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De Tahiti à Nantes

On n’a rien sans rein

Thérèse et Louis Tevaatua - transplantation de reins Régulièrement, des Polynésiens atteints d’une maladie rénale rare échangent leur paréo contre un pull chaud. Car c’est à Nantes, plus grand centre français de transplantation rénale avec près de 200 greffes par an, que ces malades vont être soignés. Une étape nécessaire, mais pas toujours simple à gérer. Heureusement, Thérèse Tevaatua a créé l’association Heirautini pour accueillir ces nouveaux arrivants.

Dans leur appartement, tout rappelle les îles : colliers de coquillages au mur, silhouette de Tahitienne, ukulélé… Thérèse et Louis Tevaatua, ainsi que leur fille Louise, résident à Nantes depuis 2001. Leur histoire, comme celles de beaucoup de Polynésiens qui arrivent en Loire-Atlantique, est liée à la maladie. "Louis souffrait du syndrome d’Alport1. La maladie s’est déclarée en 1995 et c’est six ans plus tard que nous sommes arrivés à Nantes. Chez nous, à Tahiti, la greffe de rein n’est pas possible."

 

Sous les pavés, le courage

Mais sous les pavés nantais, ce n'est pas vraiment la plage. Aucun espoir de sable chaud crissant sous le pied nu… "La première fois que je suis arrivée dans le centre-ville, j’étais perdue. Alors trois jours durant, j’ai pris le bus pour descendre place du Commerce. Le premier jour, je suis restée là, puis le deuxième, je suis allée un peu plus loin, et encore un peu plus loin…"

Thérèse Tevaatua se souvient de ces premiers mois. Logé dans une famille d’accueil, le couple a très vite besoin de se retrouver dans un chez soi, même temporaire. "On nous avait dit qu’il fallait à peu près un an d’attente pour la greffe. Finalement, on a passé cinq années ici avant l’opération…"

 

Thérèse Tevaatua est une femme courageuse. Seule, elle a recherché un logement, battu en brèche les difficultés administratives, les réticences de certains propriétaires suspicieux face à sa couleur de peau… mais elle a réussi. "Je voulais faire venir mes deux autres enfants au plus tôt. Notre premier appartement était petit, un T2, mais il y avait toujours de la place pour un Polynésien qui arrivait pour se faire soigner."

 

Pendant ce temps, à Papeete, les services de la sécurité sociale, qui traitent d’autres cas de syndrome d’Alport, savent que Thérèse est déjà sur place. Pourrait-elle rendre visite à de nouveaux arrivants ? La jeune femme répond par l’affirmative. "S’il le fallait, on allait chercher les personnes à l’aéroport et le temps qu’elles trouvent un logement, on les accueillait chez nous. C’est d’ailleurs toujours le cas aujourd'hui !"

Du ukulélé pour aider

Avant et après Thérèse

Maryvonne Hourmant, chef de service à l’institut de transplantation urologie / néphrologie du CHU de Nantes Maryvonne Hourmant est chef de service à l’institut de transplantation urologie / néphrologie du CHU de Nantes. Elle connaît très bien la famille Tevaatua… "Le service est en relation avec des médecins tahitiens qui envoient leurs patients en France, et notamment à Nantes. Nous recevons donc les dossiers médicaux puis les patients eux-mêmes. Jusqu’à la greffe, ces derniers sont dialysés à l’extérieur de l'établissement. Nous ne les revoyons donc qu'au moment de l’opération et durant les six mois du suivi post-opératoire". Avant l’arrivée de Thérèse, c’est une assistante sociale qui se chargeait de l’accueil des Polynésiens. "Mais depuis qu'elle est là, tout est plus simple et l’organisation est très efficace. Certains Polynésiens souhaitent même rester en métropole !" À l’image de la famille Tavaatua, même si Louis aimerait retourner à Tahiti, se contentant pour l’instant de quelques aller-retours.

C’est de cette démarche qu’est née l’idée d’une association. "Au début, il s’agissait juste de faire un grand repas pour se retrouver. Mais j’étais seule, je ne connaissais personne pour m’aider". En 2002, elle en discute avec Yolande, une amie polynésienne installée en Loire-Atlantique, puis se tourne vers Christophe, le père de la meilleure amie de sa fille. Ce dernier est en effet investi dans l'organisation de la Fête des langues de Nantes qui, chaque année, donne la parole aux différents idiomes de l'agglomération autour de tables de conversation. Il demande donc à Thérèse d'y représenter la Polynésie.

"Puis nous avons commencé par créer un petit club de danse polynésienne grâce à une étudiante qui donnait des cours. Et lors de notre première fête, en 2003, nous avons eu 300 € de bénéfice. C’est grâce à cet argent qu'est finalement née l’association Heirautini2", dont Christophe et Thérèse sont respectivement le président et la trésorière.

En sept ans d'existence, les activités se sont diversifiées au gré des demandes pour des cours de danse, de ukulélé… jusqu'à regrouper aujourd'hui une centaine d’adhérents. Mais Thérèse Tevaatua ne perd pas de vue la raison d'être d'Heirautini. "Nous sommes là pour accompagner les malades s’ils en ont besoin, pour les visiter à l’hôpital, les aider à trouver un logement, des vêtements chauds. Nous voulons créer du lien, du lien familial. Nous voulons juste aider."


1 Il s'agit d'une maladie génétique rare qui affecte les reins, mais qui est également associée à une perte de la vision et de l’audition. Observée en Polynésie française, l’hypothèse de la consanguinité semble expliquer la multiplicité des cas rencontrés dans ces zones. À l’hôpital Necker, à Paris, les spécialistes de renommée internationale, Marie-Claire Gubler et Corinne Antignac, poursuivent leur travail de recherche sur cette pathologie au sein de l’unité de recherche U574.

2 Heirautini définit différentes couronnes de fleurs sacrées, en tahitien. En effet, l'association compte parmi ses membres de nombreuses personnes originaires des cinq archipels de la Polynésie française.

 

http://heirautini.free.fr/francais/index.html

Pascale Brosseau - Journaliste
Pascale Brosseau - Journaliste

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