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    Au fil de l'estuaire de la Loire - escale n°1

    Nantes, quai Wilson/quai des Antilles : sur la proue

    Escale n°1 du feuilleton "Au fil de l'estuaire de la Loire" Escale n°1 du feuilleton "Au fil de l'estuaire de la Loire" - © Franck Tomps

    L'écrivain Guy-Pierre Chomette et le photographe Franck Tomps se sont lancés dans une balade au long cours au fil de l'estuaire de la Loire. Un projet sensible et humain auquel Terri(s)toires a souhaité s'associer. Le feuilleton (textes + photos) qu'ils tiendront ici au tournant de 2015 et 2016 permettra d'apercevoir leurs premières trouvailles et de profiter de leurs rencontres, en quasi instantané de leurs pérégrinations.

    Zone interdite - Arrêté municipal du 8 février 2011.
    C’est pourtant là, précisément, que le voyage commence. Nous enjambons la barrière et descendons les marches jusqu’à l’eau. Le quai du Président Wilson et le quai des Antilles se rejoignent ici, en pointe, et fendent la Loire comme l’étrave d’un cargo géant. Depuis Saint-Nazaire, l’océan déferle sur Nantes, porté par la marée montante. Le fleuve ne lutte plus, son cours s’est inversé. Il gonfle sous l’effet combiné de son propre débit et des flots de l’Atlantique. Arrachées à son lit, des plaques de vases sombres font surface avant d’être broyées par des remous puissants. Le combat, pour une heure encore, est inégal.

    Les vagues cognent sur la coque, rebondissent et forment une onde circulaire à cinq mètres devant nous. Nous filons à 10 nœuds, 15 peut-être. Au-dessus de nos têtes, la grue Titan grise joue les figures de proue. Ses 400 tonnes d’acier relèvent la ligne de flottaison et sa flèche, perchée à 50 mètres, est pointée vers la mer comme un mât de beaupré. Pour un peu, le toit du hangar à bananes, juste derrière, ferait une excellente passerelle, et on pourrait voir dans les caméras de surveillance accrochées à ses flancs de simples outils d’aide à la navigation…

    C’est l’aube. Au seuil de l’estuaire, Nantes s’éveille, toute en rose.
    Une joggeuse s’engage sur le quai Wilson vers les usines Beghin Say, indifférente au Navibus qui glisse silencieusement au pied de la butte Sainte-Anne. Près du Karting, des jeunes finissent une nuit festive en dansant autour d’une camionnette au son d’une musique techno. Devant le hangar à bananes, devenu, en quelques années, l’un des hauts lieux de la vie nocturne nantaise, un petit véhicule de nettoyage racle le sol, épaulé par deux éboueurs en jaune fluorescent qui rassemblent, à coups de souffleurs, les restes de la soirée d’hier : verres en plastiques, mégots, paquets de cigarette, packs de bières éventrés et serviettes en papier. Sous les déchets peu à peu évacués réapparaît la ligne verte du Voyage à Nantes, celle des Anneaux, du Carrousel des Mondes Marins, du Mémorial de l’Esclavage...

    Avec les dernières forces de la marée, nous allons la remonter jusqu’au pont Anne-de-Bretagne, d’où nous profiterons du reflux pour reprendre le cours de la Loire et nous laisser glisser dans l’estuaire, vers le grand large.

     

    Texte : Guy-Pierre Chomette. Photo : Franck Tomps

     

    D'autres regards sur les frontières


    Guy-Pierre Chomette, co-auteur de Aufil de l'Estuaire de la Loire.

    Guy-Pierre Chomette, né en 1969, est journaliste, rédacteur et auteur. Ses reportages sont publiés dans Géo, Marie-Claire, Le Figaro, Le Monde diplomatique, Politique Internationale, Géopolitique

    Prix Robert Guillain pour son travail sur la querelle russo-japonaise des îles Kouriles (Le Monde diplomatique), auteur du Piéton du Grand Paris (Parigramme, 2014), récit de voyage sur le tracé du futur métro du Grand Paris, coauteur de Réfugiés Climatiques (Dominique Carré, 2010), coauteur de Terre des Pôles (Années Lumière, 2008), auteur de Lisières d’Europe (Autrement, 2004).

    Contact : gpchomette@gmail.com

     

    Franck Thomps, co-auteur de Aufil de l'Estuaire de la Loire.

    Franck Tomps, né en 1973, est photographe indépendant, diplômé de L'école Louis-Lumière en 1997. Lauréat du concours Polaroid (1997), mention spéciale d'Attention Talent photo FNAC (2002) sur Paris, boursier du concours Photographie.com (2003). Son monde singulier est le reflet d'un regard distancié sur notre société. Son travail, attaché à la banalité des lieux et aux rites ordinaires, s’exprime au travers d'un regard serein et exigeant. En témoignent les séries Mimizan sur les vacances à la plage, Port Saint Louis sur la vie d'une citée ouvrière ou A7-E15 sur une aire d'autoroute.

    Il mène en parallèle ses projets personnels, ses commandes pour Libération, ses publications presse (JDD, Le Monde, Télérama, L'Obs…) et son activité dans le secteur institutionnel.

    Contact : info@atelierdujour.fr

     

    Philippe Le Boulanger

     

    L'auteur : Marek Corbel

    Citoyen masqué à la plume noire

    Daniel Chaigne

    Qui est Marek Corbel ? Sous ce pseudonyme énigmatique se cache un Breton âgé de 39 ans et originaire de Quimperlé, vivant aujourd'hui à Paris. Juriste au ministère de l'Éducation nationale le jour, écrivain la nuit, Yves Croguennec, de son vrai nom, mène en quelque sorte une double vie : d'un côté le Droit et les règles intangibles, de l'autre une aventure éditoriale mêlant fiction et engagement.

    "Passionné par les romans noirs et fidèle admirateur d'auteurs tels que James Ellroy, Frédéric H. Fajardie et Dennis Lehane, je me suis lancé dans l'écriture en 2011", explique l'intéressé. "Mes intrigues s'inscrivent toutes dans une époque, avec ses contradictions et ses forces sociales en action. Je trouve bien souvent mon inspiration dans des faits historiques."

    Au fil de ses six ouvrages, Marek Corbel distille de manière plus ou moins énoncée une critique sociale, voire politique, du monde contemporain. La Tanière du Laonnois, son premier polar, prend par exemple la forme d'une enquête sur l'extrême droite française des années 1980. Pour Il était une fois 1945, il s'inspire cette fois-ci d'une expérience personnelle pour s'attaquer aux arcanes du syndicalisme dans la police. En pur Breton, il apprécie également interroger la notion de régionalisme, comme dans Le Sanctuaire de Cargèse et Concarn' oir, qui se déroulent respectivement en Corse et en Bretagne. Plus récemment, en 2014, il a tout simplement délaissé la forme du roman policier pour écrire le premier volet de sa trilogie En proie au labyrinthe, son livre le plus politique jusqu'à maintenant.

    Parlant plus facilement de Marek Corbel que de l'homme derrière le masque, Yves Croguennec reste finalement assez prudent et discret sur sa vision du monde actuel et sa vie personnelle. Mais il est fort probable que la clé de cette énigme se trouve entre les lignes…

    Corentin Vital

     

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