, et nous sommes restés 25 ans ensemble."

Prisonniers sans frontières

Améliorer la détention sans tensions

Patrice Mollie, ancien secrétaire général de l'Agence française de développement, est président de l'association PRSF. "Prisonniers sans frontières est un réseau de visiteurs bénévoles de prison, créé par Jacques Risacher en 1995. Environ 400 visiteurs africains s'engagent à se rendre une fois par semaine dans une prison, seul ou en équipe de trois, quatre membres pour échanger avec les prisonniers et si possible améliorer leurs conditions de vie. Ils ont pour cela un budget d'environ 100 € par mois." Pragmatique, l'association refuse de dénoncer les situations qu'elle constate, même si elles sont choquantes. Car ne pas se confronter aux pouvoirs en place, c'est "un gage pour travailler dans la durée : PRSF ne fait pas de "coups", mais en faisant entrer la société civile dans les prisons, parvient progressivement à y réduire les mauvais traitements. S'ils sont particulièrement inhumains ou dégradants, nous en rendons compte auprès de la haute administration, voire directement auprès du ministre de la Justice." Compléments en rations alimentaires, repas de fête, création d'un jardin maraîcher pour améliorer l'ordinaire et lutter contre l'inactivité, préparation au retour dans la vie civile, réfection des sanitaires ou du système d'assainissement, construction d'équipements... l'action de PRSF se décline sous plusieurs formes dans sept pays d'Afrique noire : la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso, le Bénin, le Togo, la Guinée, le Mali et le Niger.

www.prsf.org

Cariste sachant lire et écrire, Fernand Mancel se voit vite confier des responsabilités qui dépassent ses fonctions. Mais il utilise aussi ses connaissances pour faire respecter les droits des ouvriers. Une épine dans le pied de patrons peu regardants. "Le 4 janvier 1974, je me suis fait renvoyer pour avoir pris la défense d'un chef de cave. Mais j'ai continué à travailler tant que la patronne n'est pas venue me voir en personne pour me signifier mon congé. Elle est arrivée avec un huissier, à qui j'ai tout raconté en lui demandant de rédiger un procès verbal dont je me suis fait remettre une copie. Devant le conseil de prud'hommes, l'entreprise a été condamnée à me verser un million de dommages et intérêts, que j'ai reversé au bureau d'aide sociale de notre petit village." Sourire aux lèvres, Fernand savoure aujourd'hui encore cette victoire sur le patronat, même s'il en a payé le prix. "Par contre, j'ai ensuite dû travailler pendant 20 ans dans une entreprise de produits chimiques... et sans trop l'ouvrir."

Renaissance africaine

Au début des années quatre-vingt-dix, la maison franciscaine de Touraine ferme, et à 52 ans, frère Fernand doit se reconstruire un avenir. Il se tourne vers l'Afrique, où il fait la rencontre de Jacques Risacher. "À l'époque, il œuvrait pour les enfants des rues et travaillait pour l'administration ivoirienne. Il avait le bras long. Lorsqu'il a découvert les conditions de détention dans la prison d'Abidjan, il a voulu leur apporter une aide, puis faire de même partout en Afrique. Prisonniers sans frontières était né." Fernand Mancel, en mission pour la fraternité de Nantes, en devient l'un des premiers ambassadeurs et passe d'un pays à l'autre depuis plus de 15 ans.

Dortoirs de 30 m² pour 60 lits, malnutrition, absence totale d'hygiène, inactivité forcée, violences physiques et morales... Améliorer les conditions de détention des prisonniers africains n'est pas chose facile. "Je distribue un peu de nourriture, je leur achète des poubelles, des serpillères, des plats, je fais l'aumônier, l'ambulancier..." Et son triple statut de "religieux occidental du troisième âge" lui donne le courage de prendre tous les risques. "Dans la prison, je suis au contact direct des prisonniers, puisqu'ils gèrent eux-même la sécurité à l'intérieur. La première fois qu'on m'a emmené dans un bâtiment avec plus de 6 000 prisonniers, j'avais peur ! Mais c'est un grand village, et petit à petit, je me suis familiarisé avec ce monde. J'ai attrapé le paludisme et la gale, j'ai failli casser mes lunettes... mais ça vaut le coup. Tout être humain a le droit au respect, et ma meilleure récompense, c'est le sourire des personnes libérées."

 

www.franciscains-nantes.org

 

 

Extraits du documentaire Au-delà des murs de Jean-Michel Vanzo (35 mn). Pour obtenir la version complète, prendre contact avec l'association PRSF ( Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. )

Thibaut Angelvy - Journaliste, webmaster et rédaction en chef
Thibaut Angelvy - Journaliste, webmaster et rédaction en chef

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