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    Odile Nourrisson : dans les prisons de Nantes, il y a une visiteuse...

    Odile a aujourd’hui rejoint les rangs de l'Association nationale des visiteurs de prison. Odile a aujourd’hui rejoint les rangs de l'Association nationale des visiteurs de prison.

    Chaque semaine, depuis bientôt vingt ans, Odile Nourrisson se rend au parloir de la maison d’arrêt de Nantes. Une visiteuse chevronnée qui porte un regard libre et distancié sur sa démarche en plein cœur de l’univers carcéral. Rencontre.

    De sa première visite au parloir, Odile Nourrisson garde en mémoire le bruit métallique des clés que l’on sort du trousseau et les lourdes portes devant lesquelles on attend, faute de pouvoir les ouvrir. À l’époque, c’est sa lecture du livre de Guy Gilbert, Un prêtre chez les loubards, conjuguée à un certain attrait pour la noirceur humaine, qui guident ses pas dans l’univers carcéral. "Attention, c’est le côté loubard qui m’intéressait, pas le côté prêtre" lance-t-elle, le regard vif cerclé de ses lunettes colorées, avant d’ajouter. "J’avais envie de comprendre comment on en arrive là et comment on survit à l’enfermement."

    Celle qui, adolescente, voit ses rêves d’éducatrice spécialisée auprès des délinquants s’échouer devant le pragmatisme d’un conseiller d’orientation, revient donc à 35 ans, une formation dans le commerce et un emploi dans l’informatique en poche, vers ce qui l’a toujours habitée. Et rédige un courrier à la maison d’arrêt de Nantes. Une enquête de moralité et cinq entretiens plus tard, elle obtient sa carte de visiteuse, précieux sésame renouvelé tous les deux ans et sans lequel aucune incursion en territoire carcéral n’est possible. "Je suis rentrée sans me poser de questions, mais j’ai dû en sortir en m’en posant un peu plus" glisse-t-elle, fouillant dans ses souvenirs, un brin amusée.

    Accompagner plutôt qu’aider

    Depuis, c’est chaque semaine que cette Nazairienne rejoint le parloir de la maison d’arrêt. "J’y vais comme j’irai dans un bar voir des amis, lance-t-elle, mais ce ne sont pas mes amis, car je ne leur laisserais pas les clés de chez moi. Il faudrait inventer un autre mot." À chaque nouvelle rencontre, c’est la même question : "Qu’est-ce que tu attends de ces visites ?", et une nouvelle page à écrire. Si la visiteuse ne connaît jamais les motifs d’incarcération au départ, elle finit toujours par l’apprendre. La plupart de ses visités, en attente de lourdes peines, ont besoin de lâcher. "Certains sont bavards, d’autres moins, mais on parle de tout. C’est ma règle, il n’y a pas de sujets tabous et pas de jugements à porter, même si c’est parfois difficile." Sur quelques semaines ou quelques années selon les parcours, Odile s’efforce donc de maintenir ce lien ténu vers l’extérieur, cette parenthèse de liberté soutirée à l’enfermement. Mais pas question de s’inscrire dans la plainte, ni dans une relation maternante. C’est le rapport frontal dans lequel elle se sent elle-même, quitte à parfois se montrer incisive "J’insiste plutôt sur le fait que, puisqu’ils sont en prison, autant que cela leur serve à quelque chose. Certains finissent même par me dire ‘Qu’est-ce que tu m’as bousculé !", sourit-elle.

    Ni psy, ni investie d’une quelconque mission, la quinquagénaire balaie d’un geste le mot "aider" et lui préfère "accompagner". "J’essaie de valoriser des gens qui ne l'ont jamais été et d’apprivoiser l’inapprivoisable. Il y a beaucoup de gens cassés qui sont bien souvent dans une grande pauvreté intellectuelle, des vies cabossées à la construction fragile."

    Une nature humaine complexe

    Sur les conditions de détention, elle porte un regard sans angélisme et pointe les limites d’une oisiveté contrainte qui déresponsabilise les détenus et participe ainsi à limiter leurs perspectives de réinsertion. "Quand ils sortent, ils ont perdu tous leurs repères. Il faut par exemple réapprendre ce qu’est un loyer ou une taxe d’habitation." Et d’ajouter, lucide : "La prison n’aurait un sens que si on essayait de reconstruire les gens, or cela nécessiterait des moyens énormes. Mais nous ne sommes pas dans une société où la priorité va aux détenus étant donné le nombre de non-détenus dans le besoin."

    Aujourd’hui, les heures passées dans l’intimité spartiate du parloir auprès de quelque soixante-dix prisonniers n’ont laissé émergé qu’une certitude, celle de la complexité insondable de la nature humaine. "Même si je fais attention à la manipulation – la peur, en prison, je ne connais pas – mais je suis devenue plus méfiante à l’extérieur", avoue-t-elle en souriant devant ses contradictions. "Il y a quand même un paquet de détraqués dehors ! " Électron libre au verbe haut, la Nazairienne pourrait arrêter ses visites comme elle les a commencées, comme une évidence. "Pourquoi faut-il toujours chercher un but à ce que l’on fait ?", s'exclame-t-elle, sourcils froncés sous les cheveux grisonnants. C’est la fin de l’entretien. Odile s’apprête à regagner la maison d’arrêt. En cet après-midi annonciateur des beaux jours, trois détenus attendent sa visite. Comme une pépite de lumière à l’ombre de la prison. Ni plus, ni moins.

     

    Devenir visiteur de prison : www.anvp.org/58_p_3927/devenir-visiteuse-ou-visiteur-de-prison.html

     

    Contact :

    Association nationale des visiteurs de prison

    1 bis rue de Paradis 75 010 Paris

    Tel : 01 55 33 51 25

     

    Sandra Limousin

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