Actualités : inscription à la newsletter de Terri(s)toires

Recherche

Les ebooks à la Une


Folles journées
Folles journées Après Nantes voyage, les Romanciers Nantais ont réalisé un nouveau recueil en partenariat avec un événement phare de la…


Le FC Lorient
Le FC Lorient Troisième club professionnel breton, le FC Lorient est une valeur sûre du football français. De la première saison au…


C'était Ginette
C'était Ginette Première femme députée du Maine-et-Loire, comme l'indique le sous-titre du livre qui lui est dédié, Ginette Leroux était une…




  • Les feuilletons à la Une


    C'est vous qui le dites
    C'est vous qui le dites Puisqu'on vous le dit ! Cet espace vous est en effet réservé, sous réserve de prendre vous-mêmes la parole. Un point de vue à partager, un nouveau…


    Dans la roue d'Europ'raid
    Dans la roue d'Europ'raid La journaliste Delphine Blanchard embarque à bord d'une Peugeot 205 qui participe à l'édition 2017 d'Europ'raid. En 23 jours, elle va traverser 20 pays et parcourir plus…


    Chomlaik
    Chomlaik Marion Gommard-Jouan est partie à la rencontre "des artistes qui donnent à voir le monde". Au fil des histoires glanées sur plusieurs continents, et notamment à chaque…




  • Comment vont les fourmis ?

    -

    Écoutez l'émission de Jet FM sur l'économie sociale et solidaire (27 janvier 2017) :

     

    -

    Nos partenaires

    

    Lycéens à Auschwitz : la claque qui fait grandir

    150 lycéens à Auschwitz 150 lycéens à Auschwitz

    Insouciants. Dans le hall d'embarquement, 150 jeunes des Pays de la Loire attendent le vol Nantes - Cracovie, affrété spécialement pour eux. Certains finissent leur nuit, d'autres discutent. Bonnets sur le crâne, écouteurs autour du cou, Camille, Marion et Romain ne réalisent pas qu'ils vont marcher dans les pas d'1,3 million de déportés : dans quelques heures, ils seront à Auschwitz.

    5 h 30, premiers au poste. Les Guérandais n'ont pas perdu de temps. Levés depuis 3 h 45, l'air toujours endormi, les 38 adolescents et leurs sept accompagnateurs cherchent machinalement leurs passeports, enlèvent leurs ceintures et bottines pour passer au contrôle.

    Parmi les 150 lycéens qui participent à ce voyage, deux classes de première ES (économique et sociale) du lycée Galilée de Guérande  sont réunies ce matin. C'est la première fois que le lycée participe à cette journée organisée depuis sept ans par la Région, en partenariat avec le rectorat de Nantes, la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et le Mémorial de la Shoah de Paris.

    Sweat à capuche et sac sur le dos, Éric Laurent, professeur d'histoire-géographie, glisse timidement : "Depuis la rentrée, les élèves s'interrogent sur le processus génocidaire. Ils sont allés au Mémorial de la Shoah à Paris et aux Archives départementales pour comprendre la responsabilité des institutions et des habitants sous le régime de Vichy et en Loire inférieure1".

    Armés d'un bloc-notes, de papier à dessin, et d'appareils photo numériques et argentiques, Camille, Marion et Romain souhaitent réaliser un carnet de voyage à l'issue de la visite. Bien renseignés sur la question de la Shoah, ils appréhendent un peu.

    Judenrampe : l'enfer sur les rails

    Passer la souris sur l'image pour voir le visage des trois lycéens et découvrez leur témoignage.

    Romain Cottrel - 16 ans

    Marion Guibert . 16 ans

    Camille Robelin . 16 ans

    Quatre heures plus tard et 1 605 km plus loin2, un bus les attend à Cracovie, direction Auschwitz-Birkenau. À peine le temps de se rendre compte de la température - clémente pour un mois de février - et les voilà dans le bus n° 4. Sur fond de paysages mi-désertiques, mi-bétonnés, parsemés çà et là de maisons traditionnelles en bois, la guide, Julia, raconte les heures sombres d'une Pologne annexée par l'Allemagne nazie.

    Au fond du bus, des jeunes ricanent avant de se faire recadrer par leur professeure. Au micro, la voix haletante de Julia déclame : "Avant l'arrivée des nazis, les Juifs étaient très bien intégrés à Auschwitz où ils représentaient la moitié de la population. On avait même rebaptisé la ville "la Petite Jérusalem". Aujourd'hui, il n'y a plus aucun juif, le dernier est mort en 1990". Quand le bus s'arrête, ils descendent pour rejoindre des rails oxydés où flotte un wagon à bestiaux destiné aux humains. Sous un soleil éclatant, le sordide vestige ressemble à un mirage. Il n'en est rien.

    Sur ce quai - appelé "Judenrampe"- 1,1 million de Juifs de toute l'Europe arrivent par convois dès 1942. Après plusieurs jours de voyages, entassés les uns sur les autres, sans eau ni nourriture, la sortie des wagons est d'abord vécue comme un soulagement. "Sur ce quai, les nazis effectuaient "la sélection". Ils plaçaient d'un côté ceux qui allaient travailler dans les camps et de l'autre ceux qui seraient conduits directement dans les chambres à gaz" détaille de sa petite voix Jadwiga, guide polonaise venue épauler Julia. À Auschwitz, la "Solution finale de la question juive" conduira 900 000 Juifs directement dans les chambres à gaz, soit 80 % des déportés juifs.

    Ginette kolinka "N'oublie pas que tu as 18 ans", murmure parfois un prisonnier juif – au péril de sa vie – à l'oreille d'un adolescent dont il débarrasse les bagages. Pour survivre plusieurs heures à Birkenau, l'âge est souvent déterminant. "Mais ça, ils ne pouvaient pas le savoir.". Sourcils froncés, regards perplexes, mais attentifs, les lycéens ont du mal à réaliser ce qu'ont pu vivre des Juifs de leur âge en arrivant ici.

    Bienvenue à Pitchipoï

    "Pitchipoï, c'est comme ça qu'on parlait d'Auschwitz quand on nous a déportés de France. Un peu comme vous diriez Pétaouchnok. Car on n'avait aucune idée de là où on nous envoyait" explique Ginette Kolinka, rescapée des camps de concentration. À 89 ans, lunettes Dior sur le nez et chaussures de randonnée aux pieds, la Parisienne a suivi le groupe depuis Nantes. D'un pas assuré, elle est bien déterminée à marcher une fois de plus dans les allées de Birkenau. "Vous voyez ces chemins mal finis sur lesquels vous butez, c'est moi qui les ai faits. Ça faisait partie des travaux qu'on devait faire dans le camp." Auschwitz, elle y est revenue plusieurs fois, "mais ça ne me fait rien", affirme-t-elle de sa voix éraillée. "Vous savez, je n'ai pas versé une larme depuis que j'ai quitté Auschwitz. (…) ils m'ont rendue inhumaine".

     

    Écoutez le témoignage de Ginette Kolinka qui raconte les retrouvailles avec sa mère, après avoir travaillé dans différents camps de concentration, dont Auschwitz-Birkenau :

     

    Au pas de course, le groupe découvre les ruines du plus grand camp de concentration du IIIe Reich. 300 baraques identiques – soit seulement 15 % de ce qui restait du camp en 1945 – laissent deviner l'immensité des lieux. Les chambres à gaz sont en ruines, brûlées par les nazis pour ne pas laisser de traces. Entouré de bouleaux - d'où son nom polonais "Brzezinka" - Birkenau semble perdu au milieu de nulle part. En plus des barbelés, deux rivières entourent le camp. Impossible de s'enfuir.

    Marion avance d'un pas léger, sans penser que sous ses pieds, un cimetière humain s'étend sur 200 hectares. "J'ai beau voir les baraques, les barbelés, je n'imagine pas ce qui a pu se passer ici.". À ses côtés, une jeune fille échange avec son professeur : "Pourquoi les kapos demandaient à des Juifs d'enterrer d'autres Juifs ?". Ce qu'elle ne comprend pas, c'est la perversité extrême de ce système de mise à mort.

    Devant le monument aux morts, les 150 lycéens sont réunis le temps d'une minute de silence. Au loin, une sirène d'ambulance résonne. Ginette Kolinka prend finalement la parole : "La haine. Chaque fois que vous avez ce sentiment, pensez Auschwitz. Je suis malheureuse en ce moment et j'ai peur, parce que le racisme, on le sent partout".

    Preuves humaines en vitrine

    chaussures des victimes de la shoah Auschwitz n° 1. Le bus fait une dernière escale. À quelques kilomètres de Birkenau, c'est là qu'entraient ceux qui allaient directement trouver la mort. Ici, il reste une chambre à gaz, intacte. Les SS l'avaient gardée pour s'y réfugier en cas de bombardements alliés. Face à "l’hôpital", qui servait d'antichambre de la mort, la cheminée vertigineuse du blockhaus ne passe pas inaperçue. Le petit groupe entre dans le crématorium.

    Un plafond bas, des murs encore noirs de suie, des traces d'ongles sur les parois... tout laisse entrevoir une barbarie absolue. Dans cette pièce, 800 personnes étaient tuées en même temps. Des cristaux de cyanure leur étaient versés depuis le toit par des trappes, provoquant la mort par convulsion ou étouffement en 20 minutes. Puis les cadavres étaient ramassés, entassés dans les fours et brûlés. 70 000 corps ont été réduits en cendre dans les crématoriums d'Auschwitz 1, qui fonctionnaient 24 heures sur 24.

    Personne n'a vomi. Mais les visages sont marqués et les teints blêmes. Plus loin, le "musée" accentue cette prise de conscience. Les photos de propagande laissent bientôt place aux clichés pris à la volée et aux preuves humaines. Vêtements d'enfants, boîtes de cyanure, valises... le pire reste à venir. Jadwiga demande de ne pas prendre de photos, par respect pour les victimes. Dans un couloir exigu, deux tonnes de cheveux forment une montagne de chaque côté du mur. Dans la pièce, plus personne n'ose parler. La panique s'empare des esprits. Des yeux pleurent, d'autres se ferment pour ne pas voir. Puis, dans les pièces contiguës, on découvre l'utilisation faite de ces "matières premières" : brosses, savon, cirage. Marchandises industrielles à base de corps humains. Dehors, les plus sensibles attendent impatiemment le départ. Maintenant, ils réalisent.

    1 Ancien nom de la Loire-Atlantique.
    2 distance aérienne

     

    Cliquez sur une photo pour passer en mode galerie

     

    Capucine Saez - Journaliste
    Capucine Saez - Journaliste

    Voir tous ses articles
    Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
    Partager cet article :

    Dans la même rubrique :

    Vous n'avez pas le droit de laisser un commentaire ! Veuillez vous connecter ou vous abonner si vous n'avez pas encore de compte...