La famille légumes a envahi les cours d'école, les arrière-salles de bistrots, les centres sociaux. Les urbains se piquent de comprendre la longévité des poules pondeuses, d'expliquer à leurs marmots que les carottes ne sont pas cuites à la naissance, tout en échangeant des recettes de courge spaghetti ; tout en prenant des permanences pour jouer à la marchande en pesant les kilos de patates et de tomates cerises. Les Amap sont en pleine croissance, germent, s'enracinent, prennent du volume… En Loire-Atlantique plus qu'ailleurs.
L'enracinement local
La première Amap de Loire-Atlantique est née en 2003. “À l'époque, on pensait qu'on n'en ouvrirait pas d'autres. Sept ans plus tard, il y a 85 lieux de distribution !”, explique Pierre, amapien de base et membre du collectif Interamap44. En 2008, un déséquilibre apparaît même entre la demande de mangeurs et le manque de producteurs bio capables d’y répondre : un millier de familles est dans le circuit… et 2 500 sur liste d'attente ! “Toutes les chambres d'agriculture nous courtisent afin qu'on devienne un débouché pour des paysans conventionnels”, témoigne Patrice Hurel, coordinateur du réseau nantais des Amap.
Depuis, une régulation s'est dessinée. Après la période d'expérimentation, les agriculteurs ont intégré la notion d'Amap, mieux connue, acceptée, et surtout, qui a fait ses preuves économiques. Le nombre d'exploitations bio, plus important en Loire-Atlantique qu'ailleurs, permet ce développement. Les fermes se relient à la ville en direct. Les premiers groupes se limitaient volontairement à 40 paniers, pour la convivialité, les facilités d'organisation collective. Aujourd'hui, certaines s'ouvrent jusqu'à une centaine de familles, comme l'Amap de l'Île, en centre-ville.
L'âge de raison
L'idée d'Amap s'est développée, et un peu banalisée. Au point que certains ne s'y impliquent pas toujours avec la sincérité engagée des pionniers. “Le système commence à être connu, et intéresse des producteurs. Il faut être vigilant : certains n'ont vu que le côté commercial, et vont jusqu'à tricher, achetant des produits ailleurs, sans le dire”, reconnaît Aude, de l'Amap des Croqueurs de bio, quartier Sainte-Anne, à Nantes. Mais la vigilance concerne aussi les mangeurs, certains ne voyant que le bénéfice d'une livraison, près de chez eux, de produits bio finalement moins chers que dans le commerce. Plus consuméristes que consomm'acteurs, ils ne s'engagent pas trop dans l'organisation collective, le suivi des contrats, la mise en place, chaque semaine, des cageots de patates, de laitues, de poireaux.
Paysan ou plus si affinités
Amap, ça veut dire Association pour le maintien d'une agriculture paysanne. Le nom est là, mais dans la pratique, la notion est parfois un peu dépassée. Certaines Amap ont d’ailleurs choisi de ne pas se constituer en association déclarée. Et la notion d'agriculture s'est élargie au pain, par exemple, qui est un produit transformé ; au café, parfois, plus lointain géographiquement. S'il y a des "boulangers-paysans", la plupart ne produisent pas leurs céréales. Quant au caractère "paysan" de la production, à part incarner le contraire de l'industrie, la notion est floue. Bio, artisanal, diversifié ? “Le nom ne correspond pas toujours à l'exacte réalité qui tourne autour de l'idée d'un groupe d'individus qui veulent faire des économies, manger bien et sain et en circuit court”, note Pierre, de l'Amap du Croissant, à l'est de Nantes.
Paniers extensibles
Si les premiers contrats remplissent les paniers de légumes, d'autres possibles sont paniers. Ou le contraire. Un regroupement d'Amap nantaises a expérimenté en juin dernier, et mis en place depuis, une Amap poissons avec quatre marins parmi les derniers pêcheurs artisans de l'Île d'Yeu. Ce qui suppose une logistique de livraison en un point central unique où les amapiens vont chercher leur poisson frais. L'expérience permet aussi à ces pêcheurs de revivre de leur travail, alors que leurs horizons étaient plutôt bouchés. En coordination entre les Amap nantaises, et en lien avec une coopérative corse, se mettent aussi en place des contrats d'agrumes bio : clémentines, citrons, oranges, pomelos, kiwis. À raison d'une livraison mensuelle de dix kilos par livraison et par contrat, soit 25 € la cagette, certains partagent. L'idée de rajouter du café sur certaines livraisons peut rompre avec le principe du circuit court. La formule reste souple, évolutive.
Les pionniers des paniers
L'invention et la première mise en pratique de cette alternative innovante et solidaire, on les doit à Daniel et Denise Vuillon, gérant la ferme des Olivades, à Ollioules, dans le Var. Maraîchers pratiquant la vente directe, ils découvrent la formule lors d'un voyage à New York : une livraison de légumes dans des paniers portés par un fermier à une heure de Manhattan. Le modèle est adapté à leur production, présenté en février 2001 lors d'une réunion d'Attac à Aubagne, traitant de la “malbouffe”. Des gens convaincus, un pique-nique à la ferme, et c'est parti. Les mangeurs associés d'Aubagne vivent leur première distribution sur un parking. Des maraîchers affiliés à la Confédération paysanne développent l'initiative, la multiplient. L'essaimage est né. En 2003, pour cadrer les tenants et aboutissants de l'esprit Amap, une charte est rédigée, de laquelle se réclame l'ensemble des Amap en France, même si chacun fait comme il l'entend. Purement bio ou en conversion, voire seulement limité en traitements phytosanitaires quand les producteurs bio manquent à l'appel.
Le bonheur est dans le préau
Les écoles comme lieux de distribution ? Bonne idée, à l'heure où l'on vient chercher ses légumes, les marmots ont déserté la cour de récré. Au début, la ville de Nantes a regardé le mouvement des Amap comme une lubie de bobos. Mais quand les élus ont découvert le nombre de familles concernées, ils se sont dit que peut-être, finalement… Ils ont donc décidé d'ouvrir les écoles pour déballer les cageots coopératifs. Première phase à l'essai avec l'école primaire du Chêne d'Aron, en plein centre, et sous le préau de l'école de la Mutualité, dans le quartier plus pavillonnaire de Chantenay.
Le rab solidaire
Toutes les semaines, à heure fixe… une contrainte que certains n'arrivent pas bien à intégrer. D'autant que dans certaines familles, tout le monde se colle à aller chercher le panier hebdomadaire ; il y a des oublis. Selon les règles, certains produits non distribués sont récupérés par les bénévoles de permanence, parfois donnés au Restos du Cœur, à la maison de quartier qui accueille le déballage, ou dans une solidarité plus directe et discrète, de quartier. Circuits courts et proximité, toujours.
Pour en savoir plus sur comment rejoindre une Amap près de chez soi, en créer une en Maine-et-Loire, Mayenne, Loire-Atlantique, en Bretagne, Haute-Normandie, Basse-Normandie :
www.webchercheurs.com/71/674-fr-amap-annuaire-agriculture-paysanne.html
Photos : visite des Amap de Chantenay et Sainte-Anne chez leurs producteurs bio, Benjamin Friou (T-shirt rouge, barbe), Gaec des Champs paradis, à Bourgneuf-en-Retz.






















commentaires
Bravo
Jean-Loïc
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