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Le bonheur n’est pas dans le blé, ép.5

Nouveaux indicateurs : de la concertation à l'action

Hélène Combe présente de nouveaux indicateurs de richesse à la région Pays de la Loire Nouveaux indicateurs de richesses, an 2. À l'automne dernier, Hélène Combe, de l'Observatoire de la décision publique et de l'école des Mines, soutenue par la Région des Pays de la Loire, lançait une vaste consultation publique pour déterminer ce qui compte le plus pour les habitants de la région. 7 000 contributions plus tard, le 16 septembre, les acteurs mobilisés se sont retrouvés à l'hôtel de Région pour inaugurer la deuxième phase, celle de l'analyse de tous ces échanges particulièrement... riches.

La fin d'une époque. Un changement de modèle, voire de civilisation. Les crises sociale, politique, environnementale, économique et financière poussent élus et citoyens à envisager l'avenir avec un œil neuf. Comment construire le monde de demain ? Qu'avons-nous perdu, que devons-nous retrouver ou conserver pour se projeter vers l'avenir avec sérénité ? Des questions qui appellent des réponses collectives : ces derniers mois, Hélène Combe et son équipe ont donc piloté 164 débats à travers le territoire régional. La journée du 16 septembre à l'hôtel de Région était le point d'orgue de cette première phase et constituait aussi le lancement de la phase d'analyse des résultats. Parmi les participants, on y retrouvait tous les profils : jeunes et moins jeunes, élus et citoyens, costards et sweat-shirts, actifs, retraités et mères de famille... Un point commun, néanmoins : tous sont des personnes engagées et sont mobilisées autour de la démarche.

Dany Lorre, retraitée de 64 ans, est conseillère municipale à Saint-Julien-de-Concelles après une carrière dans le social. "J'ai travaillé à l'élaboration des questionnaires et suis donc la démarche depuis le début. Je suis convaincue que les gens pourraient mieux vivre, qu'il peut y avoir plus de partage des richesses sans que les nantis n'en souffrent trop. Il suffit d'aborder les choses différemment, de décaler son point de vue. Sinon, on va droit dans le mur."

Prise de conscience collective

Première analyse : des spécificités régionales

S'il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur le résultat des débats, le nombre d'occurrences de mots clés permet déjà de tirer un premier bilan. Il apparaît notamment que le plus important, pour les participants, sont des valeurs telles que le lien social, le respect, la solidarité et la fraternité. La richesse la plus citée est d'ailleurs l'humanité, avant l'emploi ou la santé, thèmes qui arrivent généralement en premières positions des préoccupations des Français lors des enquêtes nationales. À noter aussi que le bonheur et la qualité de vie sont étroitement liés à l'aménagement du territoire et aux transports, notamment en ce qui concerne le trajet domicile – travail. Enfin, l'importance accordée à l'éducation, l'environnement et la qualité de l'alimentation est mise en relief par la place que les thèmes ont occupée dans les différents débats.

Débat sur la place du travail dans la qualité de vie

L'éducation, facteur de bonne qualité de vie

"Nous avons assisté à une prise de conscience collective, notamment concernant le développement durable", souligne Jean-Pierre Le Scornet, vice-président du conseil régional des Pays de la Loire. "Nous avons désormais la certitude que les indicateurs économiques ne suffisent pas. Le PIB (Produit intérieur brut) est un héritage des Trente glorieuses qui ne convient plus aujourd'hui : le naufrage de l'Erika ou le problème des algues vertes, par exemple, font grimper le PIB sans prendre en compte leurs impacts négatifs, comme l'érosion de la biodiversité. Nous devons trouver de nouveaux indicateurs qui permettraient de prendre en compte le bonheur, le lien social, le vivre ensemble." Ces nouveaux indicateurs, proposés dès janvier 2012, seront ensuite utilisés par la Région afin de construire les politiques publiques futures ou pour conditionner l'attribution d'aides financières.

Du côté des collectivités, s'associer à une concertation citoyenne aussi vaste et ouverte représente un vrai pas en avant. Signe que les temps changent. À table, un quinquagénaire qui connaît bien le sujet souffle : "Il y a 20 ans, jamais une institution n'aurait écouté une femme comme Hélène Combe et lui aurait accordé son soutien pour lancer une consultation d'une telle envergure. On l'aurait prise pour une folle !".

Coconstruction

dessin humoristique sur les indicateurs de richesse Pendant plusieurs mois, élus, associations et citoyens ont donc échangé sur ce qu'il faudrait comptabiliser pour créer de nouveaux indicateurs pertinents. Sur les 260 personnes présentes aux conférences de la matinée du 16 septembre, plus de la moitié ont déjà participé à des débats. Les autres profitent de cette journée pour apporter leur pierre à l'édifice avant la fin de la consultation. Camille Migny, 25 ans, est volontaire en mission de service civique pour l'association étudiante Cultivons l'éthique. "Je suis venu pour donner des idées, partager, car c'est toujours plus intéressant de débattre avec des personnes d'univers différents plutôt que de remplir un questionnaire bêtement." Olivier Tempereau, formateur de 29 ans, est, lui, venu pour "participer à une évolution de la société".

Et si la majorité des participants ne pense qu'à proposer, d'autres ne cachent pas vouloir s'inspirer des débats pour nourrir leur propre réflexion... tout en partageant leur expertise. Comme Yannick Lefeuvre, 55 ans, directeur régional du Cnam (Conservatoire national des arts et métiers) des Pays de la Loire. Il participe à cette journée "pour animer le débat social, l'enrichir de nos réflexions et s'en inspirer pour nos démarches internes." Le Cnam est en effet en train d'écrire son agenda 21 qui s'articule autour de trois niveaux : le contenu des cours, la formation des auditeurs et l'organisation des salariés. L'objectif : améliorer le bien-être et "sensibiliser aux grands enjeux". Gestion des transports, initiation à la green IT (ou "informatique verte") ou encore serious game, sur le handicap, sont ainsi au programme. Certainement de bonnes idées à piocher de part et d'autre...

Des limites à dépasser

En quelques mois, près de 2 000 personnes ont exprimé leur avis. "C'est à la fois beaucoup et peu", concède Hélène Combe. "Ces avis ne sont pas forcément représentatifs de la société, car nous n'avons pas construit un panel statistique, mais nous avons néanmoins recueilli des témoignages d'une grande diversité d'acteurs : élus, membres d'associations, retraités, actifs, étudiants..." Sauf que les plus défavorisés n'ont pas forcément pu prendre le temps de participer aux débats. En conclusion de la journée, la philosophe et sociologue Dominique Meda, Inspectrice générale des affaires sociales, propose donc "d'aller chercher les personnes qui ne se sont pas exprimées, notamment celles en situation de grande précarité, et d'organiser des conférences de consensus avec un collège d'experts."

Liste de participants Liste des participants à l’un des débats de l’après-midi montrant la surreprésentation des acteurs publics.D'autres acteurs sont ici pour réclamer plus d'attention. Comme Martin Fonteneau, entrepreneur de 26 ans qui est en train de lancer Panoramic Ingénierie en s'appuyant sur le réseau de professionnels de l'éco-construction Blue Environnement (http://blue-environnement.com). Il s'est fait remarquer lors des conférences en posant une question volontairement provocatrice sur le manque de vision "business" dans la création de nouveaux indicateurs. "Je suis ici car c'est toujours intéressant pour le réseau de participer à ce genre d'événement, mais aussi parce que 80 % des personnes présentes ici sont des acteurs publics ou représentent des assos. Pour que ces indicateurs fonctionnent, il ne faut pas oublier le monde de l'entreprise, et je souhaite partager mon point de vue d'entrepreneur." Car le pragmatisme est de rigueur. "Je suis dans la conception de bâtiments respectueux de l'environnement, et je sais que le coût ne doit pas être la question principale, qu'il vaut mieux investir pour l'avenir plutôt que de ne penser qu'au court terme... Mais les clients ne sont malheureusement pas toujours de cet avis !"

Dessin humoristique - Le bonheur c'est simple comme bonjour Le réalisme est aussi ce qui anime Jean-Pierre Desplans, "senior poussé dehors à 60 ans" et présent en tant que particulier. Pour partager son expérience, mais aussi pour veiller à la pérennité de l'initiative : "la démarche est intéressante, mais ces indicateurs, il faudra aussi les faire vivre : ils ne seront valables qu'un temps donné et il faudra savoir les remettre en question et les faire évoluer…"

 

Le site des nouveaux indicateurs en Pays de la Loire : www.paysdelaloire.fr/index.php?id=4891

 

À noter que toutes suggestions, contributions et propositions d'indicateurs sont bienvenues. Pour ceci, une seule adresse : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. .

 

C’est quoi le bonheur ?

Dans la foulée de la commission Stiglitz*, le débat sur les vrais indicateurs de richesse et les conditions d'un développement humain durable court tous azimuts, ces jours-ci. En général, ce sont des experts qui sont interpellés : en Pays de la Loire, la démarche lancée à l'automne 2010 est bien plus originale. L’Observatoire de la décision publique a proposé à la Région d’ouvrir les discussions au plus large, à tous les citoyens et à tous les réseaux. Vaste programme ! Et vaste ambition que de récolter cette multitude d’avis, puis de les synthétiser, en évitant le piège de ne toucher que des publics déjà convaincus. "Donner la parole à tous, en toute liberté, est un pari, admet Hélène Combe, déléguée générale de l’Observatoire de la décision publique. Mais, j’en suis sûre, cela aboutira à des indicateurs inédits".

Intéressé par cette initiative, Terri(s)toires a décidé de lui consacrer un feuilleton. Au fil du temps, nous rendrons compte de telle rencontre, du point de vue de tel participant, de la contribution de telle association, de l’exposé de tel groupement d’entreprises…

* La commission sur la mesure de la performance économique et du progrès social a travaillé, en 2008/2009, à l’initiative du gouvernement français. Elle était présidée par Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d’économie, avec Amartya Sen en tant que conseiller, et Jean-Paul Fitoussi comme coordinateur de la commission. (www.stiglitz-sen-fitoussi.fr)

Thibaut Angelvy - Journaliste, webmaster et rédaction en chef
Thibaut Angelvy - Journaliste, webmaster et rédaction en chef

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