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    Migrant'scène : "Il faut habiter notre planète comme si nous habitions notre village"

    Déambulation au cœur du quartier du Blosne à Rennes. Déambulation au cœur du quartier du Blosne à Rennes.

    Chaque année, le festival Migrant’scène, organisé par la Cimade, fête les migrations tout en interrogeant nos représentations ainsi que les politiques françaises et européennes en la matière. Du 15 au 30 novembre, 40 villes, dont Rennes, Nantes, Rezé et La Roche-sur-Yon, y ont participé. À Rennes, le festival s’est déroulé du 18 au 22 novembre. Nous en avons profité pour aller à la rencontre de personnes qui ont fait le choix de l’exil et de bénévoles qui s’investissent auprès d’eux.

    Quitter son pays est un droit inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Les raisons peuvent être diverses. Partir pour fuir, pour découvrir, pour s’accomplir. Mais partir pour aller où ? Quand on vient d’un pays pauvre, arriver peut s’avérer un naufrage. Au sens premier du terme : depuis 1988, plus de 21 000 migrants ont trouvé la mort alors qu’ils cherchaient une vie meilleure en traversant la Méditerranée1. Pour ceux qui atteignent leur but, le naufrage peut être social. Ce sont ces femmes et ces hommes qui marchent à l’ombre de l’Europe dans l’attente d’un titre de séjour. En France, entre 300 000 et 400 000 personnes seraient en situation irrégulière selon les estimations2.

    Derrière les chiffres, il y a les histoires individuelles. Celle de Merlaine, venue en France pour se faire soigner et qui depuis deux ans butte sur une administration dont elle ne comprend pas les rouages. Celle d’Alain qui a fui la répression dans son pays et qui a vu sa demande d’asile rejetée. Pourtant, quand les obstacles sont levés, la migration peut être source de richesses. C’est l’histoire de Seyhmus Dagtekin, poète kurde installé à Paris, qui a choisi, avec succès, le français pour s’exprimer. La migration, c’est aussi l’histoire du pays d’accueil, et notamment ces bénévoles qui, comme Juliette, viennent en aide aux migrants pour les accompagner et les aider à faire valoir leurs droits. Voici quatre portraits de personnes qui nous ont raconté leur histoire et leur rapport à la migration.

    "Construire l’avenir avec les gens avec qui nous sommes" - Seyhmus Dagtekin

    Seyhmus Dagtekin, aux côtés du musicien Dominique Collignon-Maurin, pour une lecture en musique de ses poèmes dans le cadre du Festival Migrant'scène et d'une résidence à la Maison de la poésie. "C'est comme si nous faisions un voyage, et qu'en cours de route nous changions de monture. J'ai commencé en kurde, je suis passé par le turc, là je suis en français. Chaque fois, je change de monture, mais je continue le même voyage."

    Le chemin de Seyhmus Dagtekin a commencé dans les montagnes kurdes du sud-est de la Turquie, au milieu des années soixante. C’est alors un monde sans voiture, sans téléviseur, sans livre, sans école. "Mon village était petit, je le sus après", écrit-il dans les premières lignes de son roman À la source, la nuit. L’arrivée d’un instituteur et le départ de son frère vers la France lui ouvrent de nouveaux horizons. Plus tard, il fait des études de journalisme à Ankara, avant de partir à son tour. Il a 22 ans. "J’avais envie de voir ailleurs, de continuer cette construction de l’individu que nous sommes tenus d’accomplir. Une fenêtre s’était ouverte en France avec mon frère, il m’a proposé de le rejoindre. C’est comme ça que je suis venu."

    Seyhmus Dagtekin est arrivé dans "de très bonnes conditions". Son frère l’a inscrit à l’université et il a obtenu son passeport et son visa en quelques jours. Aujourd’hui, il est un poète francophone reconnu. "Quand j’ai commencé à avoir une certaine maîtrise du français, quand j’ai vu que je pouvais aussi construire avec cette langue, je me suis installé dans le français."

    Pour lui, la langue, parce qu’elle permet l’échange, passe avant la terre. "Je me place plutôt dans cette possibilité de construire l’avenir avec les gens avec qui nous sommes. Nous devons être à la hauteur du présent, là où nous sommes. Le monde est petit et on le sait. Il faut habiter notre planète comme si nous habitions notre village, seule cette conscience de l’humanité comme un ensemble peut nous faire avancer. Quand on renvoie toujours l’autre à ses particularités, on s’empêche de construire un lien."

    "Je ne sais pas ce que la préfecture pense de mon sujet" - Merlaine*

    Le festival a interrogé les participants sur la signification qu'ils donnaient aux frontières. "Je ne sais pas quelle décision a été prise, je suis dans le noir, dans le suspense, je ne sais pas ce qui m'attend. Pendant que les autres avancent, toi, tu as stagné, tu ne fais rien, tu regardes. C'est être bloqué."

    Merlaine a la trentaine. Elle vient du Congo-Brazzaville où elle était institutrice. Depuis son adolescence, elle souffre de la drépanocytose, une maladie génétique du sang qui affecte ses reins, son souffle, son audition. Quand la maladie est devenue trop forte, son médecin lui a parlé de l’opération des hanches. Faute de moyens sur place, elle a dû se résoudre à l'exil en 2012. "Je me suis arrangée pour me retrouver en France avec un visa touristique pour me faire soigner. En arrivant, je suis allée faire une demande d'asile par manque de connaissances. Les raisons évoquées dans ma demande étaient les raisons de santé, du coup, je ne pouvais pas obtenir l'asile. Alors à ce moment-là, j’ai fait une demande d'un titre de séjour pour étranger malade."

    Depuis, elle attend. "Cela fait cinq mois que j’ai déposé ma demande et je n’ai jamais reçu de réponse. Je ne sais pas : est-ce que c’est leur façon de faire ? Ce n’est pas à moi de décider, mais de ce que je connais de la loi, quand vous déposez une demande de titre de séjour pour étranger malade, vous recevez un récépissé de trois mois, le temps que l’on traite le dossier. Et moi, je n’ai absolument rien reçu du tout. Je ne sais pas ce que la préfecture pense de mon sujet."

    Avec le refus de sa demande d'asile, elle a perdu l’allocation temporaire d’attente de onze euros par jour. Et, faute de papiers en règle, elle ne peut pas travailler. "Je suis devenue clocharde si je peux dire. C'est vrai que je suis logée chez une amie. Mais vous savez, comme on dit, mieux vaut un petit chez soi qu'un grand chez les autres. Je suis en train de vivre une vie enfantine. Au pays, avec le peu que je gagnais, j'étais indépendante."

    Aujourd'hui, elle veut rester en France pour avoir un bon suivi médical. Quand elle aura son titre de séjour, elle veut aussi passer un CAP petite enfance. "Si je bénéficie des soins, c’est parce que les gens ont cotisé. Mais pourquoi moi je ne cotiserais pas pour les autres ? On a fait pour moi, je dois faire pour les autres."

    "Tu ne sais plus qui tu es, tu perds confiance en toi, tu deviens parano" - Alain*

    Deux représentations de la frontière : lieu de la relation à l'autre ou espace à risque où naissent les conflits ? "J’avais un aperçu de ce qu’était l’Europe, via France 24 et TV5. Je savais que ce n’était pas la joie pour les immigrés, mais je ne pensais pas que c’était aussi dur que ce que je vis aujourd’hui."

    Alain est arrivé en France en avion, directement de Kinshasa, avec un "passeport d’emprunt". Son récit nous plonge dans l’histoire récente de la République démocratique du Congo : les guerres, les assassinats politiques, les élections contestées. Alors étudiant en droit, Alain s’initie à la politique. "Je n’étais qu’un simple militant qui voulait que les choses changent." Son engagement lui vaut pourtant un passage en prison à l’été 2010. "J’y ai perdu ma dent. Sur le corps, j’ai plein de…" Il ne peut terminer sa phrase. Quelques mois plus tard, il est de nouveau inquiété par les militaires, qui viennent sonner à sa porte. Il n’est pas là, c’est un voisin qui l’avertit. Il décide alors de partir. Il se procure un passeport, un visa, ce sera la France. "Pour moi, c’était une bénédiction de pouvoir vivre dans un État de droit, de recommencer une nouvelle vie."

    Migrant'scène : un festival pour parler migrations

    Du 18 au 22 novembre, Migrant’scène a investi différents lieux rennais : l’institut d’études politique, le Cridev, les bars Le papier timbré ou L’artiste assoiffé, la salle de la Cité, la Maison internationale, le quartier du Blosne, Carrefour 18. Organisé par la Cimade, le festival a pour objectif d'informer et de sensibiliser aux questions de la migration. Il a permis d'aborder aussi bien les aspects institutionnels de la migration (politiques migratoires européennes, relation avec la préfecture) que le vécu des migrants à travers des débats, des projections et des témoignages. La programmation était également culturelle et festive avec des concerts et lectures aux influences diverses.

    C’était il y a près de quatre ans. Il fait une demande d’asile pour laquelle il doit retracer son histoire et rassembler différents documents : carte du parti, acte de naissance, rapport du médecin légiste pour les traces sur son corps. "Je n’ai jamais rien fait de mal, jamais volé, jamais commis aucun crime ; et là, j’avais le sentiment d’être un criminel. Ça te chamboule, parce que toi tu vas raconter ton histoire, mais est-ce qu’elle va être acceptée ? Est-ce qu’on va te donner une chance ?"

    Après deux ans d’attente, un passage devant l’Ofpra3, un appel devant la CNDA4, sa demande est définitivement rejetée. "De toute ma vie, je n’ai jamais eu aussi mal, même quand je me suis fait tabasser en Afrique. Tu es pris pour un menteur. Au niveau psychologique, c’est dévastateur. Tu ne sais plus qui tu es, tu perds confiance en toi, tu deviens parano."

    Aujourd’hui, il est suivi par un psychologue et espère obtenir un titre de séjour pour étranger malade. En attendant, il s’est construit un bout de vie ici en se rapprochant des milieux associatifs et militants. "En conclusion, je me dis que nous sommes tous pareils. Nous vivons dans des civilisations différentes, mais l’être humain est le même qu’il vive en Afrique, en Europe, ou n’importe où dans le monde. C’est juste l’histoire qui est différente, l’histoire des gens, la vie quotidienne."

    "Je suis juriste et ce qui m’importe, c’est le respect du droit" - Juliette

    Juliette, juriste et bénévole à la Cimade. "Je ne voulais pas faire du droit pour être notaire ou magistrat, ça ne m'intéressait pas. Je voulais être auprès des personnes qui n'ont pas la possibilité de faire valoir leurs droits. Et très vite, au lycée, il m'a suffi d'ouvrir les journaux, d'allumer la télé, pour voir que les migrants étaient les boucs émissaires pour tout et n'importe quoi."

    Juliette était en master à Caen lorsqu’elle a pris contact avec la Cimade pour la première fois : "Première permanence d'accueil, premier accompagnement dans un dossier, premier échec." L'homme est turc, marié à une française. Il demande un titre de séjour qui lui sera refusé. "Dans le Ceseda5, un article dit que pour avoir un titre de séjour, il faut avoir un visa long séjour." L'homme n’en a pas, il devra rentrer en Turquie pour demander un visa long séjour qu'il obtiendra très probablement du fait de son mariage. "Quand on parle des obstacles législatifs et préfectoraux, ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres."

    Migrants et militants

    Voir aussi notre feuilleton Migrants et militants réalisé en partenariat avec Jet FM et la Cimade.

    Elle n'aura pas le fin mot de l'histoire. Entre-temps, elle a terminé ses études et est revenue à Rennes. "La première chose que j'ai faite a été de m'engager bénévolement à la Cimade. Après, les événements se sont enchaînés avec ce poste de salariée au centre de rétention administrative à l'été 2013." Le centre de rétention de Saint-Jacques de la Lande est l'un des 23 CRA de France. C’est là que sont retenues les personnes sous la menace d’une expulsion. Elles peuvent y rester jusqu’à 45 jours en attendant que l’État obtienne un laisser-passer vers le pays d’origine ou un pays tiers. La Cimade les accompagne juridiquement et psychologiquement. "Concrètement, le matin, on regarde la liste des personnes, on va voir les nouveaux et on leur explique qui on est et que, si ils veulent, on peut les recevoir dans notre bureau pour étudier avec eux la situation." Ensemble, ils préparent le passage, au bout de cinq jours, devant le juge des libertés et de la détention, qui décide du maintien ou non en rétention.

    Aujourd'hui, Juliette travaille dans un autre domaine, toujours dans l'aide aux personnes, mais poursuit son engagement à la Cimade. Celle qui, adolescente, découvrait dans les journaux les injustices et les préjugés dont sont victimes les migrants, n'a pas ravalé sa colère. "Je n'ai pas la voix suffisante pour les faire taire ; en revanche, je peux essayer d'aider les gens qui en sont victimes. Je suis juriste et ce qui m'importe, c'est le respect du droit."


    * Prénom d'emprunt.


    1 Estimation d'un journaliste italien, reprise par Amnesty International.

    2 Estimations rapportées par la Cimade dans son État des lieux 2014 sur les Migrations.

    3 Office français de protection des réfugiés et apatrides.

    4 Cour nationale du droit d'asile.

    5 Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

     

    Pour en savoir plus : www.lacimade.org

    Jean-Sébastien Moizan - Journaliste
    Jean-Sébastien Moizan - Journaliste

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